Lourdes : allocution de Mgr Jean Vilnet, ancien (081187)
Le refus d’un nationalisme ombrageux et de certaines mystiques raciales
Lourdes, 8novembre(APIC) Mgr Jean Vilnet, évêque de Lille, avant de remettre son mandat de Lourdes : allocution de Mgr Jean Vilnet, ancien (081187), a
lancé samedi un appel à l’espérance et une invitation à l’action. Dans la
perspective de l’échéance électorale de 1988 en France et dans un contexte
de tentative de marginalisation des préoccupations religieuses, Mgr Vilnet
lance un appel à l’espérance, une espérance qu’il souhaite "contagieuse" et
une invitation à l’action. Dans son allocution, l’évêque de Lille s’en est
pris sans le nommer au leader du Front National Jean-Marie Le Pen, en
exprimant son refus d’un "nationalisme ombrageux" et dénonçant les
"surgeons de certaines mystiques raciales" et le fait que "le comble de
l’horreur soit considéré comme historiquement négligeable.
"Nous proclamons qu’il est possible de transformer ce monde. Nous affirmons qu’il est urgent de faire reculer les soi-disant fatalités et nous
nous engageons à y travailler", a-t-il déclaré à cette occasion. Aussi
l’Eglise doit-elle être présente au coeur des grands débats qui agitent la
société française et là ou la société d’aujourd’hui tend à remettre en cause une vision chrétienne de l’homme. Ceci implique en premier lieu, a-t-il
souligné, de "renouveler la volonté commune de vivre ensemble".
Un décalage inquiétant apparaît, précise l’évêque de Lille, entre l’attachement de principe à la démocratie et les conditions réelles de son exis
tence. "Entrés que nous sommes dans une société de l’information et de la
communication, a-t-il poursuivi, il est temps d’en faire une vraie société
de débats. Le dénigrement systématique de la politique servirait d’abord
les adversaires de la démocratie". Dans ce débat démocratique, l’Eglise
comme les autres acteurs de la société, doit faire entendre sa parole.
Trois thèmes retiennent particulièrement l’attention du président sortant de la Conférence des évêques de France : la redéfinition de la laïcité, la défense d’une plus grande solidarité face à la crise, le refus
d’un nationalisme ombrageux.
Le christianisme comme élément inaliénable de l’identité nationale
"L’heure semblerait venue, affirme l’évêque de Lille, de travailler avec
d’autres à redéfinir le cadre institutionnel de la laïcité. A l’évidence,
le modèle français de séparation entre les Eglises et l’Etat a été conçu
pour limiter l’emprise sur la vie publique des instances et des institutions religieuses, notamment de l’Eglise catholique. On reconnaît aujourd’hui que, face à tant de questions neuves, les Eglises et les religions en général peuvent concourir à la formation de l’esprit public. A cet
égard, le respect des consciences impose autre chose qu’une ignorance mutuelle ou même qu’une neutralité bienveillante."
Une solidarité éclairée, respectueuse et agissante
Dans le domaine de la solidarité, sur lequel se penchent plus particulièrement les évêques réunis ces jours-ci à Lourdes, Mgr Vilnet réclame la
définition d’une "pratique chrétienne de l’économie". Il n’est pas pensable
de bâtir une société sur le seul commun dénominateur du maintien des avantages acquis : "La société ne peut devenir un lieu d’exclusion", poursuitil avec force. A l’échelle universelle, c’est aussi la même démarche qui
est adoptée : "Intensifier les solidarités, nouer efficacement la gerbe des
initiatives et des efforts de partage pour le développement intégral de
l’home, telle est en quelque sorte "la nouvelle frontière capable d’offrir
un horizon de convergence à des hommes et des femmes trop souvent démobilisés". A vrai dire, la solidarité est une pierre de touche : celle de la
qualité du sentiment d’appartenance à un même ensemble national. "Mais que
serait l’identité de la nation français si elle s’affirme par le rejet des
autres, si elle se ferme à l’universel?"
La réponse de Mgr Jean Vilnet, vivement applaudi par l’ensemblée, est
sans ambiguïté. Elle vise sans le nommer le leader du Front National, JeanMarie Le Pen, candidat à la présidence de la République : "L’identité ainsi
envisagée et protégée ne serait plus qu’un nationalisme ombrageux et parfois agressif, la caricature du patriotisme. Vigilance et refus s’imposent
absolument lorsque des surgeons de certaines mystiques raciales réapparaissent avec insolence ou que le comble de l’horreur est considéré comme
historiquement négligeable". (apic/vb/be)