Lettre du pape au cardinal Ratzinger (080488)
Un seul objectif : l’unité de tous les disciples
Rome, 8 avril (APIC/CIP) Les efforts en vue de garantir l’unité au sein de
l’Eglise doivent être poursuivis, et il ne faut pas cesser d’espérer qu’ils
porteront leurs fruits : c’est la consigne donnée par Jean Paul II dans une
lettre adressée au cardinal Joseph Ratzinger, préfet de la Congrégation
pour la Doctrine de la Foi. Dans ce document de trois pages, daté du 8
avril, le pape justifie le renouveau demandé par le Concile et évoque des
tendances qui s’y opposent, notamment le "progressisme" et le "conservatisme".
Jean Paul II rappelle la promesse faite par le Christ aux apôtres de
leur envoyer l’Esprit Saint. "En tout temps, dit-il, l’Eglise a été animée
par la foi en ces paroles ... dans la certitude que, grâce à l’aide et à
l’assistance de l’Esprit Saint, elle restera pour toujours dans la vérité
divine en gardant la succession apostolique par le collège des évêques en
union avec son chef, le successeur de Pierre".
Vatican II : confirmation et renouveau
Cette "conviction de foi", ajoute Jean Paul II, l’Eglise l’a manifestée
une nouvelle fois au Concile Vatican II, réuni "pour confirmer et affermir
la doctrine de l’Eglise héritée de la tradition existant déjà depuis près
de vingt siècles, comme réalité vivante qui progresse, en rapport avec les
problèmes et les besoins de chaque époque, en approfondissant la compréhension de ce que contenait déjà la foi transmise une fois pour toutes".
Le pape dit sa "conviction profonde" que l’Esprit de Vérité "a parlé
avec une autorité particulière par le Concile Vatican II". Etant donné que
l’oeuvre du Concile dans sa totalité constitue une confirmation de la
vérité même vécue par l’Eglise dès le commencement, elle est en même temps
"renouveau" de cette même vérité ("aggiornamento", selon la célèbre expression du pape Jean XXIII) pour la rendre plus proche de la diversité du
monde contemporain.
Jean Paul II évoque ici le service doctrinal et pastoral de tout le
collège des évêques en union avec le pape, par lequel l’Eglise met en
oeuvre l’héritage spécifique de Vatican II. Cette sollicitude collégiale
trouve notamment son expression dans le Synode des évêques, comme le Synode
de 1985. Une assemblée qui "a mis en relief les plus importantes des tâches
liées à la mise en oeuvre de Vatican II, constatant que l’enseignement de
ce Concile reste la voie sur laquelle l’Eglise doit avancer vers l’avenir
en confiant ses efforts à l’Esprit de Vérité’’.
Deux tendances qui créent quelques difficultés :
le "progressisme" et la "conservatisme"
Jean Paul II évoque le vaste travail effectué par l’Eglise après le Concile pour faire en sorte qu’il pénétre de manière juste dans la conscience
et dans la vie des communautés chrétiennes. "Cependant, constate-t-il, à
côté de cet effort, se sont manifestées deux tendances qui, sur la voie de
la réalisation du Concile, créent une certaine difficulté."
La première difficulté "se caractérise par le désir de changements qui
ne sont pas toujours en harmonie avec l’enseignement et avec l’esprit de
Vatican II, même s’ils cherchent à se référer au Concile". Ces changements
voudraient exprimer un progrès, et c’est pourquoi on désigne cette tendance
par le nom de progressisme. "Le progrès, dans ce cas, écrit le pape, est
une orientation vers l’avenir qui rompt avec le passé, sans tenir compte de
la fonction de la tradition qui est fondamentale pour la mission de l’Eglise, afin que celle-ci puisse continuer à vivre dans la vérité qui lui a été
transmise par le Christ Seigneur et les apôtres, et qui a été gardée avec
diligence par le magistère."
A l’opposé, le conservatisme ou intégrisme, une tendance qui "s’arrête
au passé lui-même, sans tenir compte de la juste orientation vers l’avenir
qui s’est précisément manifestée dans l’oeuvre de Vatican II". Tandis que
la première tendance semble reconnaître comme juste ce qui est nouveau,
l’autre, au contraire, ne tient pour juste que ce qui est "ancien", le considérant comme synonyme de la tradition. Le concept de tradition désigne,
au contraire, la fidélité durable de l’Eglise à la vérité reçue de Dieu, à
travers les événements changeants de l’histoire. Comme le maître de maison
de l’Evangile, l’Eglise tire "de son trésor du neuf avec du vieux" (Mt 13,
52), dans une obéissance absolue à l’Esprit que le Christ a donné à l’Eglise. "Cette oeuvre délicate de discernement, affirme le pape, l’Eglise l’accomplit par son magistère authentique".
Pour Jean Paul II, les positions adoptées par les tenants de ces deux
tendances "peuvent être compréhensibles dans une certaine mesure". Particulièrement certains abus oubliant les valeurs essentielles de la doctrine
catholique de la foi et de la morale et en d’autres domaines de la vie
ecclesiale, par exemple dans le domaine liturgique, peuvent et même doivent
susciter des objections justifiées. "Cependant, si, en raison de ces excès,
on refuse tout sain "renouveau" conforme à l’enseignement et à l’esprit du
Concile, une telle attitude peut conduire à une autre déviation qui est
également contraire au principe de la tradition vivante de l’Eglise obéissant à l’Esprit de Vérité."
Le dialogue avec Mgr Lefebvre
Le pape souligne que les obligations qui s’imposent au Siège apostolique
dans ce contexte requièrent "une perspicacité, une prudence et une largeur
de vues particulières. La nécessité de distinguer ce qui "édifie" l’Eglise
authentiquement de ce qui la détruit, ajoute-t-il, devient, actuellement,
une exigence particulière de notre service à l’égard de toute la communauté
des croyants".
A cet égard, note le pape, la Congrégation pour la Doctrine de la Foi a
une importance clé. Jean Paul II évoque ici les problèmes liés à la "Fraternite Saint-Pie X", fondée et dirigée par Mgr Lefebvre. Il fait état des
"efforts accomplis par le Siège apostolique dès les débuts" de l’existence
de la communauté de Mgr Lefebvre, dans le souci de l’unité ecclésiale. Le
dernier de ces efforts a été la visite canonique effectuée par le cardinal
Gagnon. Le cardinal Ratzinger se préoccupe particulièrement de ce cas.
"Tout ce que fait le Siège apostolique, qui est en contact permanent
avec les évêques et les Conférences épiscopales concernées, tendent vers le
même objectif, conclut le pape : que s’accomplissent aussi les paroles prononcées par le Seigneur dans la prière sacerdotale pour l’unité de tous les
disciples. Tous les évêques de l’Eglise catholique, parce qu’ils doivent,
par mandat divin, avoir le souci de l’unité de l’Eglise universelle, sont
tenus de collaborer avec le Siège apostolique au bien de tout le corps mystique, qui est aussi le corps des Eglises... Pour tous ces motifs, je
voudrais vous confirmer, Monsieur le cardinal, ma volonté que de tels efforts soient poursuivis : ne cessons pas d’espérer que - sous la protection
de la Mère de l’Eglise - ils portent leurs fruits, pour la Gloire de Dieu
et le salut des hommes."(apic/cip/bd)