Philippines, en visite en Suisse
Pour le Père Tritz, l’école sauve les enfants des trottoirs de Manille
Fribourg, 15novembre(APIC/Jacques Berset) "Eduquer un enfant, c’est sauver un homme!". Citant Victor Hugo, le Père Pierre Tritz, un "jeune" jésuite de 78 ans qui a consacré sa vie aux enfants des bidonvilles des Philippines, expliquait vendredi soir le sens de son action au Centre de loisirs
"Espace-Schönberg" à Fribourg. 28’000 enfants vivant dans des taudis ou
dans la rue peuvent, grâce à son opération "retour à l’école" et à sa fondation ERDA, rester en classe, apprendre un métier et préserver ainsi leur
avenir.
Pays de rêve aux 7’000 îles et aux paysages superbes, les Philippines ne
manquent pas de richesses, mais elles sont concentrées dans les mains d’une
minorité. Ainsi, la pauvreté frappe la majorité des 65 millions d’habitants
du pays - dont plus de la moitié a moins de 19 ans - et sur les 10 millions
d’habitants de Manille, 3 millions vivent dans des taudis et des bidonvilles. Si l’école est obligatoire et gratuite, les plus pauvres n’y ont souvent pas accès: ils n’ont les moyens ni de s’acheter les habits nécessaires
ni de payer le matériel scolaire. Parce qu’ils manquent de stimulations
dans leur famille, et faute d’écoles maternelles pour les mettre un peu à
niveau, les enfants de milieux très défavorisés quittent souvent l’école
dès la première année.
"Opération retour à l’école"
Pour faire face à cette réalité, celui que le grand reporter d’Antenne 2
Jean-Claude Darrigaud a surnommé "le père des enfants de la rue", a lancé
en 1974 son "Operasyon Balik-Paaralan", l’"Opération retour à l’école". Car
pour ce jésuite d’origine lorraine - devenu Philippin pour pouvoir se solidariser jusqu’au bout avec ce peuple attachant - l’éducation est le premier
"chemin de libération" : les pauvres doivent avoir un métier pour pouvoir
trouver du travail et nourrir leur famille. Grâce à ERDA, la Fondation
d’Aide pour la Recherche et le Développement de l’Education qu’il a mise
sur pied il y a 17 ans, le religieux veut remettre dans le circuit scolaire
quelques uns des 300’000 enfants qui abandonnent chaque année l’école aux
Philippines, faute de moyens financiers et de stimulation.
Car il en faut du courage pour aller à l’école, à ces enfants qui vivent
sur la "montagne fumante" de Manille, cette immense décharge où ils cherchent leur nourriture et récupèrent - pour un franc suisse par jour - des
déchets de plastique ou des métaux destinés à la récupération. Il en faut
de l’"héroïsme" pour faire ses devoirs à la lumière d’une bougie, sur le
rebord de la "fenêtre" d’une baraque où il y a moins d’un m2 d’espace par
personne, dans la promiscuité et le bruit... Et pourtant, relève Pierre
Tritz, malgré les typhons qui ravagent leurs pauvres masures, malgré l’insécurité du lendemain, les gens luttent pour survivre. "Chez nous, il n’y a
pas de suicide, les gens ne se découragent pas, ils recommencent!"
Et les enfants qu’ERDA aide à se maintenir dans le circuit scolaire sont
doués et s’accrochent: "Malgré la grande pauvreté, nous en maintenons 95% à
l’école". Autant d’enfants "sauvés des trottoirs de Manille", de la
prostitution, de la violence, du vol et de la drogue. A Manille, les
enfants sont déjà 70’000 à vivre dans et de la rue, parfois dès l’âge de 3
ans. 15’000 dorment sur les trottoirs. Pour eux, le Père Tritz vient
d’ouvrir un Centre qui les nourrit, les loge, leur fournit des habits et,
surtout, les scolarise. "Ceux là seront sauvés, car ceux qui ont vécu
plusieurs années dans la rue sont difficiles à récupérer..., ils n’ont plus
ni règles ni discipline et sont exposés à tous les dangers".
15’000 enfants vivent de la prostitution à Manille, "et quand on est installé dans ce circuit et cette mentalité, il est très difficile d’en sortir, c’est presque déjà trop tard..." C’est pour intervenir "en amont" que
le Père Tritz a fondé ERDA, cette organisation qui compte une centaine de
professionnels salariés à plein temps (éducateurs, assistantes sociales,
personnel infirmier, etc.), sans compter les institutrices à mi-temps des
écoles maternelles privées mise sur pied par la fondation (plus de cent).
Mais l’infatigable jésuite, accompagné dans sa tournée européenne par sa
collaboratrice Lorna Gabad, directrice des programmes d’ERDA, ne pourrait
faire vivre son oeuvre sans la solidarité internationale. En Suisse, il
peut compter sur l’Association suisse Raoul Follereau, l’organisation de
Willy Randin "Nouvelle Planète" et sur les jeunes de l’association "SOS Enfants de Manille" animée notamment par le jeune photographe fribourgeois
Charly Rappo. (apic/be)
Encadré
Né en 1914 dans une Lorraine alors sous domination allemande, le Père Tritz
est entré en 1933 chez les jésuites à Florennes (Belgique), "à condition
que l’on m’envoie en Chine!". Condition acceptée, puisque qu’il vivra dans
l’Empire du Milieu de 1936 à 1948. Il a notamment suivi à Shanghai les
cours de théologie à Zikawei, à l’ombre de la cathédrale, "sur le même banc
que Mgr Aloysius Jin Luxian", aujourd’hui évêque ’patriotique’ de Shanghai.
Il a également enseigné à l’Université de Tien-Tsin et rencontré le célèbre
Père Vincent Lebbe. En 1950, ne pouvant rentrer en Chine après un séjour de
2 ans en France, il sera envoyé par la Compagnie de Jésus à Manille, aux
Philippines, sa nouvelle patrie. (apic/be)
(Pour faire vivre une école maternelle de 35 enfants à Manille pendant un
an, le Père Tritz a besoin de 1’000 francs suisses. On peut verser des dons
sur le CCP de l’Association Raoul Follereau : 10-25979-2, mention Père
Tritz, Philippines)