Liban: le document préparatoire du synode spécial (140393)
Des "lineamenta" porteurs d’espoir
Beyrouth, 14mars(APIC) L’assemblée spéciale pour le Liban du synode des
évêques, convoquée en 1991 par Jean Paul II, entre dans une phase décisive.
Les "lineamenta" de ce synode, ont été rendus publics samedi à Beyrouth. Il
s’agit en quelque sorte de son document préparatoire qui a pour titre: "Le
Christ est notre espérance: renouvelés par son Esprit, solidaires nous témoignons de son amour". La forme de ce document a été approuvée le 3 mars
dernier par le pape.
Ce document préparatoire de 96 pages, précédé d’une introduction, se divise en quatre parties. Chaque partie est suivie de questions, 72 au total,
qui doivent orienter les réponses à donner avant le 1er mai 1994 en vue de
la rédaction de l’"Instrumentum laboris", le document de travail de la future assemblée synodale. Quant à la date et au lieu du synode, il reviendra
à Jean Paul II de l’annoncer en temps utile. Le secrétaire du Synode des
évêques, Mgr Jan Schotte, a déclaré en fin de semaine, qu’il ne pouvait
prévoir aucune date, d’autant plus qu’en 1994 commencerait le Synode africain.
Le Liban, un lieu de rencontre des religions
L’introduction du document décrit le Liban comme une terre sainte aux
multiples échos bibliques et comme un lieu de rencontre où 17 confessions
religieuses, chrétiennes, musulmanes et juive sont reconnues par la Constitution. Les pages introductives des "lineamenta" reviennent aussi sur l’expérience douloureuse de la guerre civile qui ont touché aussi l’Eglise et
ses fidèles. "L’Eglise du Liban a été blessée dans sa chair, mais c’est
surtout dans sa conscience qu’elle a été profondément éprouvée. Elle a vu
ses fils tués, tuant et s’entretuant".
"L’une des manifestations les plus douloureuses de cette division, poursuit le document, furent les commentaires contradictoires dont fut l’objet
l’Evangile lui-même, non seulement par des laïcs mais aussi par des hommes
d’Eglise. Ce désarroi ne fut point dissipé par la fin de la guerre, du
moins pour les chrétiens. En effet, les deux années qui lui succédèrent furent marquées pare des mesures politiques et législatives qui n’ont guère
rassuré un grand nombre d’entre eux sur leur avenir dans le pays. Cette situation a provoqué aussi une émigration accentuée".
L’Eglise "indivise" et diverse
La première partie, intitulée: "Le Christ est notre espérance", parle de
la présence du Christ à l’intérieur des chrétiens et dans l’Eglise, ’Epouse
du Christ, Corps du Christ et Peuple de Dieu’. Elle met en évidence la nature de l’Eglise en tant que communion où le mystère de l’Eglise universelle est présent dans les Eglises particulières différentes: "La foi entre
toutes les Eglises catholiques est de fait indivise, mais elles représentent, chacune, un visage particulier de l’Eglise universelle, constituée de
traditions de l’histoire, d’une sensibilité religieuse propre aux fidèles
de ces Eglises et qui marque leur mission".
Ces Eglises au Liban sont organisées en patriarcats et il y a au Liban
une assemblée des patriarches et des catholiques du Liban qui étudient régulièrment toutes les questions communes des Eglises. On y parle des Eglises catholiques. "L’universalisme de l’Eglise, vécue à travers et par une
insertion locale et temporelle, revêt en Orient un visage pluraliste, source de richesses dans l’unité. Six Eglises "sui juris" , maronite, grecquemelchite, arménienne, syriaque, chaldéenne et latine forment ensemble
l’Eglise catholique du Liban. Un aspect particulier de cette pluralité est
la constitution de presque toutes ces Eglises en Eglises patriarcales, ce
qui entre autres effets, "les ancrent dans les traditions orientales les
plus pures".
La deuxième partie, "Le renouveau du Liban" parle de toutes les dimensions spirituelles et matérielles, personnelles et collectives, communautaires et institutionnelles. La partie institutionnelle évoque aussi bien
sur les questions socio-économiques et politiques qu’ecclésiales.
Le défi de l’oecuménisme
La troisième partie, "Le témoignage de l’amour" traite nécessairement de
l’oecuménisme entre les six communautés catholiques, les quatre orthodoxes
et les protestants. Elle insiste sur la nécessité de la collaboration entre
tous les chrétiens du Liban: "Pour diverses raisons, des obstacles et des
problèmes épineux entravent la marche oecuménique au Liban, aussi bien dans
le domaine de la pastorale que dans les autres domaines de la vie. Mais les
diverses Eglises du pays se sentent invitées avec urgence à surmonter ces
difficultés, plus préciésment au niveau du triple service de l’enseignement
religieux ou annonce de la Parole, de la sanctification et de la charité,
toujours pour un meilleur témoignage commun de l’Evangile".
Cette troisième partie rappelle des problèmes d’ordre interconfessionnel, d’ordre pratique, entre catholiques et orthodoxes, comme la première
communion qui dans les écoles catholiques est donnée aussi aux enfants orthodoxes qui l’ont pourtant reçue au moment du baptême. Les pratiques religieuses dans les écoles chrétiennes posent aussi problème: les éléves chrétiens participent ensemble aux prières et aux dévotions d’un seul rite particulier en soustrayant complètement certains enfants à leur tradition propre. On y parle aussi de la difficulté que posent les mariages mixtes.
Coopération islamo-chrétienne
La 4e partie est intitulée "Le Liban message". Cette partie nationale
reprend une expression de Jean Paul II désignant ce peuple comme message de
liberté, de démocratie et de dialogue interreligieux. Elle met en lumière
la vocation historique du Liban et insiste sur le dialogue au niveau national, sur la convivialité des religions, sur le dialogue et la coopération
islamo-chrétienne, au plan national et international: "Dans une perspective
semblable, le Conseil des patriarches catholiques d’Orient rappelle que
Dieu a voulu, dans son insondable sagesse, que nous soyons ensemble, chrétiens et musulmans, dans cette partie du monde. Nous accueillons cette volonté avec une large ouverture d’esprit et nous avons l’ambition d’établir
des bases de convivialité qui soient exemplaires pour notre monde. Au lieu
de défigurer le dessein de Dieu sur nous et de donner une image contraire à
l’aspiration de l’homme d’aujourd’hui vers la paix, la concorde et l’entraide, au niveau d’une citoyennenté saine et sincère".
"De ce fait, nous sommes responsables des uns et des autres devant Dieu
et devant l’histoire. Il nous incombe de rechercher constamment la forme
non seulement de la coexistence, mais aussi pour une rencontre créatrice et
fructueuse qui assure la stabilité et la tranquilité à tout croyant dans
nos pays, à l’abri du mécanisme de la haine, du fanatisme et de la discrimination et du refus de l’autre", disent encore les "lineamenta".
Il est à noter que la partie oecuménique du document a été retravaillée
conjointement, au fil des versions successives, avec les Eglises non-catholiques, et la partie nationale en concertation avec les musulmans. (apicvo/cx/ba)