Le Salvador visité par des femmes d’Eglise (110789)
Genève, 11juillet(APIC) Depuis 10 ans, le Salvador souffre d’une guerre
civile atroce. Il souffre le plus souvent en silence, l’attention internationale étant captée par d’autres destins : celui d’un pays voisin par
exemple, le Nicaragua. Cinq femmes appartenant au Conseil oecuménique des
Eglises et à la Fédération luthérienne mondiale viennent de passer une semaine au Salvador, pour ajouter un maillon à une chaîne d’espoir et de solidarité lancée comme réponse à l’assassinat le 5 avril dernier de
l’enseignante Maria Christina Gomez.
La décision de créer une chaîne de solidarité, la "Cadena de la
Esperanza M.-C. Gomez", a été prise par les femmes de la Conférence des
Eglises latino-américaine,de la Fédération luthérienne mondiale, et du
Conseil oecuménique des Eglises. Ainsi depuis le 1er mai, chaque semaine un
groupe oecuménique de femmes s’est rendu au Salvador en signe de
solidarité, de foi et d’espérance. Le dixième et dernier maillon de cette
chaîne est rentré dimanche à Genève : profondément boulversé par ce qu’il a
vécu. Comme sans doute chacune des 43 femmes des 21 pays qui ont participé
à la chaîne.
Le Salvador est un pays ravagé par la guerre civile, beaucoup d’hommes
ont été tués. La société est ainsi composée essentiellement de femmes, de
vieillards et d’enfants qui vivent dans l’insécurité la plus totale. Le 19
mars dernier, des élections ont porté au pouvoir le parti d’extrême droite
représentant les grands propriétaires terriens (ARENA) : avec seulement 15%
des voix et un très grand taux abstentionnisme. Il n’y a plus de droit au
Salvador; les crimes - ceux des tristements célébres "escadrons de la mort"
- jouissent d’une impunité totale. Avec une aide américaine de 1,5 à 3
millions de dollars par jour, le gouvernement tente d’écraser la révolte
des guérilleros du FMLN. L’armée est composée d’enfants, pour la plupart
enrolés de force.
Une guerre qui ne respect rien...
"Je connaissais la situation"; confie la jeune Genevoise Muriel
Juillard, déléguée du Conseil oecuménique, "mais c’est tout autre chose de
la vivre...". Elle est revenue boulversée. Par l’horreur d’une guerre qui
ne respecte rien, ni l’innocence, ni l’enfance : Un jour un homme
s’approche d’une maison, il demande à boire, en partant, il dégoupille une
grenade, la lance à un groupe d’enfant, les tue. De tel témoignage, Muriel
Juillard en a plein le coeur : "Les Salvadoriens ont appris à vivre avec la
violence gratuite, ils ont une sorte de résignation face à la mort. Mais de
la guerre, ils n’en peuvent plus". La Genevoise s’en est forgé une
conviction personnelle : "Jamais la guerre ne peut établir la paix et la
justice, elle est top absurde, trop inhumaine...".
Mais à côté de cela les cinq femmes ont toutes été émerveillées par la
puissance de vie qui se dégage des personnes qu’elles ont rencontrées. Ils
ne perdent pas l’envie de vivre; la joie, les chants, les rires rejaillissent de partout. Avec une foi inébranlable qui émaille les phrases de "Gracias a Dios". Contraste saisissant. Comme si, là où la puissance de la mort
abonde, la puissance de la vie surabondait.
Ainsi, certaines forces oeuvrent pour la paix. Les Eglises luthérienne, épiscopalienne, baptiste et catholique - travaillent ensemble
pour le développement, l’aide aux réfugiés... Malheureusement, l’Eglise de
Mgr Romero, l’archevêque assassiné, est aujourd’hui divisée : la conférence
épiscopale compte deux évêques très conservateurs. Samedi passé, une
rencontre nationale de femmes salvadoriennes pour la paix a réuni 500
personnes.
En signe d’espoir les cinq femmes ont ramené un petit arbre acheté dans
une prison de femmes dont certaines prisonnières n’avaient pas 15 ans. Ce
symbole de vie doit être planté et grandir au Centre oecuménique à Genève.
(apic/mgn/bd)