"Je quitte le ministère sacerdotal, mais je reste dans l’Eglise".
Sao Paulo, 29juin(APIC) Leonardo Boff, théologien brésilien connu dans le
monde entier, a décidé d’abandonner le sacerdoce et l’Ordre des franciscains. Il s’en est expliqué dimanche dans le journal "Folha de Sao Paulo".
Il avait décidé de dévoiler sa décision à la fin du mois de juillet. Mais
comme le journal connaissait déjà la nouvelle, il a préféré rédiger une
lettre ouverte où il donne les raisons de son choix.
Leonardo Boff a aussi communiqué dimanche sa décision aux cardinaux Paulo Arns et Aloisio Lorscheider, respectivement archevêques de Sao Paulo et
Fortaleza, tous deux franciscains. Dom Paulo n’a pas encore voulu donner
son point de vue. Le porte-parole du cardinal, frei Sergio Calixto Valverde, a dit seulement que Dom Paulo Arns a toujours appuyé Leonardo, son ancien élève, et qu’il "respecte sa liberté de décision".
Dans sa lettre ouverte, le théologien brésilien dit d’abord qu’il y a
des moments décisifs dans la vie d’une personne. Pour être fidèle à ellemême, elle doit parfois changer de route. "J’ai modifié ma route, affirme
t-il, mais je n’abandonne pas la bataille. Je change de tranchée. Je laisse
le ministère sacerdotal, mais je reste dans l’Eglise". Je m’éloigne de
l’Ordre franciscain, mais pas du songe, tendre et fraternel de saint François d’Assise".
Il explique ensuite que son choix lui est dicté pour maintenir sa liberté de travail, à ses yeux, gravement entravée depuis 1970 par les multiples
lettres, admonestations et punitions que les autorités de l’Eglise lui ont
infligées. Il raconte pourtant son souci de dialogue et qu’il a accepté
longtemps, pour rester uni à l’Eglise, les demandes de l’autorité. Mais aujourd’hui il se sent comme devant un mur. "Je ne peux pas avancer. Reculer
serait pour moi sacrifier ma propre dignité et renoncer à une lutte de tant
d’années".
"Avant de devenir amer, avant de voir détruites en moi les bases humaines de la foi et de l’espérance chrétienne, avant de voir attaquée l’image
évangélique de Dieu incarné dans les personnes, je préfère changer de chemin. Non pas de direction. Les motivations qui ont transformé ma vie demeurent inébranlables", dit encore Leonardo Boff.
Il décrit franchement son histoire et les vexations reçues. Mais il dit
aussi pourquoi il veut continuer à lutter pour une "Eglise communautaire,
libératrice et oecuménique". A la fin de sa lettre, il annonce qu’il veut
consacrer sa vie à la construction d’un christianisme indo-afro-américain,
comme réponse à l’Evangile qui ne fut pas encore pleinement donné après 500
ans de présence chrétienne dans le continent. Il ajoute: "Je continuerai
dans le sacerdoce universel des fidèles et aussi comme une expression du
sacerdoce du laïc Jésus, comme le rappelle l’auteur de la Lettre aux Hébreux".
Enfin, s’adressant à ses compagnons et compagnes de "notre marche commune", il leur dit: "Que mon geste ne vous décourage pas dans la lutte pour
la solidarité. Aidons l’Eglise institutionnelle à être plus évangélique,
plus patiente, et plus engagée avec la liberté et la libération des fils et
des filles de Dieu". (apic/com/ba)