Lima/Fribourg, 22août(APIC) A la demande des différents mouvements des
Lima les 6, 7 et 8 juillet pour instruire l’acte d’accusation porté contre
l’Etat péruvien impliqué dans les tortures, les exécutions extra judiciaires et les disparitions forcées dans le pays, et contre les groupes subversifs du MRTA et du Sentier lumineux. Ce Tribunal Permanent, autodénommé
d’opinion et dont les sentences constituent une condamnation morale, était
constitué de 5 membres, dont le président, l’Espagnol Andres Ibanez, le
Grec Antonio Tristis et l’évêque auxiliaire de Lima, Mgr Luciano Metzinger.
"Où sont-ils? Pourquoi les ont-ils emmenés? Pourquoi me poursuivent-ils?
Je ne connaîs rien aux lois ni ne sais à qui m’adresser. Je chercherai les
membres de ma famille disparus, enlevés par les militaires, même si je dois
à mon tour disparaître". Ce témoignage, entendu parmi des dizaine d’autres, les membres du Tribunal Permanent des Peuples l’ont écouté en juillet
à Lima, comme d’autres membres de ce tribunal en avaient auparavant écouté
en Colombie en novembre 1989, en Uruguay en avril, en Argentine en mai,
puis au Paraguay et au Brésil au mois de juin. Les organisations des droits
de l’homme bolivienne, équatorienne et chilienne accueilleront à leur tour
ces prochaints temps le Tribunal qui, depuis Santiago du Chili, émettra sa
"sentence collective".
Plus de 2’600 détenus-disparus au Pérou (5’000 selon d’autres sources)
durant ces huit dernières années, entre 100’000 et 120’000 sans doute en
Amérique latine ces deux dernières décennies... Les chiffres sont inquiétants. D’autant plus inquiétants que l’impunité est pratiquement assurée
pour les auteurs.
A l’heure où la Commission des droits de l’homme, par son Groupe de travail sur les disparitions forcées ou involontaires de personnes s’apprête
pour sa 31e session, il n’y a pas de doute que la décision du Tribunal Permanent des Peuples de consacrer sa 14e session au phénomène des disparus et
de l’impunité en Amérique latine contribuera à mettre sur la sellette les
agissements, ces dernières vingt années, de gouvernements tant militaires
que démocratiques latinoaméricains.
Héritier de l’expérience du Tribunal Russel constitué dans le but de juger les crimes commis par les Etats-Unis durant la guerre du Vietnam, le
Tribunal Permanent des Peuples est né officiellement à Bologne le 24 juin
1979. Il fonde son activité sur la Déclaration universelle des droits des
peuples et sur la Déclaration universelle des Nations Unies sur les droits
de l’homme, notamment. 61 personnalités de 31 pays provenant des horizons
les plus divers composent ce tribunal formé de juristes, d’écrivains, de
sociologues, d^économistes, de philoesophes, d’historiens, de Prix Nobel,
ainsi que de gens d’Eglise, dont l’ancien archevêque de Cuernavaca (Mexique), Mgr Sergio Mendez Arceo, 6 théologiens, et le Suisse Richard Bäumlin,
juriste et expert en droit international.
Outre les disparitions massives, les cas de torture, et d’exécutions extra judiciaires dont la majorité demeurent impunis ne se comptent plus en
Amérique latine. Dans certains pays comme en Argentine et en Uruguay, a-ton relevé à Lima, à l’impunité s’est encore ajouté la promulgation de lois
qui laissent sans sanction aucune les coupables des répressions militaires
des années 70. Dans d’autres pays, en Colombie et au Pérou par exemple,
l’impunité trouve en partie son explication dans l’incapacité quasi totale
des institutions étatiques, pouvoir judiciaire ou parlement, de mettre un
terme aux activités des responsables de délits massivement opérés contre le
peuple.
de la promulation