Leonardo Boff précise une nouvelle fois les motifs de sa décision (130792)
Sao Paulo, 13juillet(APIC) Leonardo Boff, théologien brésilien qui vient
d’annnoncer sa sortie du ministère sacerdotal et de l’Ordre des franciscains, a présenté au début juillet à Sao Paulo son nouveau livre: "Amérique
latine. De la Conquête à la Nouvelle Evangélisation". La date du lancement
de son livre avait été fixée bien avant celle de sa décision. Des centaines
de personnes, amis, agents pastoraux et des animateurs des divers secteurs
des Eglises chrétiennes étaient présents.
Lors de cette réunion, Leonardo Boff a rappelé qu’il avait demandé sa
sortie de l’Ordre franciscain par une lettre à son Supérieur le 11 juin.
Les tribunaux ecclésiastiques brésiliens, par ailleurs, ont été chargés par
le théologien de transmettre à Rome sa demande de "réduction à l’état
laïc".
Il a redit qu’il pensait annoncer sa décision plus tard, mais qu’il
avait été forcé à le faire ces derniers jours du fait que la presse savait
déjà la nouvelle. Dans une lettre divulguée par le quotidien "A Folha de
Sao Paulo", Leonardo Boff a expliqué les raisons pour lesquels il renonce
au ministère sacerdotal et non pas à l’Eglise. "Il s’éloigne de l’Ordre
franciscain, mais pas du rêve tendre et fraternel de saint François d’Assise."
Le correspondant brésilien de l’agence APIC a participé au lancement du
dernier livre du théologien. Il a pu recueillir et préciser certaines expressions contenues dans la lettre d’explication parue dans le journal brésilien.
"Je n’ai pas abandonné l’Eglise"
Leonardo Boff a précisé: "Je n’ai pas abandonné l’Eglise, car elle n’est
pas seulement une administration. Je n’ai pas abandonné la foi chrétienne,
car elle n’est pas seulement un discours. Je n’ai pas abandonné l’espérance
évangélique, car elle n’est pas une fantaisie. Je me sens à l’intérieur de
la communauté chrétienne, habité par la foi en Jésus, dans l’expérience de
l’Esprit. J’ai changé de tranchée mais pas de bataille. Je n’ai pas abandonné les rêves et l’espérance de toute une génération d’hommes et de femmes des Eglises d’Amérique Latine".
Le christianisme ne peut être l’otage des puissants
Leonardo Boff a continué: "le christianisme ne peut pas être l’otage des
puissants ni la victime du système capitaliste. Ce système fait pression
sur le christianisme afin qu’il exerce avec permanence une fonction antirévolutionnaire. Contre toutes les révolutions: celle des femmes, celle des
paysans, celle des opprimés. Le christianisme finit alors par être utilisé
comme l’huile de la machine de la pression capitaliste. Nous ne pouvons pas
accepter ce destin sinistre du christianisme. Dans la ligne d’une théologie
du pouvoir, Jésus ne serait pas mort sur une croix, mais serait mort entouré de personnes qui l’auraient servi durant toute sa vie. Le christianisme
ne peut pas abandonner le fait d’être le rêve et l’avenir d’une humanité
meilleure. Nous n’avons pas été créés pour dominer les autres. Les distances entre riches et pauvres, entre clergé et laics, entre hommes et femmes,
existent malheureusement encore très souvent dans l’espace ecclésial".
Le rêve de Jésus
"Je souhaite poursuivre le rêve de Jésus. Il est possible que le désert
devienne fertile et que la graine donne sa fleur et son fruit et nous donne
la joie d’être chrétiens. Le christianisme doit être une bonne chose pour
l’humanité, et non pas un discours ennuyeux et moraliste. Il doit être
l’expression du coeur. Jusqu’à maintenant j’ai essayé de vivre, même en
tombant et en me relevant, le rêve de Jésus. Jésus ne veut pas que nous
tombions dans la médiocrité, en nous soumettant à tout."
Une décision douloureuse, mais sereine.
Ma décision fut douloureuse, mais en même temps réalisée dans une grande
sérénité. Elle fut le fruit de beaucoup de résistance mêlée à beaucoup de
volonté de me soumettre. Pour amour des pauvres, j’ai fait souvent le sacrifice de me taire et d’obéir. Mais arrive un moment où une personne n’accepte plus le fait de soumettre constamment chaque écrit à deux censeurs.
Tout n’est pas valable dans un tel type d’Eglise. J’ai ainsi perçu qu’il
existait des chemins différents. Je change de demeure, mais je suis sous le
même ciel de Dieu. Je sors pour continuer à agir avec plus de fidélité la
cause qui nous anime: pour les pauvres et contre la misère et en faveur de
la libération des pauvres, illuminés par l’Evangile. Oui, ça a valu la peine de vivre 33 ans comme prêtre et 37 ans comme franciscain. Tout en vaut
la peine quand l’âme n’est pas petite, comme l’a dit le poête Fernando Pessoa et, avec la grâce de Dieu, mon âme n’est pas petite".
Après de nombreux applaudissements, Leonardo Boff a répondu aux questions posées. Après avoir fait un bref résumé de son dernier livre, il a
repris certains passages de la lettre aux compagnons et compagnes de notre
marche commune et de notre espérance". (apic/em/ba)