Le Dicastère pour la doctrine de la foi du Vatican a annulé les sanctions imposées au prêtre chilien Felipe Berríos et a annulé son expulsion de la Compagnie de Jésus faute d’une «certitude morale suffisante quant à la commission des délits dénoncés», a indiqué, le 9 décembre 2025 la Compagnie de Jésus au Chili.
Cette décision, sans appel, annule à la fois l'interdiction d'exercer publiquement le ministère sacerdotal pendant dix ans et l'expulsion de l'ordre décrétée en avril 2024 par le Supérieur général des jésuites. Le Père Berrios était largement connu comme prédicateur, auteur de livres et fondateur de plusieurs groupements.
Une procédure engagée en 2022
L'affaire contre le religieux a débuté en 2022, lorsque la Compagnie de Jésus a ouvert une enquête préliminaire canonique après avoir reçu des plaintes pour abus sexuels. L'enquête a établi la vraisemblance de sept plaintes, ce qui a conduit le Dicastère pour la doctrine de la foi à ordonner une procédure pénale administrative.
Au cours de l'enquête, Berríos a été suspendu de ses fonctions sacerdotales, contraint de s'établir à Santiago et interdit de travailler avec des mineurs.
Des faits à connotation sexuelle
Les faits qui lui ont été reprochés étaient des actes «à connotation sexuelle de gravité variable qui auraient affecté sept jeunes femmes et adolescentes», liés à «des attouchements et divers dépassements des limites dans l'exercice du sacerdoce, entre 1993 et 2009».
La procédure pénale administrative menée par la Compagnie de Jésus a corroboré les faits dénoncés et a ajouté un nouveau cas, portant à huit le nombre total de plaintes.
Classements sans suite de la justice civile
Parallèlement à la procédure canonique, le Père Berríos a lui-même déposé une plainte auprès du ministère public afin de faire l'objet d'une enquête par la justice civile. Arguant que les faits qui lui étaient reprochés n'étaient pas avérés, il voulait ainsi, selon ses propres termes, «faire connaître publiquement la vérité ».
Une première procédure a été classée sans suite en raison du manque de coopération de la victime présumée. En juin 2023, un tribunal de Santiago a estimé que «même s'ils étaient avérés, les faits ne constitueraient pas un délit ».
En avril 2024, six autres affaires antérieures à 2005, ont également été classées sans suite.
Le tribunal pénal de Santiago a enfin décidé en juin 2025 de classer la dernière affaire pour prescription. Le tribunal avait néanmoins souligné que les preuves recueillies et le témoignage de la victime – qui s'est révélé constant dans le temps, cohérent et crédible – avaient permis d'établir les éléments correspondant à un abus sexuel commis par le prêtre en août 2000.
Les sanctions initiales et l'appel
En mai 2024, la province chilienne de la Compagnie de Jésus avait annoncé que Felipe Berríos avait été reconnu coupable d'abus et de délits de sollicitation de faveurs sexuelles dans le cadre du sacrement de la confession. En conséquence, il a été décidé de lui interdire pendant dix ans l'exercice public du ministère sacerdotal et de l'expulser de l'ordre.
En juin de la même année, le prêtre a fait appel de cette décision devant le Dicastère pour la doctrine de la foi, qui vient donc de se prononcer en annulant les deux décrets, estimant qu'il n'y avait pas de «certitude morale suffisante» quant aux délits dénoncés.
La réponse de la Compagnie de Jésus
La Compagnie de Jésus au Chili a assuré qu'elle respectait la décision du Vatican et qu'elle l'appliquerait intégralement. Cependant, l'ordre a précisé qu'il engagerait une procédure de réparation avec chacune des huit personnes ayant porté plainte.
En outre, les jésuites ont indiqué qu'ils «ont imposé au Père Berríos des mesures disciplinaires concernant son mode de vie et son activité apostolique en tant que prêtre jésuite», sans toutefois préciser la nature de ces mesures. (cath.ch/com/mp)