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    "Les valeurs des Suisses" (291091)

    Quatre politologues et un théologien font la radiographie des Suisses

    en matière de travail, de famille, de religion et de croyances

    Berne, 29octobre(APIC) Quelles sont les valeurs des Suisses à la fin du

    20e siècle? Quatre politologues de l’Université de Genève et un théologien

    tentent d’apporter une réponse à cette question à travers un livre, "Les

    valeurs des Suisses" (400 pages), présenté mardi lors d’une conférence de

    presse donnée à Berne. Un livre préfacé par Flavio Cotti, président de la

    Confédération, et duquel il ressort que pour les Suisses, la famille reste

    la valeur la plus sûre. Que pour eux, les institutions démocratiques et la

    neutralité demeurent des concepts-clé de "suissitude". Autres réalités constatés au chapitre Religion: le déclin des croyances traditionnelles, mais

    aussi le phénomène d’incroyance qui touche entre un tiers et la moitié de

    la population suisse.

    Les auteurs de l’ouvrage, les politologues Anna Melich - le livre est

    publié sous sa direction -. Guilhermina Marques, Elisabetta Pagnossin Aligisakis, Ural Ayberk, et le théologien genevois, le dominicain Roger Berthouzoz, analysent et commentent les 120 questions et réponses d’une enquête

    menée auprès de 1’900 jeunes et adultes dans l’ensemble de la Suisse. Ils

    font découvrir les valeurs essentielles des Suisses en 9 chapitres: Identité nationale, La famille, Le travail, Valeurs morales, Religions et croyances, La vie politique, Les jeunes et la politique, Rôle social et politique

    de la femme, La Suisse et l’Europe.

    La première enquête, dans le temps et en importance, a été réalisée entre le mois de novembre 1988 et le mois de février 1989, sur un échantillon

    représentatif de 1’400 citoyens suisses de 20 à 80 ans. Le même questionnaire a ensuite été utilisé pour une seconde enquête menée auprès de 500

    jeunes de 15 à 19 ans.

    La famille: une valeur sure

    Fortement vilipendée par les mouvements contestataires des années 60, la

    famille connaît un regain de faveur dans les sociétés occidentales, constate Guilhermina Marques. La Suisse n’échappe pas à cette tendance puisque

    95% des Suisses estiment que la famille constitue un domaine très ou assez

    important de leur vie. Il est même le plus important. Il semble cependant

    que l’image de la famille idéale ne soit plus celle d’avant les années 60.

    En Suisse comme dans la plupart des pays occidentaux, le modèle familial

    dominant, c’est-à-dire la famille nucléaire avec deux enfants, est devenu

    celui d’une majorité de Suisses (53%) Reste que certains groupes s’en distinguent: les jeunes (20 - 25 ans) et les personnes ayant un niveau universitaire sont prêts à envisager la famille idéale avec 3, 4 voire 5 enfants.

    Le mariage est lui aussi une valeure sûre. Méprisé par les contestataires des années 68, le mariage, fondement institutionnel de la famille, est

    aujourd’hui loin d’être considéré comme dépassé, même si les Suisses considèrent que le lien matrimonial n’est plus éternel et qu’une rupture, concrétisée par le divorce, peut intervenir à n’importe quel moment de la vie

    commune. Toutes les classes d’âge semblent s’accorder pour désigner des valeurs comme le respect, la compréhension, la tolérance et la fidélité, pour

    favoriser le plus possible la réalisation et l’épanouissement des partenaires. Les personnes les plus âgées accordent en revanche une certaine importance à des conditions plus matérielles comme le revenu, le logement ou le

    milieu social.

    Parmi les conditions favorisant un mariage heureux, les interrogés accordent une place importante au partage des tâches ménagères. Paradoxe: les

    femmes accordent moins d’importance que les hommes à cette condition. Toujours dans le cadre de la famille, la majorité des Suisses (73%) estiment

    qu’il convient d’enseigner aux enfants le sens des responsabilité et la tolérance.

    Les valeurs morales

    Auteur des chapitres "Valeurs morales" et "Religion et croyance", le

    théologien Roger Berthouzoz constate que la valeur première, du point de

    vue moral, c’est l’individu lui-même et la réalisation de soi. L’enquête

    illustre, pour la Suisse, cette figure de l’individualisme qui caractérise

    la dérive des sociétés occidentales à la fin de ce siècle.

    Les repères objectifs de ce qui est bien ou mal ne sont pas évidents

    pour la majorité des Suisses. 69% des personnes sont d’avis qu’il ne peut

    jamais y avoir de ligne directrice parfaitement claire pour savoir ce qui

    est bien et ce qui est mal. L’appartenance confessionnelle n’a pas une influence significative. Par contre, note l’auteur, l’effet de l’âge est sensible et met en évidence le rôle de l’expérience personnelle. Ainsi, 13%

    des interrogés, parmi les 20 - 25 ans, estiment qu’il y a des lignes directrices parfaitement claires pour savoir ce qui est bien et ce qui est mal.

