Fustigeant la corruption des dirigeants et des institutions au Liban, le cardinal Béchara Raï, patriarche de l'Eglise maronite, a déclaré le 1er janvier 2020 qu'il n'y aurait "pas de retour en arrière". Il a soutenu les revendications des manifestants qui réclament depuis plus de deux mois la constitution d'un cabinet de technocrates.
Lors d'une messe pour la
nouvelle année au siège patriarcal de Bkerké, près de Beyrouth, il a dénoncé
les pratiques politiques "qui ont mené la nation au bord du gouffre
économique, social et financier".
La pauvreté a augmenté de 60% ces cinq dernières années
Au Liban, la pauvreté a
augmenté de 60% ces cinq dernières années. Un Libanais sur trois aujourd'hui a
de la peine à joindre les deux bouts, en particulier les personnes âgées.
Le patriarche maronite a
salué "la jeunesse révoltée, de toutes les confessions, communautés,
partis et régions, qui fait entendre sa voix depuis plus de 70 jours". Il
a soutenu les revendications des manifestants réclamant un cabinet de
technocrates "libres de toute pression partisane" et qui seraient à
même de "sortir le pays de l'ornière". La crise est à imputer à des responsables "qui n'avaient à cœur
que leurs intérêts personnels et profits illégaux".
"Aujourd'hui, nous
ne pouvons plus accepter de telles pratiques et le peuple se tient aux aguets.
Il n'y aura plus de retour en arrière", a lancé le patriarche Béchara Raï,
cité par le quotidien libanais "L'Orient-Le Jour".
Sauver "ce qu'il reste" du Liban
De son côté, Mgr Elias
Audi, métropolite grec-orthodoxe de Beyrouth, appelé le 1er janvier
2020, lors d'une messe en la cathédrale Saint Georges, à la formation d'un
gouvernement composé de personnalités "dont les mains et les esprits n'ont
pas été pollués par les ravages politiques". Il a souhaité des nouvelles
autorités qui soient capables de sauver "ce qu'il reste" du Liban.
Depuis plus de deux mois,
le Liban est sans gouvernement suite aux manifestations populaires anticorruption
qui réclament la formation d'un cabinet de techniciens. Les protestataires veulent se débarrasser d'une classe politique
qui se partage le pouvoir et les prébendes qui y sont liées. Sous la pression
de la rue, le gouvernement de Saad Hariri avait démissionné le 29 octobre 2019
et le pays est en attente de nouvelles autorités.
Mentalité détestable
Le patriarche maronite dénonce
depuis des jours les dirigeants "qui veulent continuer à se partager le
gâteau". Il s'est dit désolé de la mentalité et des façons de faire des
responsables politiques libanais qui continuent à vouloir se répartir les
prébendes lors des tractations pour la formation du gouvernement.
Lors de son homélie, centrée
sur l'importance d'une justice appliquée de manière équitable, le métropolite grec-orthodoxe
de Beyrouth a souligné que le pays avait besoin "de responsables qui
respectent les lois et les appliquent". Le Liban a besoin de dirigeants
"qui ne pensent pas que le peuple vit et meurt pour eux. Le peuple doit
comprendre que les responsables politiques sont à leur service", a-t-il
affirmé. (cath.ch/orj/be)