Le tribalisme et l'ethnocentrisme n'ont pas épargné l'Église. Au contraire, ils ont souvent transpercé et blessé le Corps du Christ, a reconnu, le 5 septembre 2025, Mgr Fortunatus Nwachukwu, secrétaire du Dicastère pour l'Évangélisation.
S’exprimant devant les nouveaux évêques en formation à Rome, le prélat nigérian a dénoncé un mal “dont la persistance ne peut être niée et dont la gravité ne doit pas être minimisée.” Lorsque l'identité culturelle, ethnique ou de caste est exaltée au-dessus de la nouvelle naissance du baptême, la foi et l'unité du Peuple de Dieu sont mises en danger, rapporte l’agence vaticane Fides.
L'archevêque nigérian a utilisé des mots clairs pour dénoncer le problème. Les fléaux du tribalisme et de l'ethnocentrisme au sein de nombreuses Églises locales, surtout en Afrique et en Asie, affectent notamment les processus de nomination des évêques et la répartition des différentes fonctions dans les communautés ecclésiales. Le prélat a évoqué des cas récents d'évêques nommés à la tête de diocèses rejetés par le clergé et les pouvoirs civils locaux parce qu'ils n'appartiennent pas aux groupes ethniques et tribaux dominants dans cette région. Il a rappelé les divisions qui opposent le clergé et les séminaristes de castes ou de groupes ethniques différents.
Le "syndrome du fils de la terre"
L'archevêque a diagnostiqué ce mal comme étant le syndrome du «fils de la terre». La conviction obstinée que la direction et la gestion des fonctions ecclésiales doivent rester entre les mains d'un certain clan, les «fils» d'une terre, d'une ethnie ou d'un groupe social déterminé.
Le tribalisme et l'ethnocentrisme qui se sont infiltrés dans les dynamiques ecclésiales doivent être combattus, non pas pour des raisons de réputation ou en vertu d'une théorie ‘politiquement correcte’, mais en raison même de l’histoire du salut.
Dans la Création, Dieu lui-même "se réjouit de la richesse de la diversité", comme "un artiste qui compose une mosaïque avec plusieurs couleurs plutôt qu'avec une seule teinte". Les différentes espèces créées, dont parle le Livre de la Genèse, "peuvent être comparées à nos différentes tribus et ethnies, castes et soi-disant races"."C'est après le péché originel que la différence peut également devenir un motif et un prétexte de division, de blâme, de violence.”
L’inculturation instrumentalisée
Mgr Nwachukwu a dénoncé les tentatives de justifier ces phénomènes en invoquant la nécessité reconnue d'adapter les formes de présence de l'Église et d'annonce de l'Évangile aux connotations de la culture et des situations locales.
L’inculturation "est un don lorsqu'elle attire les cultures vers le Christ, en les purifiant et en les élevant". Elle peut en revanche devenir stérile lorsque les cultures se replient sur elles-mêmes, favorisant la division plutôt que la communion.
Une "nouvelle tribu"
Le Christ lui-même, dans son incarnation, a embrassé une langue, une terre et une tradition particulières. Et pourtant, par sa venue, "il a donné à tous ceux qui croient en lui le pouvoir de devenir enfants de Dieu"comme le dit l'évangile de Jean. Les apôtres eux-mêmes ont enseigné qu'aucune culture et aucune appartenance ethnique ne peut monopoliser l'Évangile et s'approprier l'Église.
En Christ, l'appartenance n'est plus déterminée par la tribu, la caste ou la descendance, mais par le baptême. L’Eglise est une "tribu" dans laquelle il n'y a plus "ni étrangers ni hôtes", mais seulement "des concitoyens des saints et des membres de la famille de Dieu" selon les mots de saint Paul aux Éphésiens.
Lutter contre ces fléaux
Le secrétaire du Dicastère de l’évangélisation a également présenté quelques orientations pratiques pour lutter contre ces fléaux. Tout d'abord, les nominations épiscopales et les responsabilités pastorales doivent être fondées sur la fidélité à l'Évangile et jamais sur l'appartenance ethnique, la caste ou la race.
Deuxièmement, ceux qui exercent des fonctions d'autorité dans la structure ecclésiale doivent agir de manière équitable, sans favoritisme envers des personnes ou des groupes, en impliquant les différentes composantes de la communauté locale dans les choix et la répartition des tâches.Finalement, les évêques doivent réprimander et combattre, même publiquement, ceux qui attisent et exploitent les sentiments tribaux, raciaux et de caste et promouvoir un dialogue sincère et une réconciliation authentique, afin de guérir les blessures causées par le tribalisme et l'ethnocentrisme. (cath.ch/fides/mp)