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    Mais qui gouverne réellement le pays?

    Le Pérou traumatisé par les mesures économiques (140890)

    Pierre Rottet/APIC

    Lima, 14août(APIC) Boutiques et magasins fermés, rues vides sans vie et

    privées de transports publics: Lima offrait jeudi matin 9 août au lendemain

    de l’annonce, par le Premier ministre péruvien et ministre de l’Economie

    Juan Carlos Hurtado Miller, des mesures économiques du gouvernement D’Alberto Fujimori, le visage d’une ville en état de guerre, assommée par les

    chiffres assénés la veille. Assommée par les mesures économiques destinées

    selon le gouvernement à mettre fin à l’hyperinflation qui ronge le Pérou.

    Les Péruviens attendaient un remède, certes, mais en aucun cas le choc qui

    leur était imposé et contre lequel ils s’étaient prononcés en excluant de

    la présidence l’écrivain Vargas Llosa.

    Le président Fujimori s’était déclaré tout au long de sa campagne en

    faveur de mesures douces pour enrayer la crise. Celles adoptées par son

    gouvernement, applaudies par les milieux favorables à Vargas Llosa, mais

    critiquées voire qualifiées de "trahison" par nombre de ses partisans, ont

    provoqué la démission de plusieurs économistes de l’équipe de "Cambio 90"

    victorieuse du FREDEMO, dont celle d’Adolfo Figueroa pour lequel le "programme appliqué par le gouvernement est totalement différent de celui élaboré durant la campagne".

    La réalité des chiffres ne contredit en rien les affirmations de l’économiste Figueroa. L’essence qui se payait mercredi 8 août 25’000 intis le

    gallon se vendait jeudi matin à la pompe 675’000 intis. Le pain passait,

    lui, de 6’000 à 25’000, le lait de 60’000 à 330’000, le sucre de 70’000 à

    300’000, le riz de 60’000 à 270’000, les pâtes de 120’000 à 775’000 intis.

    Quant au kilo de poulet, qui se payait encore 120’000 intis début juillet,

    il devenait un mois plus tard inabordable pour la majorité du peuple: 1,2

    million d’intis. Cinq jours après l’annonce de ces mesures, le Pérou était

    encore sous le choc: émeutes et saccages des magasins se succèdent, plus de

    7’000 arrestations, 3 morts par balles tirées par la police, sans compter

    le geste de deux mères de famille poussées au suicide par le désespoir face

    à l’assiette vide. Plusieurs économistes estimaient en ce début de semaine

    que les prix avaient subi une hausse proche de 1’000%.

    Une facture lourde à payer

    Les pauvres une fois de plus paieront la facture de ces mesures et de

    l’héritage désastreux légué par l’ancien président Alan Garcia et son Parti, l’APRA, relève-on généralement au Pérou. Un parti qualifié de corrupteur, d’accapareur et de spéculateur: alors que la plupart des produits

    alimentaires de première nécessité faisaient défaut dans les magasins durant ces dernières semaines, la police, lors d’une de ses nombreuses interventions, découvrait dans un hangar appartenant à l’APRA plusieurs tonnes

    d’aliments emmagasinés et destinés à la vente une fois les hausses connues.

    Reste que se pose aujourd’hui la question de savoir si les pressions

    exercées par le Fonds Monétaire International (FMI) et par les tenants de

    l’économie péruvienne n’ont pas eu raison des promesses faites par Alberto

    Fujimori tout au long de sa campagne. Son discours d’investiture le 28

    juillet dernier augurait pourtant d’un réel changement. Pas dans le sens du

    choc contre lequel il avait réitéré son opposition, mais dans le sens de la

    nouveauté des propos tenus: un langage que d’aucuns estimaient sincère,

    simple, concret et extrêment novateur quant à son contenu. Il déclarait

    notamment le Pérou en guerre contre la corruption, la spéculation et la

    malhonnêteté; insistait en disant vouloir s’attaquer aux causes du terrorisme: "Il faut rechercher les causes de la subversion dans la violence

    structurelle, la marginalisation ethnique et culturelle..."; exigeait une

    lutte pour le rétablissement de la confiance des Péruviens vis-à-vis des

    institutions, y compris de la justice en qualifiant le Palais de Justice de

    la capitale de "Palais de l’injustice"; annonçait, outre sa volonté de moraliser le pays et d’exiger le respect des droits de l’homme, la constitution de commissions chargées de faire la lumière "quoi qu’il en coûte" sur

    les cas de disparitions et de massacres "dans lesquels les forces de l’ordre sont impliquées"...

