"Le désir même de communion, la reconnaissance mutuelle de la fraternité, est l’antidote à tout extrémisme", écrit le pape Léon XIV dans la préface de son livre intitulé La force de l’Évangile : la foi chrétienne en dix mots, un ouvrage qui rassemble certains de ses discours et qui paraît en Italie ce 20 novembre 2025, édité à la Librairie éditrice vaticane.
Pour illustrer son propos, le pape s’appuie sur la figure du Père Christian de Chergé, prieur du monastère de Tibhirine, assassiné en 1996 en Algérie et béatifié avec ses compagnons en 2018.
Dans cette préface inédite, Léon XIV dévoile une de ses sources d’inspiration : le Père Christian de Chergé, moine cistercien trappiste de Tibhirine, enlevé et tué avec six de ses compagnons au début de l’année 1996. Pour illustrer que "la non-violence peut anéantir l’oppression" et que "l’amour triomphe de la guerre", le chef de l’Église catholique cite une réflexion du moine français rédigée quelques semaines avant sa mort.
Le soir de Noël 1995, des hommes armés étaient entrés dans le monastère et les moines avaient vécu "l’épreuve d’une confrontation directe avec des terroristes". Le pape raconte la suite : "Se demandant quelle prière adresser au Seigneur après une si dure épreuve, au sujet de ceux qui avaient violemment envahi le monastère, il écrivit: ‘Ai-je le droit de demander “désarme-le”, si je ne commence pas par demander “désarme-moi” et “désarme-nous”, en tant que communauté ? C’est ma prière quotidienne’".
Le Père Christian de Chergé sera assassiné quelques semaines plus tard. Les moines de Tibhirine et douze autres martyrs d’Algérie seront béatifiés à Oran en 2018.
La réflexion du pape Léon XIV et l’emprunt de la citation du moine français font écho aux premières paroles prononcées par le pontife après son élection le 8 mai. Apparaissant pour la première fois à la foule depuis la loggia de la basilique Saint-Pierre, le nouveau pape avait lancé : "Que la paix soit avec vous ! C’est la paix du Christ ressuscité, une paix désarmée et désarmante, humble et persévérante".
Léon XIV connaît l’Algérie
Ancien prieur de l’Ordre des Augustins, le pape Léon XIV connaît l’Algérie, terre de saint Augustin (354-430) qu’il pourrait visiter prochainement. Dans la préface, le pape cite l’évêque d’Hippone : "Vivons bien et les temps seront bons. C’est nous qui faisons le temps".
Avant d’être élu pape, Robert Francis Prevost s’était rendu à deux reprises en Algérie, en 2001 pour un colloque sur la figure de saint Augustin, et en 2013, pour l’inauguration de la basilique Saint-Augustin d’Annaba restaurée. À cette occasion, il était allé à Bab El Oued, où sœur Esther et sœur Caridad, deux religieuses augustines, ont été assassinées en 1994. Elles font partie des 19 bienheureux martyrs d’Algérie. À Alger, il s’était aussi rendu dans la bibliothèque de la casbah où ont été tués les deux premiers bienheureux d’Algérie, sœur Paul-Hélène et le frère Henri Vergès, assassinés le 8 mai 1994.
À l’issue du dernier conclave, le cardinal Jean-Paul Vesco a souligné au nouveau pape Léon XIV la concordance des dates entre le jour de la mort des premiers martyrs d’Algérie et celui de son élection, un 8 mai. "Les deux martyres augustines et les autres sont bien présents dans sa mémoire personnelle", confiait cet été l’archevêque franco-algérien. (cath.ch/imedia/mp)