Le stéréotype des étrangers criminels à l’étude lors d’une (141188)
Zurich, 14novembre(APIC) La criminalité des étrangers en Suisse est modeste comparée à celle des Suisses, à condition de comparer des chiffres
comparables, a dit en substance Karl-Ludwig Kunz, professeur de criminologie à l’Université de Berne. Il participait en ce début novembre à une session de deux jours, organisée comme chaque année par la commission "Aide
aux détenus" de Caritas Suisse et la Paulus Akademie de Zurich. Quelque 140
participants y ont participé: fonctionnaires de police, juges, avocats, directeurs de pénitenciers, assistants sociaux, aumôniers, politiciens et
agents de patronnage ont ainsi pu échanger et confronter des idées sur le
sujet.
Dans le climat actuel qui règne au sein de la population suisse face à
la question des étrangers, celle des réfugiés et des requérants d’asile,
face aussi aux problèmes du trafic de drogue et de la criminalité, la question ne manquait pas d’intérêt. Pour le professeur Kunz, il faut se garder
de toutes associations hâtives entre étrangers et criminalité en Suisse,
"pays de tourisme et plaque tournante pour de juteuses affaires internationales, et ou de nombreux trafics de drogue transitent". Or, relève-t-il, de
nombreux crimes organisés sont commis en Suisse sans pour autant qu’il n’y
ait un lien avec la criminalité des étrangers résidants sur le territoire.
Au niveau de l’appartenance sociale, ce dernier constate que
dans les milieux défavorisés, le taux de criminalité est aussi élevé chez
les Suisses que parmi les étrangers. Pour appuyer ses dires, il distingue
les étrangers de la première et ceux de la seconde génération. Selon le
professeur Kunz, ceux de la deuxième génération trouvent un terrain plus
propice à la délinquance que leurs parents "dans la mesure ou on constate
une certaine perte d’appartenance à leur pays et qu’ils manifestent plus
d’attentes professionnelles et financières que leurs parents". A ce niveau
là, dit-il, "la criminalité est un problème avant tout social, on le rencontre aussi bien parmi les Suisses".
D’autres questions furent également évoquées durant ces deux journées de
session. Elles ont fait ressortir les limites de la pratique par rapport à
la loi à laquelle sont soumis les étrangers en particulier. Problème de
langue et de culture: même s’il connaît la langue ou qu’on la lui traduise
à la perfection, son ignorance de la culture, des règles de politesse, de
la morale, voire des "codes de conduite" restera un handicap impossible à
compenser avec les meilleurs interprètes, a pour sa part souligné l’avocat
genevois Jean-Pierre Garbade.
Mis à part les problèmes liés à la connaissance, d’autres, qui relèvent
de l’incarcération, ont été abordés. La détention préventive, par exemple,
touche d’office les étrangers sans domicile fixe en Suisse, par crainte
d’une fuite. Cette détention est généralement plus longue que pour les autochtones étant donné les délais pour récolter les renseignements nécessaires. Mais avec généralement à la clé pour les étrangers non domiciliés en
Suisse, la peine d’expulsion dans son pays d’origine sans que le condamné
n’ait eu la possibilité de choisir un autre pays (sauf intervention exceptionnelle du HCR).
La question des congés: l’ètranger est dans ce domaine souvent particulièrement pénalisé par rapport à un détenu suisse. "Le bien le plus désiré
des détenus étrangers", a relevé Hans-Jürg Bühlmann, directeur du pénitencier de Bostadel. Une fois de plus, pour des raisons de risque de fuite,
les congés sont rarement attrubués aux étrangers. "L’administration juge
très souvent que le fait d’être en Suisse depuis 10 ou 15 ans, d’y avoir
femme et enfants ou frères et soeurs, ne constitue pas une famille et qu’à
son sens ce n’est pas suffisant pour éliminer le risque de fuite", a de son
côté rapporté Edgar Michel, assistant social aux Etablissements des Plaines
de l’Orbe. Pour ce dernier, avant les deux-tiers de la peine, rares sont en
effet les congés et semi-liberté octroyés aux étrangers, d’ou, a-t-il dit,
une autre inégalité: l’étranger n’aura pas les mêmes possibilités de travail que son compagnon suisse ni les mêmes chances par conséquent de
montrer ses capacités.
Les problèmes évoqués durant ces deux journées sont nombreux. D’une manière générale, ils auront permis de faire ressortir le complet désarroi
des étrangers une fois pris par la justice, et surtout la profonde détresse
personnelle dans laquelle ils tombent faute d’appui extérieur par le fait
qu’ils se trouvent dans un milieu qui leur est étranger, et qu’ils ne connaissent pas. Pour les participants, ce n’est pas à coup de lois qu’on
règlera le problème, mais bien plus sans doute au niveau d’une meilleure
compréhension de l’inculpé et de son contexte socio-politique. A condition
pour cela de s’en donner les moyens, ont-ils conclu. (apic/at/pr)