Le sens de la visite "ad limina apostolorum"
L’affaire de Coire au centre des entretiens
Rome/Fribourg, 6juillet(APIC) L’épiscopat suisse se rendra à Rome du 7 au
12 juillet pour y effectuer la traditionnelle visite quinquennale "ad limina". Comme l’a confirmé le cardinal Henry Schwery aux informateurs religieux réunis en Congrès à Montana le 19 juin, l’affaire de Coire devrait faire
l’essentiel des discussions avec le pape lui-même, avec le cardinal Angelo
Sodano, secrétaire d’Etat du Vatican et avec les responsables de la Congrégation des évêques. Les catholiques suisses s’attendent à ce que cette
"rencontre de routine" au Vatican apporte des solutions concrètes à la crise qui agite le diocèse de Coire.
Ils sont quelque 500 évêques du monde entier à effectuer chaque année ce
pèlerinage aux tombeaux des Apôtres Pierre et Paul, qui est bien plus
qu’une rencontre administrative. Une occasion pour les évêques de souligner
la conscience de leur responsabilité en tant que successeurs des apôtres et
de renforcer le sentiment de leur communion hiérarchique avec le successeur
de Pierre, le pape, qui les confirme et les soutient dans la foi et dans la
charité. Un usage qui remonterait aux temps apostoliques, puisqu’on en
trouve les premières traces dans la lettre de Saint Paul aux Galates.
Une visite obligatoire
La visite "ad limina" est la forme abrégée de l’expression latine "Ad
limina Apostolorum", qui signifie "aux seuils (des basiliques) des Apôtres
saints Pierre et Paul", autrement dit Rome. On désigne par "visite ad limina" le voyage que chaque évêque est tenu de faire périodiquement au SaintSiège pour rendre compte au pape de sa mission dans son diocèse (obligatoire tous les cinq ans).
Les évêques se rendent aujourd’hui en groupes d’une même région (cela
concerne les grandes Conférences épiscopales, pas la Suisse) et présentent
au pape un rapport sur la situation générale et religieuse de celle-ci;
puis ils sont reçus individuellement par lui pour évoquer les questions
propres à leur diocèse. Les évêques sont aussi reçus par différentes Congrégations romaines - ce sont les divers dicastères ou "ministères" du gouvernement de l’Eglise au Vatican - pour traiter suivant les cas et l’actualité religieuse locale tel ou tel point particulier.
En juillet 1988, le Vatican avait publié un directoire pour les visites
"ad limina apostolorum". Un texte de 43 pages rappelant la nature et la signification de cette visite. Le document détaille d’abord le règlement de
la visite, sa préparation à travers la rédaction d’un rapport quinquennal
sur la vie de l’Eglise dans les diocèses, en vue de "faciliter le lien de
communion" avec Rome.
Comme il a été dit plus haut, la visite "ad limina" a été instituée dès
les origines de l’Eglise. Dans un monde qui tend à une unification plus effective, il s’agit aujourd’hui "de promouvoir et de favoriser une communication continue entre les Eglises particulières et le Siège apostolique,
avec un échange d’informations et un partage de sollicitudes pastorales au
sujet des problèmes, expériences, souffrances, orientations et projets de
travail..." Le document décrit les protocoles et les questions de caractère
pratique liés à cette "tournée" des évêques dans les dicastères romains,
jusqu’à l’audience et au repas commun avec le pape.
Ce directoire comporte également trois notes permettant de mieux saisir
le sens de ces visites, pour les rendre toujours plus fructueuses. La première, d’ordre théologique, est signée par le cardinal Ratzinger. Le Préfet
de la Congrégation pour la doctrine de la foi y rappelle que la visite "ad
limina" n’est pas une procédure d’ordre purement administratif. En effet,
explique-t-il, "Vatican II, avec son profond enchaînement des quatre grandes constitutions sur la liturgie, l’Eglise, la Parole de Dieu et l’Eglise
dans le monde, nous a réappris le dynamisme de l’Eglise, toujours tendue
vers le salut du monde, guidée par la force motrice de l’Evangile."
Le cardinal Ratzinger développe aussi les dimensions ecclésiologiques et
théologiques de la visite "ad limina". Une seconde note porte sur le caractère pastoral individuel de cette visite, tandis que la troisième se penche
sur ses fondements historico-juridiques, du IVe siècle à la pratique récente, intensifiée par Jean Paul II .
La dernière visite, en mars 1987
La dernière visite ad limina des évêques suisses avait eu lieu du 2 au 7
mars 1987, alors que l’évêque de Sion, Mgr Henry Schwery, aujourd’hui cardinal, présidait la Conférence des évêques suisses. A cette occasion, les
évêques suisse avaient abordé la riche réalité oecuménique suisse et fait
part des réactions suscitées par leur document sur l’hospitalité eucharistique, discuté de l’intercommunion, des mariages mixtes et abordé avec le
cardinal Willebrands au Secrétariat pour l’unité des chrétiens la question
de savoir si "le pape actuel est un frein ou un moteur dans l’oecuménisme
aujourd’hui". La semaine prochaine, c’est l’"affaire Haas" qui sera au centre des discussions et de nombreux catholiques espèrent que cette visite à
Rome contribuera à assainir une situation qui pour beaucoup semble insoluble... tout au moins "à vue humaine".
Tous les évêques suisses participent en principe à la visite "ad limina". Cette fois pourtant, Mgr Otto Wüst, évêque de Bâle, et Mgr Eugenio Corecco, évêque de Lugano, tous deux pour raisons de santé, ne pourront accompagner leurs confrères à Rome. (apic/ba/be)