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    LE PATRIARCHE ORTHODOXE RUSSE SE REND AU CENTRE OECUMENIQUE

    "Ce que nous devons au monde et à nos proches dans la foi, c’est le

    témoignage vivant et l’expérience d’une authentique communion entre tous

    ceux et celles qui ont été baptisés et croient en Christ et qui sont

    appelés à devenir signe et instrument de la nouvelle création."

    C’est ainsi que s’est exprimé le pasteur Konrad Raiser, secrétaire général

    du Conseil oecuménique des Eglises (COE), lors de l’allocution qúil a

    prononcée pour accueillir Sa Sainteté Alexis II, patriarche de Moscou et de

    toute la Rous’, au Centre oecuménique à Genève, mercredi matin 28 juin

    1995.

    Quelque 150 membres du personnel du Centre oecuménique et des représentants

    des Eglises locales s’étaient rassemblés en ce lieu pour souhaiter la

    bienvenue au chef de l’Eglise orthodoxe russe, qui se rendait pour la

    première fois en visite officielle auprès du COE et de la Conférence des

    Eglises européennes (KEK).

    Faisant observer que le patriarche Alexis est le chef de la plus grande

    Eglise membre du COE, le pasteur Raiser a déclaré que, depuis son

    installation, Sa Sainteté avait "travaillé sans relâche pour le renouveau

    de la vie et du témoignage de son Eglise, et pour resserrer les liens avec

    toutes les autres Eglises locales orthodoxes et avec l’ensemble de la

    communauté chrétienne".

    Le COE, a poursuivi le pasteur Raiser, a également suivi "avec admiration"

    les courageux efforts entrepris par le patriarche en faveur de la paix et

    de la réconciliation en Russie, ainsi qúau Nagorny-Karabakh et dans

    l’ex-Yougoslavie.

    Parlant des nouvelles possibilités qui se sont ouvertes en Europe centrale

    et orientale, le pasteur Raiser s’est félicité de la manière dont l’Eglise

    orthodoxe russe a saisi ces possibilités en ouvrant un grand nombre de

    paroisses, de diocèses, de séminaires, de couvents et d’institutions

    ecclésiastiques.

    Cependant, a-t-il ajouté, il est indispensable d’examiner comment cette

    Eglise et l’ensemble des Eglises membres du COE devraient réagir face à la

    nouvelle société qui est en train de naître et à ce qui la caractérise, et

    comment elles devraient répondre aux besoins de ceux qui y vivent.

    "Une crise économique et sociale" a succédé aux changements survenus en

    Europe centrale et orientale au cours des dernières années. "Cette

    situation interpelle vivement les Eglises dans leur ministère diaconal", a

    également déclaré le pasteur Raiser qui a évoqué en particulier "l’escalade

    d’un culture de violence et la vulnérabilité de certaines catégories de

    population comment les gens âgés, les femmes et les enfants".

    Le pasteur Raiser a estimé que dans le contexte des conflits violents, les

    Eglises ont un rôle extrêmement important et délicat à jouer. Et il a

    souligné que dans le tragique conflit de Tchétchénie, le patriarche Alexis

    avait "systématiquement et résolument" montré la "voie du dialogue".

    Notant la préoccupation actuelle des orthodoxes devant la concurrence dans

    le domaine de la mission, le pasteur Raiser a réaffirmé la position du COE

    qui soutient le témoignage de l’Eglise locale comme étant la manifestation

    de l’Eglise tout entière et rejette la pratique du prosélytisme.

    Dans un monde de plus en plus éclaté, a-t-il conclu, la "vocation première"

    du COE et de ses Eglises membres - oeuvrer pour l’unité visible de l’Eglise

    - "est plus impérieuse que jamais".

    .Prenant à son tour la parole pour répondre au pasteur Raiser, Sa Sainteté

    Alexis II a déclaré que le COE, dans l’accomplissement de sa tâche, devait

    faire preuve d’"une sensibilité exceptionnelle à l’égard des positions des

    Eglises, d’un tact particulier dans ses relations avec elles et d’un vrai

    professionnalisme". Le COE, a-t-il ajouté, y a réussi.

    Faisant un bref tour d’horizon de la vie et de l’oeuvre de l’Eglise

    orthodoxe aujourd’hui, le patriarche Alexis a expliqué que celle-ci était

    présente dans treize Etats souverains ainsi qúen Russie, et que ses

    conditions d’existence variaient d’un pays à l’autre. Il a mentionné en

    particulier l’Ukraine et l’Estonie o# les siens connaissent des épreuves

    difficiles et sont l’objet de discriminations.

