Le provincial des Jésuites de Suisse (060291)
L’option préférentielle pour les pauvres toujours d’actualité
Rome/Zurich, 6février(APIC) Le P. Pedro Arrupe, ancien supérieur général
des Jésuites, âgé de 84 ans, est décédé mardi soir à 19h45 d’une insuffisance cardiaque à l’infirmerie de la Curie généralice à Rome, entouré de
ses confrères. Elu 27e supérieur général des Jésuites en 1965, il a dirigé
la Compagnie dans les tourmentes de l’après-Concile jusqu’à ce qu’une
thrombose cérébrale survenue en 1981 l’oblige à quitter ses fonctions en
1983. Les différentes communautés jésuites de Suisse organiseront des services religieux à sa mémoire.
A Zurich, le provincial des Jésuites de Suisse Pierre Emonet, qui tient
à saluer l’oeuvre de cet homme engagé, relève que cette mort "est une délivrance". Le Père Arrupe était en effet dans le coma depuis plusieurs
jours et cela faisait près de 10 ans qu’il était paralysé.
Des moments de vives tensions
"Le souvenir que nous gardons du Père Arrupe est celui d’abord d’un extraordinaire enthousiasme pour le Christ et pour le monde moderne", témoigne Pierre Emonet. Pedro Arrupe était passionné par tous les défis
qu’adresse la société contemporaine à l’Evangile et il a cherché continuellement des chemins pour répondre à ces défis. Le provincial des Jésuites de
Suisse souligne aussi qu’Arrupe a ramené la Compagnie à ses sources, en encourageant l’étude des écrits et des expériences d’Ignace de Loyola, revivifiant l’esprit primitif de la Compagnie, par-delà tout ce que les siècles
avaient pu apporter d’adjonctions. Il est ainsi à l’origine d’un grand renouvellement spirituel dans la Compagnie.
Sous la direction du Père Arrupe, rappelle-t-il, il y a eu des moments
de grandes tensions au sein de la Compagnie, dans le sillage du Concile Vatican II. Lors de la 32e Congrégation générale, la Compagnie a connu des
tensions avec le pape Paul VI pour des problèmes relevant du droit de la
Compagnie, et non de divergences idéologiques.
A l’intérieur même de la Compagnie, il y a eu une tentative de scission,
surtout en Espagne, et le Père Arrupe a beaucoup travaillé à l’éviter. En
1980, Jean Paul II n’accéda pas au voeu du supérieur général de remettre
son mandat pour le confier à des forces plus jeunes. Mais lorsque Pedro Arrupe fut frappé par la maladie en 1981, Jean Paul II "démissionna" le Père
Vincent O’Keefe, que le supérieur général des jésuites avait nommé statutairement comme vicaire général pour diriger la Compagnie, et le remplaça
par son délégué personnel, le Père Paolo Dezza, aidé du Père Pittau.
Cela a été ressenti "très douloureusement" chez les Jésuites, car cette
intervention de Jean Paul II se situait en marge du droit de la Compagnie.
"Evidemment, reconnaît le Père Emonet, le pape étant le supérieur majeur de
la Compagnie, on pourrait dire qu’il est au-dessus du droit". Cela, souligne-t-il, a été ressenti comme un acte de méfiance à l’égard de la Compagnie, qui essaie quand même toujours de servir l’Eglise dans la fidélité au
pape. "Nous sommes attachés au service de l’Eglise, d’une Eglise concrète,
pas d’une Eglise idéale, selon l’approche de St Ignace de Loyola... Nous
essayons de marcher dans cette voie-là, de chercher des chemins pour
l’Evangile dans le monde d’aujourd’hui, d’être créatifs pour répondre aux
nouveaux défis que le monde et notre société sécularisée nous adressent".
Des problèmes de communication aujourd’hui résolus
Au début, avec le pape Jean Paul II, il y a eu quelques malentendus, relève le Père Emonet, "à cause d’un manque de communication plutôt que de
divergences vraiment idéologiques". A l’époque, de nombreuses dénonciations
venant de milieux conservateurs et aussi d’évêques avaient suscité la méfiance. Au Vatican, on était inquiet de certaines prises de position de Jésuites isolés, et les communications passaient mal : Le Père Arrupe, qui
voyageait de par le monde, n’avait pas le temps de soigner son image et
celle de la Compagnie auprès de la curie romaine...
"Cela a causé des malentendus avec le Vatican, mais il y avait sans doute à l’intérieur de la Compagnie également des gens mécontents de l’orientation qu’elle prenait, c’est-à-dire l’engagement pour la foi et la justice, l’option préférentielle pour les pauvres". Mais ce n’était, souligne-til, qu’un épisode, et actuellement, la Compagnie est très unie et les relations entre la Compagnie, et en particulier le supérieur général Peter-Hans
Kolvenbach, et le pape Jean Paul II "sont tout à fait bonnes". (apic/be)