Les chrétiens palestiniens de Jérusalem (201287)
La menace démographique
Bethléem, 20décembre(APIC) Les chrétiens à Jérusalem sont estimés à quelque 14’200 personnes, selon l’Annuaire de Jérusalem de 1985, soit le 10,9 %
de la population arabe de la Ville Sainte. Dans les territoires occupés de
Cisjordanie, la population chrétienne est estimée à environ 30’600 personnes, soit le 4 % de l’ensemble de la population globale. Mais l’avenir de
la communauté chrétienne palestinienne de Jérusalem et des territoires occupées par Israël est sombre, relève le professeur Bernard Sabella, du
Département des Sciences sociales de l’Université de Bethléem, une Université fondée avec l’appui du Saint-Siège.
Une étude (non publiée) rédigée récemment par le professeur Sabella, de
l’Université de Bethléem, à l’attention de l’Ordre du Saint-Sépulcre, et
traitant des perspectives d’emploi ces cinq prochaines années pour la communauté chrétienne à Jérusalem et en Cisjordanie, dresse un tableau plutôt
sombre de son avenir. Certes, les Palestiniens chrétiens de Terre Sainte
bénéficient d’un haut niveau de formation, comparé à l’ensemble de la population. 12,2 % des chrétiens à Jérusalem (la partie orientale de la ville a
été annexée par Israël) et 7,6 % dans les territoires occupés ont un niveau
académique, tandis que 45,1 % à Jérusalem et 40,5 % en Cisjordanie ont au
minimum une formation secondaire. Cette bonne situation est due au fait que
la population chrétienne vit majoritairement (75 %) dans les villes, ce qui
a favorisé sa scolarisation. Cette situation est encore renforcée par le
rôle que l’Eglise catholique a joué dans l’ouverture de nombreuses écoles.
L’économie palestinienne, une économie "captive" des Israéliens
Selon cette étude, l’économie palestinienne ne peut pas vraiment s’épanouir normalement, car c’est une économie "captive", soumise aux intérêts
israéliens, qui contrôlent son développement. Cette dépendance est visible
au niveau des échanges commerciaux (88 % des importations totales de Cisjordanie venaient d’Israël en 1985; la Cisjordanie a exporté cette année-là
pour 96,1 million de dollars vers Israël, tandis qu’elle importait d’Israël
pour 339,5 millions de dollars) mais également au niveau de la force de
travail. En 1985, plus du tiers de la force de travail de Cisjordanie a un
emploi en Israël. Mais ces emplois sont mal rémunérés et sont situés au bas
de l’échelle socio-professionnelle. Ainsi, plus de la moitié des
travailleurs palestiniens travaillant en Israël sont dans le secteur de la
construction. L’industrie et le bâtiment attirent ensemble plus de 80 % de
la force de travail de Cisjordanie qui a un emploi en Israël.
Cette situation est particulièrement défavorable pour la partie bien
formée de la population palestinienne. C’est spécialement le cas pour les
chrétiens, dont peu acceptent de travailler en Israël dans ces conditions,
alors qu’ils sont nombreux à avoir été à l’école durant 13 ans ou plus. Les
Israéliens n’acceptent d’ailleurs pas d’employer des Palestiniens avec un
haut niveau de formation, car ils s’intéressent à la main d’oeuvre non et
semi-qualifiée pour faire les travaux dont les juifs ne veulent pas. Même
dans l’industrie touristique, il est très rare qu’un Palestinien arrive à
une position de direction, malgré sa formation.
Le chômage augmente avec le niveau de formation
Dans les territoires occupés, la situation est guère meilleure, puisque
le taux de chômage augmente avec le niveau de formation. Les plus touchés
sont les universitaires, donc avant tout les chrétiens, puisqu’ils bénéficient du meilleur niveau d’éducation. Cette situation fait peser une lourde
menace démographique sur la communauté chrétienne de Terre Sainte, tentée
alors par l’émigration. Il devient en effet vital de créer des emplois pour
garder sur place cette population bien formée, malgré les obstacles mis par
l’occupant israélien. La communauté chrétienne palestinienne souffre d’un
déséquilibre entre les sexes : à Jérusalem, en 1985, il y avait 670 hommes
pour 1000 femmes, tandis qu’en Cisjordanie, ce rapport est de 730 pour
1000. Cela vient du fait que de nombreux jeunes Palestinienes chrétiens de
sexe masculin étudient (et souvent s’établissent) à l’étranger. Il reste
ainsi sur place une plus grande proportion de personnes âgées et de femmes,
comme c’est le cas particulièrement à Jérusalem. Une autre menace sur la
présence de la communauté chrétienne arabe en Terre Sainte est son taux de
natalité, qui n’est que le tiers de celui de la communauté musulmane.
L’étude du professeur Sabella conclut à la nécessité de créer rapidement
des emplois dans certains secteurs encore ouverts, car il est urgent que la
communauté internationale fasse quelque chose pour le maintien de l’intelligentsia chrétienne en Terre Sainte. (apic/be)