Les Missions étrangères de Paris en Asie (250892)
Paris, 25août(APIC) Après la clôture de l’Assemblée générale de la Société des Missions étrangères de Paris (MEP) , le père Raymond Rossignol, nouveau supérieur général, décrit dans une interview parue dans le dernier
bulletin d’"Eglises d’Asie" la situation de l’Eglise en Asie et l’évolution
du travail missionnaire.
Raymond Rossignol: Nous avons pris conscience une fois de plus de l’importance du continent asiatique où vivent 60% de la population mondiale. C’est
une population jeune. 50% des Asiatiques ont moins de 20 ans! C’est une
population dynamique. Il est certain que l’Asie bouge, se développe et que
l’avenir du monde sera de plus en plus lié à celui de l’Asie. En tant que
missionnaires, nous ne sommes pas de simples observateurs de ce qui se passe en Asie. Nous sommes spécialement concernés parce que nous nous sentons
solidaires de ces peuples à qui nous avons été envoyés. Tantôt nous souffrons en constatant les souffrances des peuples, les misères de tous ordres, les violations des droits de l’homme etc. Tantôt nous sommes émerveillés par le dynamisme, l’ingéniosité ou la sagesse de ces peuples. Il
nous est donné bien souvent d’admirer leur raffinement culturel et leur extraordinaire patrimoine philosophique et religieux.
Précisément, comment se situe le missionnaire face aux grandes religions
de l’Asie?
RR: Tout d’abord il se doit de les respecter. En effet, comme le soulignent les documents de Vatican II et comme l’a rappelé plusieurs fois le pape Jean Paul II, en particulier dans son encyclique sur la Mission, non
seulement ces religions reflètent une recherche émouvante de la Vérité et
de l’Absolu, mais elles peuvent reflèter aussi l’action de l’Esprit, "les
rayons de la vérité qui illumine tous les hommes" comme le dit le Concile.
Jean Paul II dit que le dialogue inter-religieux est demandé par le profond
respect qu’on doit avoir envers tout ce que l’Esprit "qui souffle où il
veut", a opéré en l’homme. Le dialogue inter-religieux est donc un acte de
foi en la priorié de l’action divine.
Ceci dit, le missionnaire est envoyé en tant que messager de la Bonne
Nouvelle. Il a donc un message à communiquer, dans la mesure où on veut
bien l’écouter. Dans tous les cas, il a un témoignage à donner, le témoignage de sa foi dans le Christ ressuscité, ce qui peut se faire de maintes
façons. Les missionnaires MEP essaient de le faire en assumant des tâches
très diverses: enseignement, recherche théologique, activités en paroisse,
accueil de réfugiés, animation de jeunes etc.
Aujourd’hui, il y a en Asie des Eglises locales dans la plupart des
pays. Ce sont ces Eglises qui assument la responsabilité de la mission?
RR: Sans aucun doute. La plupart des Eglises d’Asie font preuve d’une
remarquable vitalité et d’un très bel esprit missionnaire. Nous nous en réjouissons sans réserve. Nous n’avons absolument pas la nostalgie de l’époque où notre société assumait des ’responsabilités territoriales’. D’ailleurs les étrangers sont habituellement très minoritaires en termes d’effectifs et leur départ ne ferait pas une grande différence. Cependant en
tant qu’étrangers, membres d’un Institut missionnaire, nous avons encore un
rôle à jouer, notre sensibilité différente peut devenir un facteur d’enrichissement. Nous apportons en outre le souci de ’l’ailleurs’ qui peut nous
faire percevoir des espaces non évangélisés, même dans des Eglises bien
stucturées et quadrillant bien le terrain.
A ce sujet, notre assemblée générale a pris une décision qui peut être
considéré comme une étape dans la vie de la société. Pendant des siècles,
nous avions comme principe de ne pas accepter de candidats originaires de
ce qu’on appelait alors les ’pays de mission’. Ayant comme premier objectif
la promotion du clergé local, notre société ne voulait pas détourner vers
elle-même les vocations qui se présentaient. Mais la situation a changé.
Fort heureusement, aujourd’hui dans ces mêmes pays, il y a parfois de nombreuses vocations. A leur tour ces Eglises sont devenues missionnaires.
Certains prêtres demandent à se joindre à nous pour servir la mission à
l’extérieur. Désormais, nous accueillerons ceux qui le demanderont, si
leurs évêques y consentent de bon coeur. Nous n’avons pas l’intention de
faire du ’recrutement’, de nous servir au vivier des vocations abondantes
dans certains pays. Il s’agit plutôt d’offrir le service de notre société
pour l’épanouissement missionaire des Eglises locales si elles le désitrent, là seulement où elles le désirent, quand elles le demandent.
Etes-vous optimiste pour l’avenir de l’Eglise en Asie?
RR: Ce qui compte, ce ne sont pas nos projets, mais le projet de Dieu.
Dieu ne nous demande pas de ’réussir’, mais d’être fidèles. Il nous demande
de témoigner, d’annoncer la Bonne Nouvelle, là où c’est possible, chaque
fois que c’est possible. Face aux jeunes chrétiens Européens, nous voulons
rappeler que la vocation à vie, à l’étranger et aux Nations garde un sens.
Nous y croyons pour la simple raison qu’elle nous a rendus heureux et nous
estimons avoir le devoir impérieux de communiquer cette joie. Nous pensons
qu’être missionnaires en Asie est une aventure qui remplit le coeur. (apiceda/mp)