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    Michel-Fedou-Pape

    "Les chrétiens ont besoin de mieux comprendre ce qu’ils croient"

    Théologien renommé, le jésuite Michel Fédou est un spécialiste des Pères de l’Eglise. Ce sont eux qui, par leur théologie, ont préparé le concile œcuménique de Nicée, dont on fête cette année les 1700 ans. Que peuvent nous apprendre les Pères et le concile de Nicée en 2025? A quoi servent, au fond, la théologie et les dogmes? Réponses du Père Michel Fédou.

    Christophe Heirinx / Dimanche

    Le Père Michel Fédou est un théologien reconnu dans le monde catholique pour ses travaux sur les Pères de l’Eglise, les premiers grands théologiens du christianisme. Professeur aux Facultés Loyola de Paris – anciennement Centre Sèvres –, il a publié une dizaine d’ouvrages, en particulier sur Origène, père de l’exégèse biblique, mais aussi sur la christologie dans l’Eglise ancienne, ou les dogmes. Il est également membre du groupe œcuménique des Dombes.

    En 2022, le Père Fédou a reçu le prestigieux Prix Ratzinger pour l'ensemble de ses travaux. Nous lui avons demandé quelle est aujourd’hui la portée du concile de Nicée, premier concile œcuménique de l’histoire, dont nous célébrons cette année les 1700 ans. Il nous a également partagé sa vision sur l’importance de la théologie et le sens des dogmes aujourd’hui.

    La notion de salut est au cœur de la foi et de la théologie chrétiennes. C’est quoi au fond, le salut? De quoi sommes-nous sauvés?
    Le mot salut est l’un des mots utilisés dans le Nouveau testament, comme ceux de "libération" ou de "justification", pour désigner le plus souvent la vie qui est donnée par le Dieu de Jésus Christ au bénéfice de notre monde, de notre humanité. Ce salut peut être entendu de diverses façons. Dans l’Ecriture sainte, il peut être compris comme la libération des péchés ou de la mort, de tout ce qui caractérise la condition humaine dans sa finitude.

    Vous êtes un grand spécialiste des Pères de l’Eglise. Comment peuvent-ils aider les chrétiens à vivre leur foi dans le contexte actuel?
    Les Pères de l’Eglise sont des témoins de la jeunesse du christianisme, dans les premiers siècles après le Nouveau Testament. Ils sont les premiers à avoir interprété l’Ancien et le Nouveau Testament et à avoir pris un certain nombre de décisions fondamentales pour la vie de l’Eglise. Je crois qu’ils peuvent beaucoup éclairer les chrétiens d’aujourd’hui, par leur manière de lire l’Ecriture sainte et par la façon dont ils ont contribué au discernement ecclésial sur un certain nombre de questions doctrinales et pastorales, qui agitaient et parfois divisaient l’Eglise de ces premiers siècles.

    "L’effort d’intelligence de la foi est rendu nécessaire par le fait que le christianisme doit essayer de justifier ses propres croyances et pratiques."

    La théologie consiste notamment à comprendre la foi, à rendre compte de la foi face aux exigences de la raison. En quoi cette démarche est-elle essentielle, en particulier à notre époque?
    La démarche théologique est essentielle pour au moins deux raisons. La première, c’est que le christianisme, depuis l’Antiquité jusqu’à nos jours, a été en butte à des objections émanant d’autres croyances, traditions et philosophies. Paradoxalement, ces objections l’ont poussé à approfondir le sens de ses propres affirmations. On le voit dès le IIe siècle, avec les Pères apologistes, mais c’est quelque chose qui s’est prolongé tout au long de l’histoire. L’effort d’intelligence de la foi est rendu nécessaire par le fait que le christianisme doit essayer de justifier ses propres croyances et pratiques.

