Paris, 30mai(APIC) Les tensions entre la CLAR (Confédération latino-américaine des religieux) et le Vatican semblent quelque peu s’apaiser. Entre
Rome et les religieux le ton est plutôt à la détente. C’est ce qu’ont déclaré les Pères Luis Cocia, capucin argentin, président de la CLAR et José
Nery, Frère des écoles chrétiennes brésilien et vice-président de la CLAR,
lors de leur récent passage en France. La CLAR avait été désavouée en
février 1989 pour son projet "Parole et vie" destiné à proposer une lecture
de la Bible à partir du contexte du continent latino-américain, en donnant
la priorité aux pauvres. Tensions encore exacerbées par la nomination imposée par le Vatican d’un secrétaire général de la CLAR.
Les dédoublements de cette affaire avaient abouti à une impasse totale,
qui s’était soldée, le 11 octobre 1989, par l’acceptation finale de la mesure romaine par la CLAR, mais contre sa volonté profonde. Le 12 octobre,
la CLAR annonçait officiellement qu’elle renonçait à son projet "Parole et
vie" afin de "ne pas mettre en danger la bonne réputation des membres de
l’équipe de biblistes et de pastoralistes" qui avaient élaboré le projet
contesté. L’affaire avait fait grand bruit en Amérique latine et en Europe.
Au cours d’une conférence de presse donnée à Paris, les responsables de
la CLAR, qui groupe environ 160’000 religieux et religieuses, ont constaté
une volonté de dialogue de la part du Vatican et s’en sont réjouis. Les Pères Cocia et Nery reconnaissent, du côté romain, une volonté de détente
dans le conflit qui avait opposé les religieux latino-américains, soucieux
de l’attitude prophétique de l’Eglise, et le Vatican, plus préoccupé de
maintenir l’unité. Pourtant, affirment-ils, il ne pourra y avoir de détente
que sur une base de vérité.
Décidée à aller dans le sens de l’apaisement, la Congrégation romaine
pour les religieux et les Instituts séculiers (CRIS) aurait souhaité que
la CLAR fasse amende honorable. Or, affirme Luis Cocia, le refus du
dialogue est venu du Vatican! Et il reconnaît que l’un des éléments qui ont
contribué à la détente est la publication, par des journaux du monde
entier, de la chronologie des événements: "Sous la pression de l’opinion
publique, Rome a été amenée à revenir sur ses positions".
Conflit entre deux ecclésiologies
En fait, estime-t-il, le problème soulevé par cette affaire est à situer
dans un débat beaucoup plus large: il ne s’agit pas d’un "combat de chefs"
entre le Vatican et les évêques latino-américains d’une part, et l’Eglise
des pauvres d’autre part. Le conflit est entre deux ecclésiologies qui
s’affrontent: d’un côté ceux qui veulent maintenir la communion à tout
prix. De l’autre, ceux qui veulent rester fidèles au message prophétique de
l’Eglise.
Ce conflit surgit, font-ils encore remarquer, alors que se prépare la
quatrième Conférence des évêques d’Amérique latine, qui doit se tenir à
Saint-Domingue en février 1992. Il s’agit d’une assemblée épiscopale: quelle sera, dans ce cas, la participation des religieux? D’ores et déjà, pour
être efficace, la CLAR a entrepris de travailler avec les évêque pour préparer cette conférence. Mais personne ne sait encore si les religieux seront présents à Saint-Domingue.
Au problème de la CLAR était lié le projet d’évangélisation "Parole et
vie": ce projet est désormais suspendu, affirme Luis Cocia; la CLAR ne le
cautionne plus. Mais il reconnaît aussi que des Conférences épiscopales et
des diocèses l’ont pris comme appui à l’évangélisation, et que "sous le
manteau, le travail continue!" Reste aussi que les tensions suscitées au
sein de la CLAR par la nomination imposée par le Vatican d’un secrétaire
général, Jorge Jimenez, ne s’apaisent guère: "L’affrontement est permanent
au sein de la direction de la CLAR, et par deux fois, des rapports du secrétaire général ont été repoussés par l’Assemblée des présidents nationaux". (apic/mjh/pr)