Lima : qui va succéder à Mgr Landazuri (130588)
Lima, 13 mai (APIC/Pierre Rottet) Sans vouloir anticiper sur les sujets de
conversation que le souverain pontife abordera avec le président péruvien
Alan Garcia durant la deuxième visite qu’il s’apprête à faire au Pérou, il
est permis d’en retenir au moins un. Et dire qu’il tournera autour du
projet de loi visant à légaliser la stérilisation récemment approuvé par la
chambre des députés mais momentanément suspendu, n’est pas trop s’avancer.
En réalité, à moins de 3 jours de la visite au Pérou du pape Jean Paul
II, ce projet heurte de plein fouet l’Eglise péruvienne. Cette dernière
l’avait sèchement fait savoir, notamment par l’intermédiaire d’un
communiqué émis par la Conférence épiscopale qui avait qualifié cette
décision "d’offense faite au Saint Père et à la dignité humaine".
Ce n’est certes pas la première fois que l’Eglise du pays s’en prend à
la ligne suivie par le gouvernement en matière de contrôle des naissances.
Il semble néanmoins que le vase déborde aujourd’hui et que l’affrontement,
latent jusqu’ici, soit plus ouvert que jamais dans ce pays ou près du 95 %
de la population se déclare catholique. Mais il est aussi vrai que le Pérou
connaît de sérieux problèmes démographiques directement liés à une pauvreté
et à un chômage croissants qui préoccupent le gouvernement.
Mais un autre problème sera sans doute evoqué par le souverain pontife
et par l’ensemble des évêques péruviens: la succession du cardinal Juan
Landazuri à la tête de l’Eglise du pays. Elle devrait être ouverte en fin
d’année. Le cardinal Landazuri fêtera en décembre prochain son 75ème anniversaire. Pour le Vatican, le cardinal atteindra l’âge limite pour assumer
les responsabilités liées à sa tâche de chef de l’Eglise du pays.
Or si le Vatican peut permettre à un prélat d’exercer sa charge malgré
qu’il ait dépassé l’âge limite, on sait que le cardinal Juan Landazuri
s’est d’ores et déjà exprimé dans le sens d’une retraite. Et sa succession
n’ira pas sans poser de sérieux problèmes au sein d’une Eglise péruvienne
divisée entre un courant résolument favorable à la théologie de la
libération du Père Gustavo Gutierrez et un autre, considéré comme très
conservateur, emmené par Mgr Oscar Alzamora, évêque de Tacna, au sud de
Lima, à la frontière du Chili.
Même si l’actuel cardinal, Juan Landazuri, ne peut être considéré "comme
proche voire sympathisant de la théologie de la libération défendue par
l’un de ses principaux théologiens, le Père Gustavo Gutierrez précisement,
on ne peut pour autant le situer parmi les irréductibles opposants à cette
idée.
Le cardinal cherche à réconcilier l’Eglise dite conservatrice et celle
dite des pauvres. Il s’agit plus que d’une simple tolérance à l’égard du
labeur pastoral developpé par le Père Gutierrez dans sa paroisse du
"Rimac", un important district de la ville de Lima.
Aussi, avec discrétion et avec prudence, dans les milieux de l’Eglise
généralement bien informés, on avance déjà plusieurs noms pour succéder à
Mgr Juan Landazuri. Celui de l’évêque de Tacna est plus que souvent
prononcé. Avec ceux, proches de lui, de Ricardo Durand et Alcides Mendoza,
évêques du Callao et de Cusco respectivement.
Mais d’autres noms sont également avancés pour occuper cette future
charge. Mgr Augusto Vargas, actuel secrétaire de la Conférence épiscopale
péruvienne et Mgr Luis Bambaren, évêque de Chimbote et président de la
Commission épiscopale en faveur de l’action sociale, jouiraient tous deux,
selon les observateurs, d’un considérable soutien. On pense généralement
qu’avec eux serait garantie la continuité de la ligne modérée adoptée
jusqu’à présent par le cardinal Juan Landazuri.
Quoi qu’il en soit, l’enjeu est de taille dans ce pays ou l’Eglise des
pauvres est à juste titre considérée comme l’une des plus actives, avec
celle du Brésil, mais qui, aussi, compte paradoxalement le plus grand
nombre d’évêques de l’Opus Dei.
Pour l’heure, le Pérou vit dans l’attente de l’événement que constitue
la visite du pape Jean Paul II. Les télévisions et les radios y consacrent
l’essentiel des nouvelles. Et la plupart des journaux leurs grands titres.
A Lima on vient de décréter la "loi sèche" à partir de samedi et jusqu’à
lundi, le temps du séjour du souverain pontife. Les écoles et les universités fermeront les portes. Quant à elles, certaines sectes prétendues religieuses, détruisent les affiches à l’effigie du pape, des actes que Mgr
Augusto Vargas, secrétaire de la Conférence épiscopale, a condamnés aujourd’hui sévèrement. (apic/pr/ym)