    Au titre de référence morale majeure, l’enquête montre que la 2e partie

    du Décalogue (4e au 10e Commandements) qui concerne les relations interpersonnelles, l’éthique de la propriété et l’éthique conjugale, jouit d’une

    autorité reconnue par la grande majorité de la population suisse. Avec, cependant, une hiérarchie des valeurs. L’interdit du meurtre, le devoir d’honorer ses parents ou l’exigence de la véracité s’appliquent pleinement aujourd’hui (entre 74% et 66%); l’interdiction du vol reccueille 67% des avis

    et la prescription de ne pas convoiter les biens du prochain 59%. Le domaine de l’éthique sexuelle paraît le moins sujet à une régulation objective.

    50% des réponses exprimées (46% parmi les catholiques et 58% parmi les protestants) estiment que le commandement de ne pas commettre d’adultère est

    encore valable aujourd’hui et 52% sont de la même opinion en ce qui concerne la prescription de ne pas convoîter la femme du prochain.

    Religion et croyances

    Les résultats de l’enquête menée au chapitre "Religion et croyances"

    amène l’auteur de cette partie du livre à constater un phénomène d’incroyance qui touche entre un tiers et la moitié de la population ayant une attitude indécise à l’égard de la figure de Dieu. Environ un quart des Suisses a une pratique religieuse régulière (hebdomadaire); celle-ci s’élève à

    plus de 40% avec des différences régionales et confessionnelles importantes, si l’on prend en compte la forme émergeante de la pratique mensuelle.

    Le Père Berthouzoz constate en outre un processus de sécularisation, le

    déclin des croyances traditionnelles, un affaiblissement des modes d’adhésion et de participation à la vie des Eglises, ainsi que la laicisation de

    la moralité. Déclins des croyances traditionnelles? La foi en Dieu est partagée par 87% des personnes interrogées. A propos de la figure de Dieu,

    l’auteur note qu’elle est plutôt celle d’une puissance supérieure (64%) que

    le visage de Dieu personnel tel qu’il est révélé par le témoignage de la

    Bible (24%). Il y a là, dit-il, un décalage significatif par rapport au

    message de l’Evangile.

    Cet écart se manifeste aussi dans le contenu de la confession de foi,

    particulièrement face à la destinée ultime de l’homme: si 64% des personnes

    interrogées croient en une vie après la mort, 48% seulement la confessent

    comme résurrection.

    Enfin, dernier point, la confiance est accordée aux Eglises comme institution par près de 65% des Suisses, dans un esprit critique, cependant,

    puisque parmi elles 45% disent ne leur accorder qu’une certaine confiance,

    en particulier à propos des questions concernant l’autorité de l’Eglise en

    matière de confession de foi et leur compétence pour se prononcer dans le

    débat public sur des sujets d’éthique personnelle ou sociale. 11% des personnes interrogées déclarent ne pas du tout faire confiance aux Eglises.

    Politique: le désintérêt

    Si les Suisses se déclarent moins croyants, ils ne créent en revanche

    aucune surprise au sujet de l’intérêt qu’ils portent à la politique. Entre

    1972 et 1989, le pourcentage des Suisses qui se désintéressent des affaires

    politiques est en nette augmentation. Le taux passe de 22% à 33%. Quant à

    leur attitude face au système politique suisse, elle est plutôt positive l’enquête avait été menée avant l’affaire des fiches et la démission de la

    conseillère Elisabeth Kopp -, dans la mesure où seul une petite minorité

    16% remet véritablement en question la démocratie telle qu’elle est pratiquée dans le pays. Pas de surprise non plus en ce qui concerne le désengagement des nouvelles générations: 54% des jeunes Suisses entre 15 et 19 ans

    disent ne pas s’intéresser à la politique et 64% sont incapables ou refusent de s’identifier à un parti quel qu’il soit.

    Quant au chapitre intitulé "Les rôle social et politique des femmes:

    quels changements?, il nous apprend que 40% des Suisses estiment que l’égalité entre hommes et femmes est parmi les problèmes les plus importants

    dont on devrait se préoccuper aujourd’hui dans le pays. Selon l’enquête,

    les femmes sont presque systématiquement moins favorables que les hommes à

    accorder aux femmes la liberté de décision dans des domaines tels que,

    prendre la pilule, ou encore exercer une activité professionnelle. Reste le

    travail des Suisses. Pour les interrogés, les trois qualités principales

    recherchées par les Suisses dans une activité professionnelle sont dominées

    par le facteur "temps": "un horaire satisfaisant" (70%), "travailler sans

    pression" (66%), "avoir la sécurité de l’emploi" (60%). Le bon salaire enfin, 56%. (apic/pr)

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