Lima, 8avril(APIC) Le président péruvien Fujimori sera-t-il déclaré re-
coup de force - ou coup d’Etat - ainsi que la proclamation d’une série de
mesures d’urgences décidés par Alberto Fujimori placent bel et bien ce dernier sur un siège dictatorial. Avec certes l’appui de l’armée et de son
gouvernement reconduit, à l’exception du Premier ministre et du ministre de
l’agriculture.
Suffisant pour diriger le pays? Politiquement isolé à l’intérieur et à
l’extérieur du territoire, le président pourrait malgré tout trouver auprès
du peuple un certain soutien. Et de l’Eglise catholique même à en croire la
déclaration du président de la Conférence épiscopale péruvienne, Mgr Ricardo Durand Florez, évêque du Callao, qui se déclarait pourtant, à l’époque,
ouvertement opposé à l’élection de Fujimori: " Les dispositions prises par
Fujimori étaient inévitables. Il n’avait pas d’autres possibilités pour
nettoyer la justice, condition nécessaire pour sortir le pays e la situation actuelle". L’évêque du Callao précise cependant qu’il se prononce à
titre personnel.
Même s’il est difficile de mesurer aujourd’hui l’ampleur de ce soutien,
nombreux sont ceux qui estiment que "le président a peut-être raison", tant
est grande la perte de prestige du pouvoir judiciaire et du Parlement. Corruption et incompétence règnent en maître dans un pays où sénateurs et députés pensent davantage à se servir financièrment et à jouir de leurs nombreux privilèges plutôt qu’à gérer et à légiférer pour le bien du pays. De
son peuple. Davantage préoccupés à toucher chaque fin de mois l’équivalent
de 40 mois de salaires d’un ouvrier.
Réduit à gouverner par des décrets-lois en raison de l’opposition systématique des partis traditionnels, "El Chino", comme on l’appelle familièrement ou par ironie au Pérou, s’est vu dans l’obligation de se passer des
parlementaires qui, depuis novembre dernier, en particulier, faisaient obstruction à sa politique. Isolé, sans l’appui de son parti "Cambio 90" qui
l’avait placé au pouvoir et qui du reste ne compose qu’une infime minorité
au Congrès, le président, de l’avis des observateurs, a usurpé le pouvoir
du Congrès - au sein duquel aucune majorité ne se dégage - en envoyant une
avalanche de décrets-lois qui dépassaient largement ses compétences constitutionnelles.
Davantage qu’un coup d’Etat, la décision du président Fujimori doit être
interprétée comme une giffle à des partis traditionnels plus enclins à régler des luttes de prestiges qu’à s’attaquer aux véritables maux - désastreux - du Pérou qu’ils ont largement contribué à rendre insupportables
pour des millions de personnes. Des partis auxquels déjà le peuple avait
tourné le dos en élisant Fujimori. Un peuplé dégoûté et méfiant des carences, du laxisme, et de la corruption d’un appareil étatique en qui il
n’avait plus aucune confiance.
Et ça n’est pas la remontée politique de l’ex-président Garcia, accusé
d’avoir détourné des millions de dollars à l’étranger et blanchi par le
pouvoir judiciaire, qui lui rendra, cette confiance. Nommé récemment secrétaire de l’APRA, ne s’affirme-t-il pas comme l’un des leaders de l’opposition en attendant de viser un nouveau mandat présidentiel?
Les adversaires de Fujimori n’hésitent pas à qualifier d’échec la politique néo-libérale de Fujimori calquée sur celle du FMI et de la Banque
Mondiale. Avec raison dans la mesure où les plus pauvres en subissent les
pires retombées. Avec raison compte tenu de la récession que traverse le
pays: le dollar, sous-évalué, rend difficile le marché en bloquant les exportations; les industries locales sont confrontées à la loi de la concurrence par l’ouverture des frontières aux marchés extérieurs au point que
des produits "made in USA" ou au Chili se vendent à meilleur prix.
Pour les patrons et les grandes sociétés, la politique néo-libérale de
Fujimori "est en train de les asphyxier". A l’instar des politiciens qui
oublient que la misère, le chômage, la violence et la drogue - problèmes
qu’ils n’ont jamais été en mesure de résoudre - ne datent pas d’hier, le
patronat oublie qu’il avait porté son choix sur l’écrivain Vargas LLosa,
partisan déclaré de cette même politique néo-libérale qui mène aujourd’hui
l’agriculture locale à la ruine.