    La deuxième raison pour laquelle cet effort d’intelligence de la foi est important, c’est que, indépendamment même de ces objections, les chrétiens ont besoin de mieux comprendre ce qu’ils croient. Non pas qu’il soit possible de parvenir à une intelligence entière des mystères chrétiens, mais un effort de compréhension de la foi aide précisément à approfondir cette foi. Je crois qu’il y a là une sorte de nécessité interne au christianisme, que l’on voit poindre dès le commencement de l’histoire chrétienne: il s’agit de trouver des mots pour rendre compte de ce que l’on croit, de manière à fortifier et à approfondir cette foi.

    "C’est une vraie difficulté à laquelle le christianisme doit essayer de répondre: rendre compte, aujourd’hui même, non seulement de l’humanité de Jésus Christ, mais aussi de sa divinité."

    Quelles sont aujourd’hui les principales objections au christianisme, en particulier en Europe de l’Ouest?
    Parmi les objections, il y en a une qui concerne l’identité même du Christ. Je pense qu’un certain nombre d’hommes et de femmes seraient tout à fait disposés à reconnaître en Jésus un homme remarquable, exceptionnel. Par contre, ils ont souvent du mal à croire que cet homme est le Fils de Dieu. C’est une vraie difficulté à laquelle le christianisme doit essayer de répondre: rendre compte, aujourd’hui même, non seulement de l’humanité de Jésus Christ, mais aussi de sa divinité.
    Une autre objection présente aujourd’hui concerne l’affirmation inouïe de la foi chrétienne, selon laquelle cette foi délivre un message qui est destinée à toute l’humanité. C’est parfois perçu comme une prétention à l’universel, qui n’est pas admise par nos contemporains. Une troisième difficulté qu’on pourrait diagnostiquer est liée aux sacrements. De nos jours, certains rêvent parfois d’une spiritualité un peu désincarnée et il y a un gros effort à fournir pour accréditer la pratique des sacrements, qui est tout de même très importante dans la vie de l’Eglise. Il y a aussi, bien sûr, des objections dans le champ de la théologie morale.

    La notion même d’un Dieu personnel ne pose-t-elle pas aussi des difficultés à beaucoup de nos contemporains, sous l’influence de spiritualités venues d’ailleurs?
    Oui, il y a une vraie difficulté par rapport à cette question. Le christianisme est amené à rendre compte de sa foi en un Dieu personnel, tout comme le judaïsme et l’islam. Il est vrai que, aujourd’hui, certaines traditions, d’Extrême-Orient en particulier, parlent plutôt d’un Absolu impersonnel, d’une Transcendance qui n’a pas de visage personnel. Il y a là un enjeu très important, qui n’est pas seulement théologique, mais d’abord anthropologique. C’est la notion même de personne, au fond, qui fait l’objet de débat. Est-ce que la personne a vraiment une consistance, comme le dit la tradition méditerranéenne, européenne, qui se retrouve dans chacune des trois religions monothéistes? Ou faut-il considérer que la personne est une illusion, ou qu’il doit finalement y avoir une sorte d’extinction du sujet, comme on le pense dans le contexte du bouddhisme? Il y a aussi un problème concernant la question de Dieu entre le christianisme et l’islam, mais c’est une question d’une autre nature: celle de la foi chrétienne en un Dieu trine, alors que, pour l’islam, la notion de Trinité n’est pas admise.

    "Le christianisme est amené à rendre compte de sa foi en un Dieu personnel, tout comme le judaïsme et l’islam."

    Cette année, l’Eglise d’Orient comme d’Occident va célébrer les 1700 ans du concile de Nicée. Qu’est-ce que ce concile a apporté à l’Eglise?
    Le concile de Nicée, en 325, est d’abord le premier concile œcuménique de l’histoire de l’Eglise. Au sens, du moins, où ce concile réunit à la fois des évêques d’Orient et des évêques d’Occident. Avant, il y avait seulement des synodes locaux ou régionaux. C’est un concile très important, par ailleurs, parce qu’il a pris la décision que tous les chrétiens puissent célébrer Pâques à la même date. Décision qui, malheureusement, n’a pas été suivie par la suite, même si, de temps en temps, la date de Pâques coïncide entre catholiques, protestants et orthodoxes. De ce point de vue, le concile de Nicée a pris un décret qui a une valeur en quelque sorte prophétique. Enfin et surtout, ce concile a promulgué un symbole de foi (profession de foi ou credo, ndlr) en réponse à la doctrine d’Arius, pour qui le Christ était simplement une créature. Nicée lui a répondu que le Christ n’est pas une simple créature, mais vrai Dieu, engendré non pas créé, consubstantiel au Père.

