Les grandes villes brésiliennes plongées dans la violence (271092)
Rio de Janeiro, 27octobre(APIC/Eugenio Menezes) La ville de Rio de Janeiro, à l’instar d’autres grandes métropoles brésiliennes, vit dans un climat
d’apartheid social. Le week-end dernier, plus de mille policiers ont patrouillé sur les plages de la grande cité brésilienne, dans le but d’empêcher que des enfants et des adolescents des quartiers les plus pauvres ne
viennent détrousser les baigneurs. Une telle opération de ratissage, d’"arrastao" dans le langage local, avait déjà été menée le dimanche 18 octobre,
semant la panique parmi la population.
D’autre part, dans un but dissuasif, samedi et dimanche 10 lignes d’autobus qui relient les quartiers riches de la Zone Sud aux quartiers pauvres
de la Zone Nord ont été fermées ou leurs destinations finales modifiées.
Mobiliser l’armée contre les pauvres ?
Actuellement, près du 1/3 de la population de la ville de Rio de Janeiro
vit dans des "favelas". Pour résoudre ce problème, les candidats à la mairie (sortis en tête lors du premier tour des élections municipales du 2 octobre) présentent différentes solutions. Cesar Maia, candidat du Parti du
Mouvement Démocratique Brésilien (PMDB), demande que l’armée soit mobilisée
pour rendre la ville plus calme, comme c’était le cas lors d’Eco-92. A
l’occasion de la grande foire écologiste mondiale au mois de juin, grâce à
la présence massive de soldats et de policiers dans les rues, la ville de
Rio avait effectivement connu une certaine accalmie de la violence.
De son côté, Benedita da Silva, sortie en tête lors du 1er tour, candidate du Parti des Travailleurs (PT), propose l’éradication de la misère au
niveau national pour que le pays sorte de cet "apartheid social".
Faillite de l’Etat devant la misère
Durant un séminaire de l’Association brésilienne des organisations nongouvernementales, qui a eu lieu la semaine dernière, des leaders des mouvements noirs ont dénoncé l’Etat brésilien, incapable de réduire la différence énorme entre ceux qui vivent dans l’opulence et ceux qui végètent dans
l’extrême pauvreté. Les leaders noirs ont également démontré que les pauvres, dont beaucoup sont noirs, sont traités de manière discriminatoire et
raciste.
Ces opérations d’"arrastao" ont lieu peu après que la Police Militaire
de Sao Paulo ait réalisé un massacre d’envergure - pour le moins 111 détenus tués (chiffres officiels) le 2 octobre - à la prison de Carandiru à Sao
Paulo. Une nouvelle tragédie qui montre bien, de l’avis de nombreux Brésiliens, que l’Etat est dans l’incapacité totale de faire face à la misère.
Révolte des enfants de la FEBEM à Sao Paulo
Comme pour compléter ce sombre tableau des maux qui affectent actuellement le pays, un autre événement a fait la une des journaux brésiliens:
jeudi passé, durant 25 heures de rebellion, 1200 mineurs, internés à la
Fondation du Bien-Etre du Mineur (FEBEM), dans le quartier Tatuapé à Sao
Paulo, ont mis le feu aux installations et aux bâtiments de la FEBEM. Plus
de 800 jeunes ont été transférés dans d’autres unités de l’organisation.
350 autres, profitant de la confusion régnante, ont pris la fuite.
Attitude ambigüe de la police
A cette occasion, la police a fait preuve de retenue et aucun mineur ni
policier ne fut gravement blessé. Les adolescents, constatent certains observateurs, "ont mis le feu à un système de récupération construit pour reproduire des marginaux". Visant l’attitude des forces de l’ordre, le député
Eloi Pieta a fait ce commentaire: "Soit la police utilise les mitraillettes
- dans le cas de la prison de Carandiru - soit elle n’intervient pas pour
éteindre le feu et préserver le patrimoine public dans le cas de l’émeute
dans les locaux de la FEBEM". Sans l’éradication de la misère, relève-t-on
à Sao Paulo, la fragile démocratie formelle qui prévaut dans le pays n’arrivera pas à assurer la vie et la sécurité pour tous. (apic/em/ba)
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