Déclaration de la Commission nationale suisse "Justice et Paix"
Berne, 10novembre(APIC) "Il ne saurait suffire de propager l’emploi conséquent de préservatifs pour résoudre tous les problèmes liés au sida; mais
ce serait fermer les yeux devant la réalité si, dans le combat contre le
sida, on ne tenait pas compte de la fréquence des contacts sexuels dépersonnalisés et du changement répété de partenaires". Tel est le constat
dressé par la Commission nationale suisse "Justice et Paix", une commission
instituée par la Conférence des évêques suisses, dans une déclaration - la
première du genre concernant le sida - publiée mardi 10 novembre.
Dans sa déclaration - longue de quatre pages et intitulée "Le sida, un
défi pour notre temps" - "Justice et Paix" rappelle que le sida déclenche
des peurs et qu’il remet même en question notre attitude envers l’amitié,
l’amour et la sexualité et que cette grave maladie peut être "l’occasion
d’une réflexion sur notre manière de vivre notre vie sexuelle".
"Prenons-nous conscience que la sexualité comporte non seulement plaisir et
jouissance, mais également amour, fidélité et confiance, renoncement et
responsabilité réciproque, qualités indispensables dans une vision
chrétienne?" se demande encore "Justice et Paix".
Dans sa déclaration, l’organe de la Conférence des évêques dénonce la
tendance à vouloir faire des séropositifs et des malades du sida un nouveau
groupe de marginaux . "En agissant ainsi, on ne respecte pas la souffrance
et les angoisses de ces personnes, on ne fait que les augmenter". Et de
rappeler l’attitude de Jésus, qui, au contraire, s’est tourné vers les
laissés-pour-compte de la société. "Au vu de la souffrance, la question qui
avait péché ou qui était fautif, importait peu", relève "Justice et Paix",
qui s’élève contre les tentatives de confiner les malades du sida dans un
ghetto.
Eviter de créer un climat d’hystérie
Les médias ont également une responsabilité particulière face à cette
maladie : ils devront éviter de créer un climat d’hystérie généralisée qui
ne ferait qu’empirer les choses et ne pas profiter commercialement du mythe
qu’est devenu le sida. Ils doivent plutôt faire apparaître ce qu’il est
vraiment : une maladie qui est la source de beaucoup de souffrances humaines. Quant à l’Etat, ce n’est qu’avec la plus grande réserve qu’il devra
aborder la question des tests obligatoires pour certaines catégories de la
population. En se basant sur ce principe, "Justice et Paix" salue les directives du Conseil fédéral qui, en introduisant pour le 1er décembre 1987
l’obligation de déclarer tout cas de sida, a prescrit de manière contraignante l’anonymat absolu. Aux Eglises, il incombe de dire clairement
que le sida ne saurait être désigné comme une punition de Dieu. (apic/be)