Lors de son adresse aux autorités de Papouasie-Nouvelle-Guinée 7 septembre 2024, le pape François a souligné l’importance des femmes dans le développement du pays. Un message fort alors qu’elles sont souvent victimes de violence et déconsidérées. Au sanctuaire de Marie Auxiliatrice et au stade John Guise I.MEDIA est allé recueillir les témoignages de ces femmes, qui espèrent que la visite du pape François pourrait faire changer les choses.
En Papouasie-Nouvelle-Guinée, Camille Dalmas I.MEDIA
Au sanctuaire salésien de Marie Auxiliatrice, devant les principaux responsables religieux du pays, sœur Lorena, une missionnaire d'origine suisse qui porte secours aux femmes victimes de violence parce qu’accusées de sorcellerie, a raconté l’enfer vécu par l’une d’entre elle, mutilée et rejetée par sa propre famille. Le pontife, en réponse, a enjoint l’Église à prendre en charge ces personnes «marginalisées et blessées, moralement et physiquement, par les préjugés et les superstitions».
«Les femmes sont victimes de violence à cause de certaines traditions», confirme Francesca, une chrétienne évangélique de la province des Southern Highlands venue écouter le pape François au stade John Guise. «Le problème est que nous avons souvent une culture où l’homme veut prendre toutes les décisions», explique-t-elle, affirmant se sentir souvent méprisée parce que femme.
«Pour nous, les Églises sont un refuge, et je crois que le pape peut changer les choses», assure-t-elle. Un sentiment partagé par Rita Qingqing, une Philippine vêtue d’un T-Shirt à l’effigie de François qui est venue devant le sanctuaire marial de Marie Auxiliatrice avec ses amis pour apercevoir le pontife pour la seconde fois – elle a eu la chance d’assister à la messe géante de Manille en 2015. «La sécurité en Papouasie-Nouvelle-Guinée n’est pas si bonne», confie-t-elle pudiquement.
Rita fait partie de la communauté philippine locale et réside à Port Moresby depuis cinq ans en exerçant le métier de comptable. Les communautés étrangères comme la sienne sont parfois la cible de violence dans son pays d’accueil, comme cela a été notamment le cas lors des émeutes en janvier dernier pendant lesquelles des commerces chinois ont été pillés. Et pour une femme étrangère, «c’est pire», assure une de ses amies.
Ces Philippines expliquent placer leur espérance dans le modèle spirituel que peut offrir le pape, tout comme sœur Theresia Nakankwien, une Sœur de la Miséricorde. «Je ne crois pas que ses mots ont été inutiles», assure-t-elle, considérant que ses paroles seront reprises plus tard dans des réunions localement, et permettront de construire une Papouasie-Nouvelle-Guinée plus juste et plus pacifique.
Violences sexuelles contre les femmes
Parmi les religieuses, elles sont nombreuses, comme Theresia ou Lorena – qui a témoigné devant le pontife du sort des femmes accusées de sorcellerie – à s’engager pour protéger les femmes de Papouasie-Nouvelle-Guinée. Elles considèrent qu’une des meilleures façon de les aider est aujourd’hui par l’éducation des jeunes générations et le soutien aux mères de famille, qui ne sont pas épargnées.
«Nous les formons, nous leur apprenons des compétences pour qu’elles puissent s’occuper de leur famille et ne plus être des esclaves», affirme sœur Jose Aniama, une religieuse indienne appartenant à la congrégation des Missionnaires de Marie Secours des Chrétiens. «Il faut leur donner la capacité d’être autonomes, pour qu’elles soient respectées», insiste cette missionnaire arrivée dans ce pays une décennie auparavant.
Le défi est de taille : la question des violences sexuelles contre les femmes est un sujet critique dans ce pays, un des pires pays dans ce domaine : selon un sondage effectué par l’ONG Human Rights Watch, 62% des hommes de Papouasie-Nouvelle-Guinée reconnaissent avoir déjà violé une femme. «On enseigne au jeune garçon à mépriser les femmes», commente Pauline Kasi, une habitante de Port Moresby. «Ici, il n’y a pas d’égalité de genre, la plupart des hommes méprisent les femmes à cause de la culture de la société dans laquelle nous vivons», insiste cette jeune femme. Elle explique cependant que la situation varie beaucoup en fonction des ethnies.
Pauline déplore le fait que les femmes ne puissent pas trouver une place dans la société à cause de ces préjugés, mais aussi souvent ne s’expriment pas plus sur les problèmes qui les accablent, «parce qu’on voit ça comme une fatalité». «Le pape peut libérer la parole», espère-t-elle. (cath.ch/imedia/cd/mp)