Consentement cookies

Ce site utilise des services tiers qui nécessitent votre consentement. En savoir plus

Aller au contenu
Advertisement
  • Flash Info

    Carême 2026 Découvrez les initiatives diocésaines
    Synode sur la synodalité Les conclusions du processus synodal attendues prochainement
    no_image

    pour expliquer les raisons de son choix

    Lettre ouverte de Leonardo Boff (290692)

    Voici le texte intégral de "La lettre aux compagnons et compagnes de notre

    marche commune vers l’espérance", de Leonardo Boff, parue le 28 juin dans

    le journal "A Folha de Sao Paulo".

    "Il y a des moments décisifs dans la vie d’une personne. Pour être fidèle à soi-même, elle doit changer de route. J’ai modifié ma route. Je

    n’abandonne pas la bataille. Je change de tranchée. Je laisse le ministère

    sacerdotal, mais je reste dans l’Eglise. Je m’éloigne de l’Ordre franciscain mais pas du songe, tendre et fraternel, de saint François d’Assise. Je

    continue et je serai toujours un théologien, dans la matrice catholique et

    oecuménique, à partir des pauvres, contre la misère et en faveur de la libération.

    "Je désire dire aux compagnons et aux compagnes de notre marche commune

    les raisons qui m’ont incité à prendre une telle décision.

    "Ma liberté de travail, gravement entravée"

    "D’abord je veux dire ceci: Je sors pour maintenir ma liberté de travail

    qui a été grandement entravée. Ce travail est la raison de ma lutte depuis

    les derniers vingt cinq ans. Quand une personne n’est plus fidèle aux raisons qui a donné un sens à sa vie, c’est en quelque sorte perdre sa dignité

    et diluer sa propre identité. Je ne le ferai pas. Et je pense que Dieu luimême ne le veut pas".

    "Je me rappelle la phrase de José Marti, un important penseur cubain du

    siècle passé: ’Il n’est pas possible que Dieu mette dans la tête d’une personne l’idée qu’un évêque, qui n’est pas égal à Dieu, puisse l’empêcher de

    s’exprimer’".

    "Mais refaisons un peu la trajectoire de ma vie de théologien: A partir

    des années 1970, uni à d’autres chrétiens, j’ai essayé d’articuler l’Evangile avec l’injustice sociale. J’ai aussi montré le lien existant entre les

    opprimés et le Dieu de la vie. De cette réflexion, est née la théologie de

    la libération, la première théologie latino-américaine d’importance universelle. Par elle, nous avons tenté de sauver le potentiel libérateur de la

    foi chrétienne et actualiser la mémoire dangereuse de Jésus, en rompant le

    cercle de fer qui maintient chez nous le christianisme captif des intérêts

    des puisssants.

    "Nous avons été évangélisés par les pauvres"

    "Cette direction nous a conduit à nous mettre à l’école des pauvres et

    des marginalisés. Nous avons été évangélisés par eux. Nous sommes devenus

    plus humains et plus sensibles à leur passion. Mais en même temps, plus lucides dans la découverte des mécanismes qui les faisaient à nouveau souffir.

    "Avec les pauvres, nous avons supporté la malveillance des secteurs sociaux qui trouvent dans le christianisme traditionnel un allié dans le

    maintien de leurs privilèges et le prétexte de la préservation de l’ordre,

    mais qui est pour la majorité des gens, un pur et un simple désordre. Nous

    avons souffert d’être accusés par nos frères de foi, d’hérésie et de compromission avec le marxisme. Nous avons souffert de voir des liens de fraternité rompus publiquement.

    "J’ai toujours soutenu la thèse qu’une Eglise véritable doit avoir des

    structures et des habitudes qui n’impliquent pas la discrimination des femmes ni l’infériorité des laïcs. Une Eglise véritable ne doit pas se méfier

    des libertés modernes ni de l’esprit démocratique. Elle doit plutôt craindre la très grande concentration du pouvoir dans les mains du clergé.

    "La sainte Trinité est communion"

    "Souvent je me suis fait la réflexion suivante et je la répète. Ce qui

    est une erreur dans la doctrine de la Trinité, ne peut pas être une vérité

    dans la doctrine sur l’Eglise. Au sujet de la Trinité, on enseigne qu’il ne

    peut pas y avoir de hiérarchie. On ne doit, dans la sainte Trinité, en aucun cas parler de subordination. Cela serait hérétique. Les personnes divines sont d’égale dignité, d’égale bonté, d’égale pouvoir. La nature intime

    de la Trinité, ce n’est pas la solitude, mais la communion. Les relations

    de vie et d’amour entre les Trois divins sont d’une telle profondeur et

    d’une telle radicalité qu’ils ne forment pas trois dieux mais un seul Dieucommunion. Mais quand on parle de l’Eglise, on dit qu’elle est essentiellement hiérarchique. Et que la divion entre clers et laïcs est de droit divin!"

