Le patriarcat oecuménique de Constantinople (311091)
Les explications du Père Georges Tsetsis
Lausanne, 31octobre(APIC) Contrairement à l’Eglise orthodoxe russe et à
celles de Grèce et de Roumanie, le patriarcat oecuménique de Constantinople, comme d’ailleurs les Eglises de Bulgarie, d’Arménie, de Géorgie et même de Serbie, participera au Synode spécial sur l’Europe qui se tiendra au
Vatican du 28 novembre au 14 décembre prochain. Une occasion à saisir,
estime le Père Georges Tsetsis, représentant permanent du patriarcat oecuménique auprès du Conseil oecuménique des Eglises (COE), pour rappeler que
la nouvelle évangélisation ne relève pas seulement de l’Eglise catholique
mais regarde l’ensemble des Eglises chrétiennes en Europe.
Exposant jeudi 31 octobre à Lausanne aux membres de l’Association des
journalistes catholiques les raisons de la participation de Constantinople
à ce Synode catholique, le Père Tsetsis considère que "l’évangélisation de
l’Europe est une affaire qui nous regarde tous". "Certainement, poursuitil, l’initiative prise par Sa Sainteté le pape est une initiative louable,
mais avec cette nuance que ce n’est pas à lui seul d’évangéliser l’Europe... Qu’on le veuille ou non, en Europe, il y a une grande proportion de
fidèles ou d’Eglises qui ne sont pas d’obédience romaine et qui exercent un
ministère évangélique et pastoral".
Par conséquent, estime-t-il, au vu des problèmes que la société européenne doit affronter aujourd’hui, "l’évangélisation doit être une entreprise
commune, oecuménique". D’autant plus que par ailleurs la coopération existe
entre orthodoxes, protestants et catholiques, comme c’est le cas par exemple à St-Jacques de Compostelle du 12 au 18 novembre prochain pour la rencontre intitulée "Sur Ta Parole - Mission et Evangélisation en Europe aujourd’hui". Cette cinquième rencontre oecuménique européenne est organisée
conjointement par la Conférence des Eglises Européennes (KEK) et le Conseil
des Conférences Episcopales Européennes (CCEE).
Tout en considérant que ce Synode est une initiative paneuropéenne qui
regarde en premier lieu l’Eglise catholique, Georges Tsetsis affirme que
c’est une occasion à saisir. En effet, les "délégués fraternels" des Eglises-soeurs invités par Rome seront bien plus que des observateurs, contrairement au Concile Vatican II. Ils auront ainsi le droit d’assister aux réunions et aux commissions et s’ils n’auront pas le droit de vote - il s’agit
bien d’un synode des évêques catholiques -, ils pourront tout de même prendre la parole, même durant les assemblées plénières. Les délégués des autres Eglises auront ainsi la possiblité de s’exprimer dans des interventions d’une vingtaine de minutes.
"Certainement, précise le Père Tstetsis, il y aura des réticences si
nous voyons que ce Synode emprunte une voie à sens unique, sans tenir compte des priorités, des sensibilités et des prérogatives des autres Eglises.
Le pape est très clair d’ailleurs quand il dit que l’Europe respire des
deux poumons, l’occidental et l’oriental". Mais, regrette le représentant
du patriarcat oecuménique, "il donne parfois l’impression que c’est lui
seul qui insuffle l’oxygène..."
La Russie n’est pas une "terre de mission"
Abordant le refus des orthodoxes russes de participer au Synode, le Père
Tsetsis, en "observateur neutre" mais extrêmement bien placé, l’explique
par l’extrême sensibilité actuelle de l’Eglise orthodoxe russe. "C’est une
situation vraiment triste et très pénible, souligne-t-il, et de nombreuses
personnes engagées dans le dialogue oecuménique - et pas seulement du côté
orthodoxe - en souffrent; j’ai des amis catholiques, proches du Conseil
pontifical pour l’unité des chrétiens, qui sont très peinés parce qu’ils
voient qu’une partie de leurs efforts déployés pendant vingt ans sont en
train d’être perdus".
Mis à part la déception causée par l’épineux problème de l’uniatisme en
Ukraine, le Père Tsetsis considère que l’amertume des orthodoxes russes est
due au fait que, surtout après Vatican II, grâce notamment à la personnalité charismatique de Nikodim de Leningrad, l’Eglise russe avait beaucoup investi dans le rapprochement entre les Eglises catholique et orthodoxe. Et
maintenant, regrette-t-il, le patriarcat de Moscou a l’impression de ne pas
avoir été récompensé pour son ouverture, surtout sous le pontificat actuel.
Moscou reconnaît certes le droit à l’Eglise catholique romaine de nommer
des pasteurs et des évêques pour servir les besoins pastoraux de ses ouailles et de se réorganiser comme avant la Révolution d’Octobre. Ce que le patriarcat de Moscou reproche à Rome, c’est la création de nouveaux évêchés
dans des endroits traditionnellement orthodoxes, où il y a très peu de fidèles catholiques. Moscou a également été irrité par la nomination d’un
évêque jésuite (Mgr Joseph Werth, à Novossibirsk, pour les catholiques latins de Sibérie), estimant que l’Eglise catholique d’ordinaire ne choisit
par pour évêques des membres de la Compagnie de Jésus, sauf dans des
situations missionnaires.
Moscou considère donc que le Vatican a envie d’évangéliser ces régions
qui, estime-t-il, lui appartiennent, et de faire ainsi du "braconnage". Les
Russes considèrent de plus, étant donné qu’on est dans une période de relations plus ou moins fraternelles et de dialogue, qu’on devrait avoir au
moins une sorte de concertation entre Rome et Moscou, et pas la politique
du fait accompli. Le manque de concertation, conclut le Père Tsetsis, les a
fort irrités, "d’où les réactions émotives actuelles". (apic/be)