    Bruit de bottes et démissions

    Le discours du nouveau président péruvien rassurait d’autant plus que

    les décisions courageuses suivaient: entre 200 et 300 généraux et colonels

    destitués ou mis à la retraite, parmi lesquels les commandants en chef de

    la marine de guerre et de l’aviation, partisans convaincus de Vargas Llosa

    et d’un putch visant à s’opposer au nouveau gouvernement. Dès lors, comment

    et pourquoi le revirement perçu dans le paquet de mesures expliquées par le

    premier ministre plus de dix jours après l’investiture de Fujimori, un délai au cours duquel le pays a vécu dans l’anarchie des prix la plus complète? Il faut savoir que le nouveau président Alberto Fujimori, qui a composé

    son cabinet d’hommes et de femmes appartenant à des partis politiques de

    droite et de gauche, est un homme relativment seul et sans véritables appuis. Ce qui fait dire à de nombreux observateurs que les pressions ont été

    plus fortes que la volonté populaire, mais aussi que le "réalisme du FMI et

    des milieux économiques" a dicté un choix qui semble échapper à Fujimori

    lui-même.

    A l’appui de ce sentiment s’ajoute un autre malaise ressenti aujourd’hui

    au Pérou. Le retour en catastrophe lundi 6 août de l’aéroport de Lima au

    Palais présidentiel d’Alberto Fujimori qui devait voyager en Colombie n’a

    sans doute rien à voir avec le prétexte selon lequel l’annulation était due

    au surplus de travail, mais bien avec des bruits de bottes proches voire

    très proches du Palais. Autres faits troublants: aucune apparition publique

    et aucune déclaration politique n’ont été faites depuis ce fameux lundi par

    le président Fujimori, pour lequel les difficultés n’en sont qu’à leur début. A commencer par la paralysie toujours effective des transports publics

    et les démissions - non encore acceptées - des ministres de l’Industrie et

    de l’Education. (apic/pr)

    ENCADRE

    L’Eglise catholique péruvienne préoccupée

    La situation économique du Pérou préoccupe l’Eglise catholique péruvienne, et les mesures économiques dictées par le gouvernement Fujimori sont

    diversement commentées. Selon Mgr Ricardo Durand Flores, évêque du Callao

    et président de la Conférence épiscopale péruvienne, ces mesures "étaient

    inévitables". Lors d’une messe spécialement célébrée au lendemain de l’annonce ministérielle à l’occasion du jour dit de "La réflexion, la paix et

    la concorde nationale", il a fait appel à l’union du pays pour sortir de la

    crise. Il a indiqué que jusqu’au moment où les mesures de réajustement salarial seront connues, les paroisses feront tout pour satisfaire aux nécessités de certains secteurs. Un programme d’urgence de cuisine populaire est

    en cours d’organisation. Quant au Père Gustavo Gutierrez, l’un des penseurs

    de la théologie de la libération, il a déclaré dans une interview accordée

    à l’agence APIC "être frappé et très choqué" par l’annonce des mesures économiques, mais qu’en dépit de cela vouloir maintenir sa foi dans le futur

    et dans les capacité du peuple péruvien, profondément touché. Selon le Père

    Gutierrez, qui est à la tête d’une paroisse populaire située dans le vieux

    quartier du Rimac à Lima, "ces mesures signifient la faim pour pas mal de

    gens... pour tout un peuple privé du nécessaire pour manger" (apic/pr)

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