Dans un décret publié le 13 novembre 2025, le pape Léon XIV met fin à l’autonomie dont bénéficiaient les organismes administrant les basiliques Saint-Pierre et Sainte-Marie-Majeure à Rome, abrogeant ainsi des mesures adoptées par le pape François.
Jeudi, un « Motu proprio » de trois pages, signé par Léon XIV, a été placardé cour Saint-Damase, à l’entrée du Palais apostolique. Ce texte annonce l’abrogation de deux décrets promulgués par le pape François à la fin de son pontificat : le premier concernant la Fabrique de Saint-Pierre (29 juin 2024), le second le chapitre des chanoines de la basilique Sainte-Marie-Majeure (19 mars 2025).
Dans ce document, daté du 29 septembre 2025, Léon XIV explique que la réforme financière menée par son prédécesseur « nécessite une réévaluation et une redéfinition périodiques du cadre réglementaire applicable, dans le but de garantir une structure équitable et transparente ». Cette décision, précise-t-il, a été approuvée le 16 septembre par le Conseil pour l’Économie (CPE), organe chargé de la supervision économique et financière du Saint-Siège, avant d’être confirmée après « consultation d’experts ».
Contrairement à d’autres Motu proprio promulgués par Léon XIV, celui-ci n’a pas été communiqué officiellement par le Bureau de presse du Saint-Siège, mais simplement affiché à l’entrée du Palais apostolique — une procédure rendue possible par François.
L’«autonomie» des basiliques abrogée
Le premier Motu proprio abrogé par Léon XIV porte « sur l’interprétation des règles applicables à la Fabrique de Saint-Pierre » (29 juin 2024) et encadre le fonctionnement de cette entité chargée de la gestion et de l’entretien de la basilique. Le second, signé par François depuis la polyclinique Gemelli (19 mars 2025), concerne « la modification des règles applicables au chapitre de la basilique papale Sainte-Marie-Majeure », où François est enterré. Bien que présents dans les Actes officiels du Saint-Siège, ces textes n’avaient pas été rendus publics à l’époque – contrairement aux statuts et au règlement de la Fabrique.
Avec ces décrets, François avait presque entièrement soustrait la Fabrique et le chapitre de Sainte-Marie-Majeure au contrôle du CPE, confirmant explicitement leur «autonomie». Les deux basiliques pouvaient ainsi conserver un auditeur interne, sans se soumettre au Bureau du réviseur général, pourtant chargé de l’audit comptable et financier de toutes les entités du Vatican.
Autre disposition majeure : ces organismes n’avaient plus à faire valider certaines dépenses exceptionnelles. Alors que la norme imposée par François en janvier 2024 exigeait que toute dépense supérieure à 150.000 euros soit validée par le secrétariat pour l’Économie (SPE) – le « bras exécutif » du CPE -, la Fabrique de Saint-Pierre et le chapitre de Sainte-Marie-Majeure étaient exemptés pour les montants inférieurs à 1,5 million d’euros.
De plus, les basiliques n’avaient pas à soumettre leurs embauches au SPE, sauf pour les contrats indéterminés — une exception par rapport aux autres entités du Saint-Siège, où ces procédures sont souvent complexes et longues, même pour un simple remplacement. François avait justifié ces mesures par un impératif d’efficacité dans la gestion de ces lieux fréquentés quotidiennement par des milliers de pèlerins et touristes.
Poursuivre et corriger la réforme de François
Désormais, les deux basiliques doivent se conformer au règlement applicable à toutes les entités dépendant du Saint-Siège et de la Cité du Vatican, retrouvant ainsi la tutelle du SPE. Léon XIV charge d’ailleurs ce dernier de résoudre « toute question ou problème de nature économique ou de contrôle et vigilance » concernant ces deux entités.
Ce n’est pas la première fois que le pape américano-péruvien revient sur une réforme économique de son prédécesseur. Son premier Motu proprio, publié le 6 octobre 2025, assouplissait la centralisation financière instaurée par François concernant l’Institut pour les œuvres de religion (IOR), la « banque » du Vatican.
Dans le seul entretien qu’il a accordé à la presse, publié en septembre dernier, Léon XIV s’est voulu rassurant et dans la continuité de François sur le plan économique : « Les choses vont s’arranger, mais nous devons poursuivre le processus de réforme entamé par François. » Il a reconnu l’existence de « mauvais choix » dans le passé, tout en estimant que le Vatican avait pu « envoyer un mauvais message » et décourager certains donateurs en laissant croire que l’argent n’était pas bien géré dans le petit État. (cath. ch/imedia/cd/mp)