    La régénération et la restauration de la vie de l’Eglise orthodoxe russe, a

    déclaré le patriarche, est en "plein essor". Au cours des cinq dernières

    années, on a restauré ou créé 32 diocèses. Le nombre des paroisses a doublé

    et elles sont aujourd’hui plus de 14 000. On a ouvert deux nouvelles

    facultés de théologie et treize séminaires. 323 monastères ont ouvert ou

    rouvert leurs portes, et le nombre de prêtres et de diacres a

    "considérablement" augmenté, bien qúil soit encore insuffisant.

    L’éducation religieuse constitue aujourd’hui un élément important, a ajouté

    le patriarche, et en novembre et décembre derniers, le Conseil des évêques

    de l’Eglise orthodoxe russe a mis au point un vaste programme

    d’enseignement destiné aux enfants, aux jeunes et aux adultes.

    Après de nombreuses années, il est à nouveau possible de faire un travail

    dans le domaine de l’entraide et de l’action sociale. Dans ce contexte,

    l’Eglise a accordé une "importance particulière" aux services de santé

    publics. Par exemple, elle a apporté son aide aux victimes de la

    catastrophe de Tchernobyl, en particulier aux enfants.

    L’Eglise est en train de remettre sur pied le service d’aumônerie auprès

    des soldats orthodoxes de toutes les forces armées, initiative qui est

    "d’une exceptionnelle importance car elle vise à améliorer la moralité des

    milieux de l’armée".

    Le patriarche a indiqué que l’Eglise continue d’accomplir un "service

    apostololique de réconciliation" et qúelle participe à différentes

    démarches visant à régler les conflits qui opposent la Géorgie à

    l’Abkhazie, l’Ossétie à l’Ingouchie, l’Arménie à l’Azerbai"djan, ainsi que

    le conflit qui déchire la Tchétchénie.

    Dans ce dernier conflit, "le plus grave de notre époque", comme l’a

    qualifié le patriarche, ceux qui ont le pouvoir de rétablir l’ordre public

    sont restés sourds aux appels répétés qúil leur a adressés en vue de

    parvenir à un règlement négocié. "Malgré cela, nous ne relâchons pas nos

    efforts", a dit le patriarche, qui a ajouté que les conversations

    politiques actuelles laissaient entrevoir quelques signes d’espoir pour

    l’avenir.

    Parlant des relations de l’Eglise orthodoxe russe avec le COE, le

    patriarche Alexis a souligné que la position de son Eglise était "avant

    tout déterminée par l’attitude positive qúelle a à l’égard du mouvement

    oecuménique dans son ensemble".

    Parmi les activités actuelles du COE auxquelles l’Eglise orthodoxe russe

    accorde une importance particulière, le patriarche a mentionné les

    programmes de formation des lai"cs, hommes et femmes, en vue de leur

    engagement dans l’Eglise et la société, ainsi que les programmes de

    formation destinés à l’accompagnement des personnes handicapées.

    Le patriarche a déclaré qúil attachait une importance toute particulière à

    la participation de son Eglise à la Conférence mondiale sur la mission et

    l’évangélisation qui se tiendra au Brésil, en 1996.

    .../3

    - 3 Il s’est déclaré satisfait de la position du COE qui combat "le

    prosélytisme pratiqué par certaines Eglises et associations religieuses non

    orthodoxes, ainsi que par des sectes chrétiennes et non chrétiennes, et des

    groupes para-religieux, néo-pai"ens et occultes".

    Il a souligné l’importance pour son Eglise des travaux du COE sur

    l’Evangile et les cultures et de ceux menés par la CMC-Action des Eglises

    pour la santé et par la Commission des Eglises pour les affaires

    internationales. L’Eglise orthodoxe russe a également apporté son soutien à

    la Décennie oecuménique "les Eglises solidaires des femmes" en l’inscrivant

    dans sa propre perspective, et elle a manifesté son intérêt pour les

    activités du COE auprès des jeunes.

    Au cours de sa visite de six jours en Suisse qui doit s’achever le lundi 3

    juillet, le patriarche russe rencontrera des représentants de plusieurs

    Eglises et de la Confédération helvétique. Enfin, il participera aux

    célébrations du cinquantième anniversaire de l’ONU.

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