La Conférence des évêques catholiques des États-Unis (USCCB) a publié le17 février 2026 son rapport sur la liberté religieuse dans le pays. Si elle se dit satisfaite de certaines évolutions, entre autres dans la politique de genre, l’USCCB exprime son inquiétude face à l’expulsion des migrants.
La notion de liberté religieuse est beaucoup plus extensive aux Etats-Unis que sur le continent européen où elle se limite le plus souvent à la seule liberté de culte. Elle englobe de larges domaines sociaux et sociétaux. Le rapport des évêques d’une soixantaine de pages apparaît ainsi comme un état de la société américaine, un an après l’arrivée au pouvoir de Donald Trump.
La commission pour la liberté religieuse de l'USCCB a publié le 17 février son «Rapport annuel sur l'état de la liberté religieuse», qui met en évidence les mesures législatives et exécutives ainsi que les affaires jugées par la Cour suprême des États-Unis que les évêques américains suivent de près.
«Si l'année écoulée a été marquée par des évolutions positives en matière de liberté religieuse, elle a également connu des développements inquiétants », a commenté, le président de la commission, Mgr Alexander K. Sample, archevêque de Portland en Oregon.
La violence suscite une inquiétude croissante
Pour les évêques, l’élément “le plus préoccupant est peut-être l'augmentation continue de la violence politique. La polarisation que les évêques déplorent depuis longtemps a débouché sur de graves attaques graves. Les sentiments et les discours antisémites se multiplient, y compris dans les institutions traditionnelles. Dans son rapport 2025, l'Anti-Defamation League recense 9’354 incidents antisémites à travers les États-Unis, soit une augmentation de 344% par rapport cinq années précédentes.
Les églises catholiques ont également été le théâtre d'actes de violence et de vandalisme, notamment la fusillade de masse du 27 août 2025 à l'église catholique de l’Annonciation de Minneapolis pendant une messe scolaire. L’enquête «n'a pas permis de discerner de motif cohérent » chez le tireur, qui exprimait « un mélange d'idées antisémites, anti-Trump, racistes et anticatholiques, ainsi qu'un fort désir de tuer des enfants ».
Le rapport mentionne également l'arrestation, le 5 octobre, d'un homme armé d'engins explosifs devant les marches de la cathédrale Saint-Matthieu, à Washington, peu avant la messe qui marque l'ouverture de la session de la Cour suprême. On peut citer encore l'assassinat de l'activiste conservateur Charlie Kirk et l'attaque à la bombe incendiaire contre le domicile du gouverneur démocrate de Pennsylvanie, Joshua Shapiro. «Une trop grande partie de notre vie nationale est marquée par l'hostilité et les conflits», déplore Mgr Sample.
Liberté religieuse et application des lois sur l'immigration
Le rapport indique que «si les nations ont la responsabilité de réglementer leurs frontières et d'établir un système d'immigration juste, il doit également y avoir un accord de base» sur la protection de la dignité des immigrants.
Il dénonce en particulier la possibilité pour les agents de l’ICE d’opérer des arrestations dans des lieux considérés jusque là comme des refuges comme les lieux de culte, les écoles et les hôpitaux. A un point tel que nombre de migrants craignent aujourd’hui de se rendre à l’église de peur d’être arrêtés. Ce qui a conduit cinq évêques à dispenser les fidèles de leur obligation dominicale.
Accès aux sacrements pour les migrants
Les évêques soulignent un autre point noir, l’accès aux sacrements pour les migrants détenus dans les camps, en particulier les latino-américains dont la plupart sont catholiques. Le rapport cite notamment le centre d'immigration de Broadview, dans l'Illinois, où le clergé n'a pas pu obtenir l'autorisation d'entrer pendant des mois. Une décision de justice a obligé le DHS à les autoriser à entrer pour le mercredi des Cendres.
Les autres domaines préoccupants identifiés dans le rapport sont le choix de l'école et le crédit d'impôt fédéral pour les bourses d'études, ou encore les dispositions qui empêchent les organisations religieuses de participer aux programmes gouvernementaux d’aide alimentaire et sociale.
Développements positifs
Au chapitre des développement positifs pour la liberté religieuse, le rapport mentionne la création par le président Trump de la Commission pour la liberté religieuse dont plusieurs évêques sont membres ou conseillers.
Le rapport salue également les mesures prises par l'administration Trump pour lutter contre l'idéologie de genre. Les politiques sur l'identité de genre remettent en cause la liberté religieuse lorsque des personnes et des organisations religieuses sont contraintes de défendre leur reconnaissance de la différence sexuelle, notent les évêques.
Le rapport relève que Trump a abrogé les décrets de l'ancien président Joe Biden qui incluaient dans les discriminations sexuelles celles fondées sur l''identité de genre auto-déclarée’. Ce qui avait entraîné nombre de difficultés dans le domaine de la santé, de l’éducation ou des sports. En imposant des distinctions fondées sur le sexe biologique plutôt que sur l'identité de genre, Trump a pris la direction opposée, se félicite le rapport.
250 ans de l’indépendance américaine
Mgr Sample a remarqué que «tous ces développements ont lieu alors que les Américains s'apprêtent à célébrer les 250 ans d'indépendance de leur nation».
«C'est le moment idéal pour réfléchir aux idéaux exprimés dans la Déclaration d'indépendance et à la manière dont ces idéaux ont façonné la culture unique qui s'est développée au cours des deux derniers siècles et demi», a-t-il déclaré. «Pour les catholiques, c'est l'occasion de réfléchir à la manière dont l'Église a enrichi la vie américaine». (cath.ch/osvnews/cna/mp)