"Une guerre effroyable risque d’éclater"
Rome, 30août(APIC) "Oui, je crois que le risque existe d’un retour du
communiste. Si Gorbatchev échoue avec sa perestroïka (et il échouera: il
s’est donné deux ans, mais on ne reconstruit pas un ordre économique, et
même pas une petite entreprise, avec du matériel humain détruit par septante ans de communisme, de surcroît en restant communiste), il arrivera en
URSS ce qui est arrivé en Chine, ils tenteront une restructuration stalinienne. J’entrevois le chaos, l’anarchie, et un groupe qui détiendra le
pouvoir dans un empire désintégré mais ayant dans ses mains les armes nucléaires. J’entrevois une grande masse de réfugiés, non pas religieux, mais
pour ainsi dire économiques, qui chercheront à survivre à tout prix, en
s’emparant des richesses de l’Europe de l’Ouest. Les armes suivront. Une
guerre effroyable risque d’éclater".
Ce "scénario-catastrophe" est décrit dans une interview à "Il Sabato",
l’hebdomadaire de "Communion et Libération", par le Père Werenfried van
Straaten, 77 ans, fondateur de l’oeuvre "Aide à l’Eglise en détresse"
(AID). Seul propos rassurant dans la bouche du célèbre Prémontré néerlandobelge: "Je ne veux effrayer personne: je ne suis pas un spécialiste".
Le Père van Straaten livre sa vision apocalyptique en faisant le point
sur la situation en Europe au lendemain de la chute du mur de Berlin. Puisque la catastrophe est inévitable, il s’agit, dit-il, "de préparer la paix
en préservant la foi, durant et après le déluge". Dans son scénario, le
"Père au Lard" voit affluer de nouveaux peuples en provenance de l’Est. Il
s’agira donc moins de préserver une culture - "Je crois que la fin de la
culture européenne est imminente", déclare-t-il - que de sauvegarder l’essentiel: "l’Evangile, les sacrements, l’expérience de l’amour en Christ".
Après l’irruption des nouveaux arrivants, le Père van Straaten voit
l’avènement d’une période de vingt à cinquante ans au terme de laquelle
l’Europe présentera un autre visage. L’important est "de faire en sorte
qu’elle soit chrétienne, de préserver la foi".
Les autres peurs du Père van Straaten
Selon le Père van Straaten, il n’y a toujours pas de liberté dans l’ancien monde communiste. Il y a bien "un nombre indéfini de nouvelles possiblités, dit-il. Nous pouvons légalement apporter une aide, mais partout dominent de façon plus ou moins occulte des fonctionnaires communistes qui
sabotent toute initiative".
Le fondateur d’"Aide à l’Eglise en détresse" avoue une double peur:
d’une part, face à ce qui viendra de l’Est, mais aussi celle qu’inspire la
situation à l’Ouest, où "des néo-modernistes sont en train, depuis la chute
du mur de Berlin, de détruire l’Eglise de l’intérieur... La crise de
l’Eglise dans le monde libre est terrible... Le pape est seul, terriblement
seul. Il prêche dans le monde, mais qui répond à son cri missionnaire? Je
crains que le pape doive dire que, devant un monde qui a soif du Christ
dans les immenses territoires de l’ancien empire communiste, l’Eglise n’a
pas été capable d’y conduire la mission et les a ainsi perdus..."
"La lutte continue, poursuit le Père van Straaten. Nulle part, la condamnation à mort du Christ n’a été révoquée... les ruines et les dangers
qu’encourent l’humanité et l’Eglise à l’Ouest trouvent leurs racines dans
la même présence satanique qui, à l’Est, a semé la persécution des chrétiens... Notre résistance à ce pouvoir ne peut que continuer". (apic/cipjt/pr)