    "Comment affirmer vraiment que l’Eglise est l’icône-image de la Trinité?

    Où se trouve le rêve de Jésus d’une communauté de frères et de soeurs,

    s’il y a des ministres qui se présentent comme Pères et Maîtres, alors

    qu’il est dit expréssement dans l’Evangile que "nous avons un seul Père et

    un seul Maître". (cf. Matt 73, 8).

    La forme actuelle d’organisation de l’Eglise (elle ne fut pas toujours

    ainsi dans l’histoire) crée et reproduit davantage d’inégalités. Ce n’est

    pourtant pas l’image et la manière fraternelle et égalitaire qu’en ont données Jésus et ses apôtres.

    La tradition prophétique du christianisme

    "Mais pour avoir souhaité aller dans ce sens, du reste en m’insérant dans

    la tradition prophétique du christianisme et des idées des réformateurs, à

    commencer par saint François d’Assise, voilà qu’est tombée sur moi une sévère surveillance de la part des autorités doctrinales du Vatican. Directement ou par des autorités intermédiaires, cette vigileance et cette suspicion se sont accrues. Jusqu’à rendre impossible mon activité théologique de

    professeur, de conférencier et d’écrivain.

    "Dès 1971, j’ai reçu fréquemment, des lettres, des admonestations, des

    punitions. Qu’on ne me dise pas maintenant que j’ai refusé le dialogue.

    J’ai répondu à toutes les lettres. J’ai négocié, deux fois, mon éloignement

    temporaire de l’enseignement. J’ai participé en 1984 au "dialogue" à Rome

    devant la plus haute autorité doctrinale de l’Eglise catholique-romaine.

    J’ai reçu sans me plaindre le décret de condamantion de plusieurs de mes

    opinions en 1985. Et ensuite (contre le sens du droit, puisque je m’étais

    soumis à tout), je fus puni par un temps de silence prolongé. J’ai accepté,

    disant que ’je préférais marcher avec l’Eglise (des pauvres et des communautés écclésiales de base) plutôt que seul avec ma théologie’. J’ai été démis de la rédaction de la Revue Ecclésiatique brésilienne et éloigné des

    Editions "Vozes", en m’imposant un statut spécial, qui m’oblige pour chaque

    écrit à soumettre mon texte à une double censure, une, interne à l’Ordre

    franciscain, et une autre, de l’évêque, qui donne finalement, oui ou non,

    l’imprimatur.

    "Entre 1991 et 1992, le cercle s’est accentué"

    J’ai tout accepté et je me suis soumis à tout. Mais entre 1991 et 1992,

    le cercle s’est encore accentué. On m’a démis de la Revue "Vozes (la plus

    ancienne revue culturelle du Brésil). Pour moi, on a demandé à nouveau une

    censure préliminaire sur chacun de mes livres, d’articles ou de simple

    écrit. Elle fut appliquée avec zèle. Et pour un temps indéterminé, je devais m’éloigner de l’enseiognement de la théologie.

    "Le pouvoir doctrinal est sans pitié"

    L’expérience subjective du pouvoir doctrinal que j’ai vécu durant ces 20

    ans, je peux la résumer en ces termes: il est cruel et sans pitié. Il n’oublie rien, ne pardonne rien. Mais il ne lache rien. Et pour arriver à ses

    fins il prend le temps nécessaire et les moyens pour atteindre son but:

    mettre à la raison la science théologique. On agit directement ou par intermédiaires. Ou oblige ses propres frères de l’Odre franciscain à exercer

    une pression que ne devrait revenir, selon le droit canon, qu’à l’autorité

    doctrinale de l’évêque ou à la Congrégation pour la Doctrine de la Foi.

    La sensation que je ressens aujourd’hui est celle d’être devant un mur.

    Je ne peux pas avancer. Reculer serait pour moi sacrifier ma propre dignité

    et renoncer à une lutte de tant d’années.

