Le Patriarche de Moscou Alexis II et la question uniate (201190)
Rome, 20novembre(APIC) "Nous espérions que la reprise des relations officielles entre le Saint-Siège et l’Union soviétique allait faire augmenter
l’estime réciproque entre nos confessions. Hélas cela n’a pas été le cas",
a déclaré dans une interview accordée au journal italien "Corriere della
Sera" le chef de l’Eglise orthodoxe russe, le Patriarche de Moscou Alexis
II, élu au mois de juin dernier comme successeur du Patriarche Pimène.
"Le processus de rapprochement a été obscurci par le fait que nous
n’avons pas le même point de vue sur le phénomène des Eglises uniates (catholiques de rite oriental unis à Rome, ndlr). Nous espérons que nous trouverons un accord et que les nouvelles relations diplomatiques que sont la
nomination de Mgr Francesco Colasuonno à Moscou et l’envoi de l’ambassadeur
Youri Karlov auprès du Saint-Siège puissent nous aider dans ce sens", a déclaré le Patriarche de Moscou.
Un référendum au niveau des paroisses
Les catholiques et les orthodoxes se disputent à propos de la restitution des églises qui étaient passées à l’orthodoxie après la suppression
par Staline, en 1946, de l’Eglise uniate en Ukraine. Pour étudier cette délicate question, une Commission composée de représentants de l’Eglise orthodoxe russe, de l’Eglise catholique romaine et des Eglises locales
d’Ukraine (orthodoxe et uniate) a été formée, a déclaré le Patriarche. On
organisera, paroisse par paroisse, un référendum et la majorité décidera à
quelle Eglise appartiendra une communauté. Alexis II tient aussi à souligner que l’on s’opposera à tout acte de violence.
A propos des tendances indépendatistes et nationalistes qui se développent dans différentes Républiques soviétiques, le Patriarche de Moscou observe que là où l’Europe s’unifie on lève les barrières douanières. Pendant
ce temps, en Union soviétique, on cherche à introduire des frontières entre
les Républiques. Alexis II, tout en affirmant que certaines Républiques ont
l’illusion de se suffire à elles-mêmes alors qu’elles ont durant des décennies eu des liens étroits entre elles, pense qu’il est "impossible de rompre ces rapports qui sont non seulement économiques, mais humains".
Alexis II estime que ces tendances séparatistes sont la conséquence du
manque de pratique démocratique. L’Eglise, ajoute-t-il, doit utiliser "son
influence pacificatrice" . "J’ai visité les points chauds du pays, dit-il,
de l’Ukraine à la Moldavie et j’ai cherché à expliquer partout que l’Eglise
orthodoxe est multinationale et pas seulement composée de Russes".
Au sujet de la paroisse de Souzdal, qui est passée de l’Eglise orthodoxe
russe à l’Eglise orthodoxe russe à l’étranger, le patriarche estime que les
émigrés russes ont posé des conditions inacceptables pour le Patriarcat de
Moscou. Ainsi ces émigrés voudraient que le Patriarcat renonce à ses relations oecuméniques et à la déclaration de 1927 par laquelle le métropolite
Serge exprimait sa loyauté envers le gouvernement soviétique. Alexis II explique qu’il s’agissait, en 1927, l’époque la plus dure et la plus triste,
d’une tentative pour sauver l’Eglise.
Le Patriarche de Moscou a fait remarquer que "dans une situation extrêmement favorable à l’Eglise, il est nécessaire de travailler avec toutes
les forces dans une seule direction et de ne pas de créer de division sur
le territoire russe." (apic/jt/ba)