Les dominicains brésiliens réfléchissent (240292)
Les menaces de mort entravent le travail de la justice
Sao Paulo, 24 février(APIC) Les religieux dominicains brésiliens ont réalisé récemment à Sao Paulo une semaine d’études sur Barthélemy de Las Casas
et sur le mouvement religieux qui s’est inspiré de sa vision de l’évangélisation au XVIe siècle en Amérique latine. Mais ils ont aussi réfléchi sur
la situation actuelle du Brésil, en particulier sur la situation tendue et
explosive des campagnes où des paysans sont tués parce qu’ils défendent
leurs droits face aux tueurs à gage des grands propriétaires. Aujourd’hui
aussi les dominicains offrent une protection juridique aux communautés
paysannes et aux paysans pauvres.
Le dominicain Oscar de Figueiredo Lustosa a présenté la vie de Las Casas, en montrant que son exemple a suscité un courant de prêtres et de
laïcs au XVIe siècle qui, au nom de la justice évangélique, ont défendu la
cause des Indiens: ils ont lutté, sous forme prophétique, pour que l’on
respecte la vie et les cultures des Indiens, à contre-courant de beaucoup
de "conquistadores" et de missionnaires de l’époque.
Après l’étude de la vie et de l’oeuvre de Barthélemy de Las Casas, les
dominicains ont étudié la situation sociale actuelle dans les villes et la
campagne du Brésil. Le Père Carlos Alberto Libânio Christo a expliqué le
travail de la pastorale ouvrière dans les grandes villes comme une présence
de l’Eglise accompagnant le combat des travailleurs dans la revendication
de leurs droits.
Le Père Henri des Roziers, d’origine française, mais depuis longtemps au
Brésil, est un dominicain qui exerce la profession d’avocat. Actuellement
beaucoup d’avocats renoncent à défendre des paysans, car ils sont menacés
de mort. Henri de Roziers et dix autres avocats spécialisés dans les conflits de la terre, n’ont pas hésité pourtant à participer ces dernières semaines à des procès de criminels qui ont éliminé des paysans. Actuellement
le Père des Roziers s’occupe de six procès criminels, cinq à Rio Maria et
un à Xinguara, dans l’Etat du Para. L’avocat a donné un exemple concret: le
juge titulaire de Rio Maria, José Candido de Morais, n’est pas pressé de
faire avancer les choses. Le procès des frères Canuto est ainsi paralysé
depuis le 23 septembre 1991.
Pour le dominicain, en cas de jugement dans les tribunaux de Rio Maria
et de Xinguara, il est quasi certain que les criminels ne seront pas condamnés car les membres du jury, comme de coutume, seront menacés de mort.
L’avocat a en outre révélé que plusieurs personnes ont déjà reçu des menaces de mort, entre autres Orlando Canuto, Carlos Cabral et Roberto Neto,
tous membres de la direction du Syndicat des travailleurs ruraux de Rio Maria. Peu de temps avant son récent voyage en Europe pour y recevoir à Londres le prix de la société anti-esclavagiste, le Père Ricardo Rezende, curé
de Rio Maria et membre influent de la Commission pastorale de la terre
(CPT), a lui aussi été menacé de mort. (apic/em/ba)
E N C A D R E
Barthélemy de Las Casas (1474-1556), propriétaire d’une "encomienda" à
Haïti, s’était fait prêtre. En Amérique espagnole les rapports entre colons
et Indiens reposaient sur le système de l’"encomienda" selon lequel les colons pouvaient exiger des Indiens qui leur étaient attribués travail et impôts, à charge d’assurer leur bien-être matériel et spirituel. Cette vague
formule avait directement conduit au travail forcé dans les mines et les
plantations.
Prenant conscience du caractère inhumain du système, il renonça à son
encomienda et s’efforça, sans succès, de faire partager son attitude. Se
rendant alors en Espagne pour attirer l’attention de la Cour sur la situation des Indiens, il parvint à faire désigner par elle une commission d’enquête. Jugeant les enquêteurs trop timides, Las Casas revint en Espagne,
mais sans obtenir beaucoup plus de résultats. Pour agir plus efficacement,
il se fit dominicain: Ce ne furent pas seulement les comportements des colons qu’il mit alors en cause dans ses prédications, mais aussi les méthodes de contrainte utilisées pour obtenir les conversions, rappelant avec
force que la foi implique une libre adhésion. Malgré les très vives oppositions des colons et du clergé, il parvint à attirer l’attention de l’empereur Charles Quint par un rapport au Conseil des Indes, "Brevissima Relacion de la Destruccion des las Indias" et ainsi à faire promulguer un ensemble de "Lois nouvelles" (1542) interdisant notamment l’esclavage et mettant en cause le système de l’encomienda.
Nommé évêque de Chiapas (Mexique) en 1544, Barthélemy de Las Casas mit
toute son énergie à faire appliquer les nouvelles lois, provoquant contre
lui un soulèvement des colons espagnols. Obligé de regagner l’Espagne. il
continua à y défendre la cause indienne auprès de Charles Quint, puis de
Philippe II. Par lui, peu à peu, pénétra en Espagne la conscience de l’égalité des hommes et des races. Il devait finalement faire admettre que le
paganisme d’une population ne justifie pas l’emploi de la force pour sa
conversion, question qui divisait encore les théologiens. (apic/th/ba)