    Tout n’est pas valable dans l’Eglise. Jésus lui-même est mort pour témoigner que tout n’est pas valable dans ce monde. Il y a des limites qu’on

    ne peut trangresser. Le droit, la dignité et la liberté de l’homme font

    partie de ces limites. Mais celui qui s’abaisse continuellement en devient

    courbé et déshumanisé. L’Eglise hiérarchique ne détient pas le monopole des

    valeurs évangéliques. L’Ordre franciscain n’est pas l’héritier unique du

    pauvre d’Assise. Il existe encore la communauté chrétienne et le torrent de

    fraternité franciscaine dans lequel je pourrais me situer dans la joie et

    la liberté.

    "Avant de devenir amer..."

    Avant de devenir amer, avant de voir détruites en moi les bases humnaines de la foi et de l’espérance chrétienne, avant de voir attaquée en moi

    l’image évangélique du Dieu incarné dans les personnes, je préfère changer

    de chemin. Non pas de direction. Les motivations qui ont transformé ma vie

    demeurent inébranlables: la lutte pour le Règne de Dieu qui commence par

    les pauvres, la com-passion avec les souffrants de ce monde, l’engagement

    avec la libération des opprimés et la tendresse pour chaque être créé à la

    lumière et pratique de saint François d’Assise, tout cela reste.

    Une crise grave dans l’Eglise

    Il y a effectivement une crise grave au sein de l’Eglise catholique.

    Deux attitudes se confrontent durement. L’une croit dans la force de la

    discipline et la deuxième dans la force intrinsèque du cours des choses. La

    première pense que l’Eglise a besoin d’obéissance et de la soumission de

    tous. Cette attitude est majoritairement assumée par des secteurs hégémoniques de l’administration centrale de l’Eglise. La seconde pense que l’Eglise a besoin de se libérer et croit à l’Esprit-Saint. Ce dernier ensemence

    l’histoire et les forces vitales, conférant la fécondité au corps ecclésial

    millénaire. Cette attitude est représentée par des secteurs importants des

    Eglises de la périphérie, du tiers monde et du Brésil.

    Indiscutablement je me situe dans la seconde attitude. Je suis avec ceux

    et celles qui font de la foi une victoire sur la peur. Avec ceux qui ont

    foi dans l’espérance future de la fleur sans défense et dans les racines

    invisibles qui soutiennent le grand arbre.

    "Que mon geste ne vous dérourage pas"

    Frères et soeurs, compagnons et compagnes de notre marche commune et de

    l’espérance. Que mon geste ne vous décourage pas! Restez dans la lutte pour

    une société où la solidarité est mieux vécue. Puisque c’est à ce but que

    nous convie la pratique de Jésus et l’enthousiame de l’Esprit Saint. Aidons

    l’Eglise institutionnelle à être plus évangélique, plus patiente et plus

    engagée avec la liberté et la libération des fils et des filles de Dieu.

    N’entrons pas dans le futur à reculons, mais avec les yeux bien ouverts

    pour le discernement du présent, afin de chercher à vivre un monde nouveau,

    tel que Dieu le désire et en trouvant une nouvelle manière d’être une Eglise communautaire, populaire, libératrice et oecuménique.

    De mon côté, je désire consacrer ma vie à la construction d’un christianisme indo-afro-américain, inculturé dans les corps, dans les danses, les

    souffrances, les joies et les langues de nos peuples, comme réponse à

    l’Evangile qui ne fut pas encore pleinement donné, après 500 ans de présence chrétienne dans le continent américain. Je poursuivrai ma vie dans le

    sacerdoce universel des fidèles et aussi comme une expression du sacerdoce

    du laïc Jésus, comme le rappelle l’auteur de la lettre aux Hébreux.

    "Je ne suis pas triste"

    "Je ne suis pas triste de ma nouvelle situation. Je me sens en paix,

    car

    je fais mienne la poésie de notre plus grand poète, Ferdinando Pessoa.

    "Cà a vaut la peine?"

    -"Tout vaut la peine...

    ...si l’âme n’est pas petite"

    Je sens que mon âme, avec la grâce de Dieu, n’est pas petite.

    Unis dans notre marche commune et dans la grâce de Celui qui connait le

    secret et le destin de tous nos chemins, je vous salue dans la paix.

    Leonardo Boff.

    Centre catholique des médias Cath-Info

    Les droits de l'ensemble des contenus de ce site sont déposés à Cath-Info. Toute diffusion de texte, de son ou d'image sur quelque support que ce soit est payante. L'enregistrement dans d'autres bases de données est interdit.

    Actualités liées

    Articles les plus lus