Lourdes: Assemblée plénière des évêques de France (301091)
Des jeunes sans horizon et des agriculteurs qui se sentent inutiles
Lourdes, 30octobre(APIC) Les évêques de France, réunis du 24 au 30 octobre en assemblée plénière à Lourdes, se sont penchés sur le "paysage social" français, fort agité ces derniers temps avec les manifestations d’infirmières et de paysans mécontents. Au cours de leurs interventions, plusieurs évêques ont évoqué le manque de perspectives dans la société française d’aujourd’hui, notamment le "sentiment d’inutilité" qu’ont beaucoup
d’agriculteurs et l’absence d’horizon chez de nombreux jeunes de l’Hexagone.
Après avoir abordé le thème du Synode spécial sur l’Europe et la présentation de divers documents de travail, dont celui sur la famille, les évêques se sont penchés sur les problèmes de la vie quotidienne des Français :
urbanisation, argent, problèmes des agriculteurs, etc. Le débat s’articulait autour de trois questions : "Comment à partir des réalité pastorales,
les évêques perçoivent-ils les ’choses nouvelles’ qui comptent dans la vie
des hommes ?"; "Qu’est-ce que cela provoque comme engagement dans l’Eglise
?"; "Quels sont les appels pour l’Eglise d’aujourd’hui ?". Une trentaine
d’interventions ont permis de dégager certaines lignes de force du "paysage
social" français, à vrai dire plutôt morose.
A la ville comme à la campagne
Même si les manifestations extérieures et les causes sont différentes,
des gens souffrent partout : le jeu des exclusions frappe les populations
des banlieues, des HLM, mais également des campagnes. Plusieurs évêques ont
souligné la perte du sens de la vie chez les jeunes, tant à la ville qu’à
la campagne. "Vie sans projets pour les jeunes des grands ensembles", a dit
Mgr Lacrampe, de la Mission de France.
Tandis que Mgr Fihey, évêque de Coutances, en Normandie, parlait des
jeunes agriculteurs comme de "jeunes sans horizon", Mgr Taverdet, évêque de
Langres, se faisait l’écho du sentiment d’inutilité qui frappe de nombreux
agriculteurs français. En fait, soulignait Mgr de Saint-Blanquat, évêque de
Montauban, c’est l’avenir de l’espace rural qui est en jeu. "Y aura-t-il
encore demain des hommes pour regarder vivre ces ours des Pyrénées que l’on
cherche à protéger aujourd’hui ?", s’est-il demandé.
Argent propre et argent sale
La corruption, contrairement à ce que l’on pense, n’est pas l’apanage
des pays en voie de développement pas plus qu’elle ne l’était hier des pays
communistes. Mgr Thomazeau, évêque auxiliaire de Meaux, l’a rappelé en cette période préélectorale. Il faut, a-t-il dit, "dénoncer ce pouvoir de
l’argent qui est un danger pour la démocratie". Reprenant la récente encyclique de Jean Paul II "Centesimus annus", Mgr Derouet, évêque d’Arras, a
souligné qu’il existe deux sortes de capitalismes : le capitalisme boursier, qui fait de l’entreprise une simple marchandise, et le capitalisme
basé sur la banque et les investissements, au service du développement. A
part "l’état des lieux", les évêques français ont aussi parlé des multiples
réalisations concrètes qui se font dans leurs diocèses, comme par exemple
la rencontre autour de "Centesimus annus" provoquée par l’évêque de Perpignan, Mgr Chabbert, avec des parlementaires de tous bords, élus locaux et
laïcs, pour échanger sur les problèmes engendrés par le libéralisme, les
limites de l’économie de marché, la liberté et la solidarité. (apic/ecl/be)