Le Salvador s’engage sur le sentier de la paix (170192)
Mexico/Lucerne, 17janvier(APIC) L’accord de paix signé jeudi à Mexico entre la guérilla et le gouvernement salvadoriens devrait mettre fin à 12 ans
de guerre civile. L’accord prévoit que le cessez-le-feu entrera en vigueur
le 1er février. La paix est cependant loin d’être gagnée, dans ce pays de
l’Amérique centrale qu’il faudra bien penser à reconstruire. Une tâche à
laquelle s’attache Caritas Suisse pour aider les Salvadoriens à relever
leur pays de ses ruines.
Douze ans de guerre civile, 80’000 tués, un million de réfugiés partis à
l’étranger et au moins un demi-million de personnes déplacées à l’intérieur
du pays, s’enfuyant pour échapper au massacre... Le bilan est lourd, pour
ce pays deux fois plus petit que la Suisse et qui compte à peine 6 millions
d’habitants.
Le gouvernement salvadorien et le Front Farabundo Marti de libération
nationale (FMLN) ont néanmoins réussi, sous l’égide des Nations Unies, à
s’entendre pour mettre un terme à cette tragédie grâce à l’accord conclu le
31 décembre, peu avant minuit, à New York. En attendant, sur place, la violence continue de faire son lot quotidien de victimes. L’archevêché de San
Salvador a répertorié 1’424 cas d’assassinats politiques l’an dernier, et
105 disparitions. En dépit des accords signés jeudi, Caritas Suisse met en
garde: "La stratégie a changé, glissant de la tactique de la ’terre brûlée’
à celle de la persécution ’sélective’".
Les principales cibles de cette répression "améliorée", écrit Caritas
Suisse, sont les responsables de coopérations, les dirigeants syndicalistes, les étudiants, les professeurs et bien sûr les défenseurs des droits
de l’homme. Sans oublier les membres des communautés religieuses, les prêtres et les milieux ecclésiastiques en général. Une lettre de menaces, reçue le 8 janvier dernier par le Conseil national des Eglises, accuse tous
ses directeurs d’être des communistes de mèche avec la guérilla. Suit une
liste de noms. Signature de la lettre: "l’Armée secrète de salut national".
Le prix de la guerre, le prix de la paix
On connaît le prix de la guerre. Mais sait-on celui de la paix? "Il faut
non seulement construire des usines, mais aussi des écoles et des hôpitaux,
édifier les structures d’une économie libre et, par-dessus le marché, bâtir
une société démocratique, fondée sur le respect des droits de l’homme et la
justice sociale. Cela dans un pays qui a traversé cinq siècles d’oppression
et d’exploitation, où 2% des propriétaires accaparent 60% des sols cultivables, alors qu’il y a entre 200’000 et 250’000 familles de paysans sans
terre".
Diverses institutions de l’Eglise, dont le Secrétariat social de l’archevêché, la Coordination oecuménique de service et d’aide humanitaire, Caritas El Salvador, soutiennent et canalisent l’aide fournie par Caritas
Suisse, qui travaille au Salvador depuis 12 ans.
"Durant toutes ces années de guerre civile, nous avons apporté notre secours aux victimes de la violence", note Eber Ferrer, responsable de l’aide
au Salvador. A travers son programme de parrainage, Caritas soutient des
groupes de veuves qui prennent en charge des orphelins.
2,5 millions depuis 1987
Suite au tremblement de terre de 1986, Caritas Suisse a redoublé d’efforts. "Depuis 1987, nous avons consacré 2,5 millions de francs environ
pour financer nos projets au Salvador", commente Eber Ferrer. Cet argent a
notamment permis de construire 250 maisons en dur pour les victimes du
séisme (avec la collaboration de l’Entraide protestante suisse et la Chaîne
du Bonheur), ainsi que 600 maisons provisoires pour les familles déplacées.
Cet argent a en outre servi à soutenir les réfugiés de retour d’exil.
"Nous aidons directement 8’585 rapatriés à reconstruire leur avenir". Comment? En leur fournissant des vivres, des semences, des outils agricoles et
un capital de départ pour constituer un fonds de roulement destiné à financer diverses activités de développement au sein de la communauté.
Caritas Suisse appuie par ailleurs un programme de santé qui repose sur
l’implantation d’un réseau de cliniques "populaires", trois ateliers de fabrication et de réparation de chaises roulantes, un home abritant une centaine de personnes âgées, ainsi qu’un centre de recherche et de formation
spécialisé dans la promotion de technologies favorables à l’environnement.
(apic/car/pr)