Le théologien Liu Xiaofeng évoque l’attrait (301091)
Louvain, 30octobre(APIC) On peut être Chinois, se rattacher à la culture
chrétienne et n’être pas forcément croyant ou se tenir à distance d’une
Eglise instituée, c’est du moins ce qu’affirme le théologien chinois Liu
Xiaofeng, rédacteur en chef d’une revue de culture chrétienne éditée en République populaire de Chine, la "Christian culture review". Actuellement
étudiant en théologie à Bâle, Liu Xiaofeng a donné une conférence sur les
intellectuels chinois et le christianisme, lors d’un récent passage à Louvain (Belgique).
Liu Xiaofeng explique que les origines historiques de ce renouveau du
christianisme en Chine populaire viennnent de la sensible diminution, au
cours de la dernière décennie, des sévères répressions que les chrétiens
ont subies dans le passé de la part du gouvernement. En parallèle, la religion, et en particulier le christianisme, suscite un intérêt croissant chez
les intellectuels et les enseignants.
Un christianisme culturel
Mais qui sont ces nouveaux "croyants" ? Le théologien expose qu’il
s’agit de "chrétiens culturels", "ils n’entendent pas devenir des piliers
de l’Eglise, mais plutôt se démarquer des institutions chrétiennes officielles": "Tout groupe fortement constitué est trop analogue au Parti qui
impose...". Liu Xiaofeng n’imagine pas que la sympathie manifestée par une
série d’intellectuels à l’égard des valeurs chrétiennes puisse déboucher
demain sur une appartenance à une Eglise bien en place. Sur ce plan,
l’exemple type d’institution ecclésiale en Chine reste celui de l’Association patriotique des catholiques de Chine (APCC), proche du régime, que les
"chrétiens culturels" ne sont pas près de suivre aveuglément. D’autre part,
les groupes de fidèles catholiques davantage tournés vers Rome peuvent apparaître, de l’extérieur, comme tenant plus de la "secte" que de "l’Eglise".
Le courant des "chrétiens culturels", estime le théologien, pourrait
jouer un rôle demain en Chine de "double distance critique" et par rapport
à l’idéologie athée et par rapport à une "religion trop sûre d’elle-même ou
trop bien intégrée au système social". Cette nouvelle "théologie critique",
souligne Liu Xiaofeng, pourrait "jouer un rôle libérateur" en s’efforçant
de "marquer de son empreinte les valeurs et les recherches d’aujourd’hui
dans le monde intellectuel, dans la communauté scientifique et dans la
théologie elle-même".
D’après le conférencier, ces "chrétiens culturels" dont il affirme luimême faire partie, témoignent d’une variété de convictions religieuses.
Mais ils ont en commun de mettre l’accent sur le sens de la vie et les valeurs. Il expose que ce qui les a séduits dans le christianisme c’est "la
recherche et la proclamation d’un amour universel, poussé jusqu’au pardon".
D’autre part, Liu Xiaofeng affirme clairement que pour eux, il ne s’agit
aucunement de chercher "un meilleur mais illusoire rapprochement avec le
bouddhisme" ou une "vaine recherche de connivences supplémentaires avec la
culture chinoise". A son avis, le christianisme dans l’Empire du Milieu
doit plutôt se présenter tel qu’il est, "avec ses propositions et ses exigences". (apic/cip/ap)