    Certains voudraient aujourd’hui remplacer le symbole de Nicée-Constantinople par des expressions de foi moins dogmatiques, plus actuelles. En quoi est-ce important de ne pas renoncer à cette ancienne profession de foi?
    Cette confession de foi, complétée en 381 par le concile de Constantinople, comme le Symbole des apôtres que l’on récite également, est un symbole de foi important, parce qu’il sert de référence. Bien sûr, ils ne doivent pas dissuader de chercher aujourd’hui des expressions nouvelles, parlantes pour nos contemporains, pour parler du mystère du Père, du Fils et de l’Esprit Saint. Mais nous ne pouvons trouver ces expressions nouvelles qu’en référence au symbole de Nicée-Constantinople, qui nous donne en quelque sorte les lignes essentielles qu’il faut toujours garder à l’esprit. Comme par exemple l’affirmation de l’unité radicale entre le Fils et le Père, ou l’affirmation de son Incarnation – Il s’est fait homme – et bien sûr l’affirmation du mystère pascal: Il a souffert et est ressuscité.

    "Il est vrai que le mot "dogmatique" a parfois pris une connotation péjorative."

    Les dogmes ne sont pas à la mode dans notre société. A quoi servent-ils dans le contexte de la foi chrétienne? Comment bien comprendre leur fonction et les interpréter?
    Il est vrai que le mot "dogmatique" a parfois pris une connotation péjorative. Dans nos sociétés, les dogmes sont parfois perçus comme contraignants, quelque chose de péremptoire, qui ne respecterait pas la liberté des croyants. En réalité, les dogmes sont en quelque sorte la carte d’identité des chrétiens. Les dogmes sont des formulations, brèves en général, qui disent l’essentiel de la foi. Certains dogmes sont absolument centraux, d’autres sont moins importants. Mais, quoi qu’il en soit, les dogmes ont pour fonction de transmettre, au service de la communauté chrétienne, les affirmations essentielles qui contribuent à dire l’identité de cette communauté chrétienne. On pourrait dire que les dogmes, pour reprendre une image utilisée par le pape Jean-Paul II, peuvent servir de boussole pour nous orienter, nous aider à discerner ce qui est juste, conforme à la révélation chrétienne, et ce qui ne l’est pas.

    Les dogmes peuvent-il évoluer au cours du temps?
    Il y a bien sûr des évolutions possibles dans la compréhension de la foi. Il y a un développement de la doctrine chrétienne. Il y a des énoncés doctrinaux qui sont d’ailleurs arrivés tardivement. Ce n’est pas du premier coup qu’on a pu expliciter toutes les affirmations essentielles de la foi chrétienne. Mais, même pour ce qui est des dogmes déjà formulés à l’époque de l’Eglise ancienne, il y a matière à progrès dans la compréhension même de ces dogmes, en bénéficiant des avancées de la réflexion biblique, théologique, sur le sujet. (cath.ch/dimanche/ch/bh)

    Bio Express
    -1952: Naissance à Lyon
    -1976: entrée au noviciat chez les jésuites.
    -1984: Ordination presbytérale.
    -1987: Professeur au centre Sèvre (Paris).
    -1988: Doctorat en théologie - thèse sur Origène.
    -1996: Doyen de la faculté de théologie du Centre Sèvres.
    -2003-2009: Président du Centre Sèvres.
    -2022: Prix Ratzinger.

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