Depuis plusieurs jours, une polémique a éclaté dans la presse italienne et internationale au sujet de la possible ordination sacerdotale d’homosexuels en Italie. Assouplissement réel ou maintien de la pratique actuelle? Les avis divergent.
Le discernement vocationnel des séminaristes ne doit pas «se réduire» à la question de l’homosexualité quand elle se pose pour un candidat au sacerdoce, indiquent les nouvelles normes pour le fonctionnement des séminaires italiens, validées par le Saint-Siège et entrées en vigueur le 9 janvier 2025.
En dépit de cet apparent assouplissement, les portes du séminaire restent toujours fermées aux personnes 'ayant des tendances homosexuelles profondément enracinées’.
Les Orientations et normes pour les séminaires ont été préparées par la Conférence des évêques d’Italie (CEI) et sont entrées en vigueur le 9 janvier après avoir été approuvées par le Dicastère pour le clergé. Ce document de 88 pages, appelé Ratio nationalis, est valable trois ans.
Le paragraphe 44 du document (sur 118), consacré à la question de l’homosexualité, a en particulier attiré l’attention du jésuite américain James Martin, personnalité médiatique engagée dans l’accompagnement pastoral des personnes LGBT, qui plaide régulièrement pour une Église plus inclusive à leur égard. «Selon mon interprétation – et ce n’est que mon interprétation -, si un homosexuel est capable de mener une vie saine, chaste et célibataire, il peut être admis au séminaire», affirme celui qui est consultant au dicastère pour la Communication.
Le New York Times a repris cette lecture en affirmant que «le Vatican autorise les homosexuels italiens à se former à la prêtrise s’ils restent célibataires». Pour Euronews, ce sont même les personnes «ouvertement homosexuelles» qui pourraient désormais devenir prêtres.
Ce qu’affirme l’Église à ce sujet
En 2005, la congrégation pour l’Éducation catholique, alors en charge des séminaires, avait publié avec l’assentiment du pape Benoît XVI un document intitulé «Instructions de la congrégation pour l’Éducation catholique sur les critères de discernement vocationnel concernant les personnes ayant des tendances homosexuelles en vue de leur admission au séminaire et aux ordres sacrés». Elle demandait de ne pas accepter au séminaire les candidats homosexuels actifs, ceux qui auraient des «tendances homosexuelles profondément enracinées» ou ceux qui soutiendraient la «culture gay».
Le document prévoyait l’admission d’un candidat dans le cas où l’homosexualité ne serait pas enracinée chez lui, mais le signe d’un «problème transitoire, comme, par exemple, celui d’une adolescence pas encore terminée». Cependant, elle demandait que ces tendances soient «surmontées» au moins trois ans avant l’ordination diaconale, première étape en vue de l’ordination à la prêtrise.
L’instruction avait été rappelée dans la Ratio fundamentalis (règle fondamentale pour les séminaires) publiée par le dicastère pour le Clergé en 2016. Le texte insistait sur la nécessité pour le candidat de «manifester aux formateurs […] d’éventuels doutes et difficultés» concernant sa potentielle homosexualité.
Ce que dit le nouveau texte italien
La Ratio nationalis (règle adaptée à la seule situation nationale) publiée par les évêques italiens reprend et cite les indications des deux précédents documents – notamment l’idée qu’une homosexualité fortement enracinée n’est pas compatible avec le sacerdoce. Cependant, elle ajoute des indications supplémentaires dans un long paragraphe dans lequel le formateur est invité à ne pas s’arrêter aux seules tendances homosexuelles éventuelles d’un candidat.
Le formateur est ainsi incité, quand il aborde la question de l’homosexualité, à la considérer «dans le cadre global de la personnalité du jeune homme». Il doit dès lors évaluer la capacité du séminariste avec d’éventuelles tendances homosexuelles «à accueillir comme un don, à choisir librement et à vivre de façon responsable la chasteté dans le célibat».
«Il ne s’agit pas seulement de contrôler ses pulsions sexuelles, mais de grandir dans une qualité de relations évangéliques qui dépasse les formes de possessivité», insiste le document. Il affirme enfin qu’un candidat qui comprend le sens de la chasteté doit être capable de «motiver» sa renonciation à la sexualité et les frustrations affectives et sexuelles qui en découlent.
Rien ne change dit la CEI
Certains médias ont vu dans ces indications le signe d’un changement de fond dans l’approche de l’homosexualité dans les séminaires. L’Avvenire, journal des évêques italiens, déplore une «lecture partielle et non contextualisée du texte». Le commentateur y affirme sans équivoque que «les règles relatives à la non-admission des homosexuels à la prêtrise ne changent pas». L’article insiste sur la continuité du texte avec la Ratio fundamentalis publiée en 2016 par le dicastère pour le Clergé.
«La vraie nouveauté du document, en réalité, est l’attention que les nouvelles normes comportent sur le ‘discernement’, en particulier dans les trois premières années du parcours de formation», est-il encore souligné. Interrogé, Mgr Stefano Manetti, évêque de Fiesole et chargé du dossier au sein de la CEI, affirme pour sa part que la Ratio nationalis devait aider «les candidats au sacerdoce à faire la clarté en eux-mêmes», en leur proposant un accompagnement «qui n’exclut pas». «Il s’agit de mettre la personne au centre», insiste-t-il.
Les mises en garde du pape
Le 20 mai et le 11 juin derniers, le pape François avait évoqué la question de la présence de personnes à tendance homosexuelle dans les séminaires. Lors de deux réunions à huis clos avec des membres du clergé italien, il avait abordé le projet de Ratio nationalis. Ses propos – notamment l’emploi à deux reprises d’un terme insultant (frociaggine, mot d’argot romain qu’on peut traduire par «tarlouze») pour décrire le climat de certains séminaires – avaient fuité et provoqué un important scandale médiatique.
Lors de ces rencontres, le pape avait affirmé que si un jeune homme a une «tendance» homosexuelle, il valait mieux qu’il n’entre pas au séminaire, comme l’avait rapporté à I.MEDIA un prêtre présent. «Ce sont de bons garçons, mais avec cette tendance, il vaut mieux ne pas le faire», avait encore assuré le pontife.
Au niveau de l’Église universelle, la question du discernement et de la formation des séminaristes est l’objet d’un groupe de travail issu du Synode sur la synodalité (le groupe 4). Il devrait déboucher sur une nouvelle Ratio fundamentalis. L’article 148 du document final du Synode, un des plus débattus, insiste sur la révision de ce texte en vue d’inclure une formation des prêtres à la synodalité, qui promeut une Église plus inclusive. (cath.ch/imedia/cd/mp)