"L’Église n’a pas peur de nous envoyer à l’école de notre sœur la mort", a déclare le Père Raniero Cantalamessa, prédicateur de la Maison pontificale, lors de sa première méditation de l’Avent le 4 décembre 2020.
Au cours de cette catéchèse, délivrée salle Paul VI en présence du pape François et des membres de la Curie, le nouveau cardinal a insisté sur le sens chrétien de la mort, à l’aune de la pandémie de coronavirus.
Le Père Cantalamessa délivre trois méditations de l’Avent sur le thème du verset psalmique : «Enseigne-nous à bien compter nos jours, Afin que nous appliquions notre cœur à la sagesse » (Psaume 90:12). Parmi les enseignements que l’on peut tirer de la pandémie, Mgr Cantalamessa distingue trois grandes vérités éternelles qui feront l’objet de ses trois méditations de l’Avent. "La première nous rappelle que ce qui fonde notre condition humaine, c’est que nous sommes tous mortels."
« Notre Sœur la mort est bonne pédagogue » et « l’Église n’a pas peur de nous envoyer à son école », affirme le cardinal italien. S’appuyant sur le Cantique des créatures de saint François d’Assise, le prédicateur a loué le Seigneur pour « notre sœur la mort », « à qui nul homme vivant ne peut échapper ». Elle nous enseigne tant de choses: si seulement nous savions les écouter avec docilité. Regarder la vie du point de vue de la mort est une aide extraordinaire pour bien vivre ».
La vision erronée de Sartre et Heidegger sur la mort
Dans sa prédication, le théologien évoque l’influence de deux penseurs modernes sur la mort : Jean-Paul Sartre et Martin Heidegger. Le premier, en déclarant qu’il n’existe pas d’échelle de valeurs objectives et antérieures à tout, rend l’homme responsable de son destin et de sa liberté. De ce fait, il "ignore le fait de la mort". De son côté, Martin Heidegger, qui part de prémisses analogues, définit pourtant l’homme comme un « être-vers-la-mort ». Heidegger fait de la mort, poursuit le cardinal Cantalamessa, la fin de la vie. Non seulement la mort met fin à la vie, mais la vie a aussi pour finalité la mort. Dès lors, selon le philosophe, on naît pour mourir et pour rien d’autre.
L’Église catholique, dans les Écritures et dans la tradition, s’oppose radicalement à cette conception de la mort, rappelle le prédicateur. Certes, la mort est «l’unique certitude de la vie». La vie, en ce sens, est une « maladie mortelle que l’on contracte en naissant », ajoute le cardinal. Citant Dante Alighieri (Purgatoire, chant XXXIII), il rappelle que la vie humaine est «une course à la mort».
Le sens chrétien de la mort
Néanmoins, l’Église croit que Jésus-Christ a délivré "tous ceux qui, par crainte de la mort, étaient toute leur vie retenus dans la servitude", poursuit le capucin, citant l’Épitre aux Hébreux (2:15). C’est pourquoi, puisque « Jésus anticipe sa mort le Vendredi Saint », le fait de participer à l’Eucharistie est la façon la plus vraie et la plus authentique de se préparer à la mort .
Dans la foi chrétienne, conclut le cardinal, «la vie n’est pas une condamnation mais un privilège». Certes, la mort est un événement qui abaisse et nivelle tous les privilèges, explique le cardinal. Mais depuis que le Christ s’est livré sur la Croix, «la vie du croyant ne s’achève pas avec la mort» : une autre vie commence, sous la forme d’une « habitation éternelle dans les cieux », qui sera l’objet de la prochaine méditation. (cath.ch/imedia/at/mp)