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    apic/Abbé Pierre Kaelin/ biographie

    Fribourg: décès de l’abbé Pierre Kaelin (020695)

    Un prêtre au service de la musique et sensible aux détresses du monde

    Fribourg, 2juin(APIC) L’abbé Pierre Kaelin, compositeur et ancien directeur de la Chanson de Fribourg, est décédé dans la nuit du 1er au 2 juin au

    Foyer Jean-Paul II, à Villars-sur-Glâne, à l’âge de 82 ans. Malade depuis

    plusieurs années, l’abbé Kaelin s’était retiré depuis quelques mois au home

    pour prêtres âgés. Disciple de l’abbé Joseph Bovet, autre figure fribourgoise de premier plan dans le domaine de la chanson populaire et de l’animation liturgique des choeurs d’Eglise, Pierre Kaelin était très connu en

    Suisse romande.

    Ancien maître de chapelle à la cathédrale Saint-Nicolas de Fribourg,

    Pierre Kaelin a formé au chant de nombreuses générations de prêtres et

    d’instituteurs au Grand Séminaire de Fribourg et à l’Ecole normale. Il

    avait composé entre autres la musique de chansons dont le parolier était

    son ami, le poète Emile Gardaz, animateur à la Radio suisse romande.

    L’abbé Kaelin est né le 12 mai 1913 à Estavayer-le-Lac. Ordonné prêtre

    en 1937, il se rend la même année à Paris pour y étudier la composition à

    l’Ecole César-Frank et parfaire ses connaissances d’art sacré à l’Institut

    grégorien. "Ces solides études musicales, ce fut grâce à l’abbé Bovet qui

    intervint auprès de mes supérieurs, que j’ai pu les réaliser", disait-il

    volontiers à ses amis. Il ajoutait aussi, modeste: "En vérité, l’abbé Bovet

    était une personnalité si originale qu’on ne pouvait lui succéder". Je préfère dire: "Je suis venu après l’abbé Bovet".

    Le défenseur des droits de l’homme

    Ouvert au monde et défenseur des droits de l’homme, Pierre Kaelin a créé

    entre autres "La Joie partagée" sur des textes de l’Abbé Pierre, Raoul Follereau et Charles Péguy, et "La Symphonie des deux Mondes" sur un texte

    composé par Dom Helder Camara, ancien archevêque de Recife au Brésil. Ce

    dernier était également le récitant de cette oeuvre musicale de grande envergure, présentée une quarantaine de fois dans le monde entier.

    Dans une interview accordée à l’agence APIC il y a quelques années,

    l’abbé Kaelin avait expliqué son souci pour les personnes plongées dans la

    pauvreté. "C’est une question qu’on peut poser non seulement à chaque chrétien, mais à chaque homme qui a un peu de coeur, des yeux pour voir et des

    oreilles pour entendre. Lorsqu’on voit la misère dans le monde, il n’y a

    pas besoin d’être forcément croyant, on pourrait être à mon avis athée et

    quand même vouloir faire quelque chose pour les autres. A plus forte raison, si je suis prêtre, c’est évident".

    L’influence de l’Abbé Pierre

    Interrogé sur le déclic qui avait provoqué cet intérêt à venir au secours des exclus, Pierre Kaelin avait répondu: "Il n’y pas eu de déclic.

    Peut-être une influence de ma famille, qui était très ouverte à ces problèmes. Le scoutisme aussi, qui m’a fait du bien. J’étais chef scout et j’ai

    fondé des troupes. S’occuper des autres est assez fondamental dans mon existence. Mais après, c’est vrai, il y a eu dans les années 50, ma rencontre

    avec l’Abbé Pierre, et vers 1960 avec Raoul Follereau, l’apôtre des lépreux. Ces deux grands hommes m’ont impressionné et m’ont aidé à m’ouvrir à

    ceux qui souffrent. Un jour que je conduisais l’Abbé Pierre de Fribourg à

    Genève, je me souviens de ce qu’il m’a dit dans la voiture: "Les deux mêmes

    mots qu’on emploie, lorsqu’on se met à table en se frottant les mains:

    "J’ai faim!". Ce sont là les deux mêmes mots qu’utilisent ceux qui n’ont

    rien à manger".

    L’abbé Kaelin avait plaisir à voyager à l’étranger, spécialement dans

    ses tournées à succès avec "sa Chanson de Fribourg", fondée en 1952. Il

    restait cependant profondément attaché à sa patrie. Il s’était fait connaître en Suisse romande durant la seconde guerre mondiale. Capitaine-aumônier, il aimait faire chanter les soldats et avait créé, peu de temps après

    la mobilisation, "Le Joli Choeur de Bercher", du nom de ce village campagnard, en plein Gros de Vaud, où il était cantonné.

    Son travail quotidien aura été aussi de favoriser grandement les chants

    liturgiques dans les églises fribourgeoises. Successeur aussi en cela, de

    l’Abbé Bovet, il suivra avec passion "les Céciliennes" dans l’amélioration

    du plain-chant et des oeuvres polyphoniques. Il entrera aussi avec joie

    dans les réformes de Vatican II qui introduisait le français dans la liturgie. Il fut à l’origine du premier livre d’"Une Même Voix". Beaucoup se

    souviennent également de la messe chantée, inaugurant superbement les toutes récentes décisions du Concile, en 1964 à Lausanne, lors de la Journée

    fribourgeoise de l’Exposition nationale.

    L’analyse de la musique de Pierre Kaelin, par lui-même

    Comment définir la musique de Pierre Kaelin?, lui avait demandé Bernard

    Sansonnens, critique musical, il y a deux ans, à l’occasion du 80e anniversaire de l’abbé compositeur. L’auteur de "Messire François" (1953), avait

    répondu: "Ma spécialité, mon talent, si j’ose dire, ça été de savoir mettre

    en relief la valeur d’un texte. La création selon moi, appartient au domaine du mystère, plus à un ordre de la nature que de l’artifice. Des mélodies, des musiques me viennent à la tête. Je les note, les travaille. J’y

    exprime ma pensée du monde, de la vie, de l’homme, sous le regard du Créateur. J’aime faire rire, pleurer, aimer, prier. La pire des choses est

    l’indifférence. En fait je n’ai composé ni pour satisfaire des goûts du moments, ni l’attente que des milieux auraient pu avoir à mon égard. Par ma

    musique diversifiée, j’ai surtout voulu offrir la joie à un vaste auditoire. Non pas l’émerveillement, mais la joie simple, la joie pure, celle qui

    vient de l’amitié et du partage". (apic/ba)

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