Londres: rapport annuel 1992 d’Amnesty International (090792)
De nombreux pays mis en cause
Londres, 9 juillet (APIC) "Tant que les tortionnaires, les assassins à la
solde de l’Etat et leurs commanditaires pourront agir librement sans crainte d’être sanctionnés, le cercle infernal des violations des droits de
l’homme se perpetuera". C’est en ces termes qu’Amnesty International dénonce, à l’occasion de la publication de son rapport annuel 92, les gouvernements du monde entier qui méprisent les droits de l’homme en laissant les
forces de sécurité enlever, torturer et tuer en toute impunité. Ce rapport
paru le 9 juillet, couvre 142 pays et montre que pour la seule année 1991,
des prisonniers d’opinion étaient incarcérés dans près de la moitiè des
pays du monde et que plus de 100 gouvernements ont continué à torturer ou à
maltraiter les détenus. Des personnes sont portées disparues dans un nombre
toujours plus élevé de pays. Des exécutions extrajudiciaires et des condamnations à mort sont pratiquées fréquement.
En Afrique, où les gouvernements ont tardé à s’intéresser aux violations des droits fondamentaux commises par le passé, les homicides pour des
raisons politiques sont fréquents; par exemple, des exécutions extrajudiciaires ont été signalées, au Mali, en Mauritanie, au Rwanda et au Tchad.
Au moins 1000 personnes ont été exécutées sommairement au Burundi dans un
contexte de tensions ethniques. En Angola la situation n’est pas meilleure
malgré la signature d’un accord de paix entre l’UNITA et le gouvernement
provisoire actuellement en place. Amnesty International déplore le nombre
important de morts dans la capitale et dans les autres régions du pays. Les
assassinats politiques sont très fréquents et aucune enquête n’a été effectuée par le gouvernement provisoire. En Afrique du Sud, plusieurs centaines
d’opposants ont été victimes d’exécutions extrajudiciaires. Au Soudan, la
torture est une pratique courante dans les centres de détentions appelés
"maisons fantômes". En Ouganda, des centaines d’opposants présumés ont été
arrêtés au cours d’opérations anti-insurrectionnelles.
En Amérique, les lois d’amnistie très largement promulgées dans un certain nombre de pays, ont permis aux assassins à la solde de l’Etat de ne
pas être inquiétés. En 1991 plusieurs centaines "d’enfants de la rue" ont
été tués par "des escadrons de la mort" au Brésil notamment. En Colombie ce
sont des forces paramilitaires et l’armée qui ont tué des centaines de personnes. Au Pérou il y a eu de nombreuses disparitions et exécutions sommaires, de même qu’en Haïti. A Cuba, plusieurs centaines de prisonniers d’opinion ont été maintenus en détention. Aux Etats-Unis, de nombreux prisonniers attendent dans l’antichambre de la mort.
En Asie, les gouvernements ont fréquemment fermé les yeux sur les violations flagrantes commises par le passé, favorisant ainsi de nouvelles
atteintes aux droits de l’homme. Au Sri Lanka, les exécutions massives et
les disparitions restent impunies. En Indonésie des centaines d’exécutions
sommaires ont été également signalées au Timor oriental. Dans l’ex-Birmanie, les opposants politiques sont emprisonnés par milliers. En Chine, de
nombreux prisonniers sont en détention administrative sans inculpation. Le
recours à la peine de mort est devenu de plus en plus fréquent. En Inde,
des tortures entraînant parfois la mort des victimes ont été couramment infligées aux prisonniers politiques et aux suspects de droit commun.
En Europe, les combats en Yougoslavie ont donné lieu à des violations
des droits de l’homme de grande ampleur; des civils ont été torturés et
massacrés par toutes les parties en conflit. En Turquie des homicides pour
raison politique contre la population Kurde du sud-est du pays sont fréquents. Dans l’ex-URSS, des statistiques publiées pour la première fois
font ressortir la condamnation à mort et l’exécution de plusieurs centaines
de personnes ces dernières années. Plusieurs centaines d’objecteurs de
conscience restent détenus en France, en Grèce et en Suisse.
Au Moyen-Orient, en Irak et au Koweït des violations massives des droits
de l’homme ont été perpétrées, disparitions et massacres ont été signalées.
Dans les territoires occupés par Israël, des milliers de Palestiniens ont
été torturés ou maltraités au cours d’interrogatoires. Des centaines de
personnes étaient toujours portées disparues au Maroc, bien que plusieurs
centaines d’autres aient été libérées au cours de l’année. En Tunisie le
gouvernement a reprimé l’opposition islamique. En Iran, des centaines de
personnes étaient toujours incarcérées. (apic/ai/ak)