Le pape souhaite une Europe unie de l’Atlantique à l’Oural (111088)
Strasbourg, 11octobre(APIC/Jacques Berset) "Ce Parlement est le garant de
la démocratie dans nos institutions et un défenseur assidu des libertés
fondamentales sur notre continent et ailleurs dans le monde", a déclaré
Lord Blumb, président du Parlement européen, en accueillant mardi en fin de
matinée le pape Jean Paul II dans l’enceinte du Parlement de Strasbourg.
S’adressant aux parlementaires et aux 300 millions de citoyens de
l’"Europe des Douze", le pape a rappelé que depuis la fin de la dernière
guerre mondiale, le Saint-Siège n’a pas cessé d’encourager la construction
de l’Europe. Le pape venu de l’Est a même souhaité une Europe unie de
l’Atlantique à l’Oural. Le pasteur Ian Paisley, leader des unionistes
protestants d’Irlande du Nord, s’est fait expulsé de l’enceinte
parlementaire après avoir brandi une pancarte rouge sur laquelle il avait
écrit : "Jean-Paul II, Antichrist". Cet extrémiste nord-irlandais, qui
avait déjà manifesté contre la visite du pape en Angleterre, a été
promptement évacué et Jean Paul II, imperturbable, a poursuivi son
allocution sous les applaudissements des députés.
Pour une Europe jusqu’à l’Oural
"Les empires du passé, a affirmé Jean Paul II, ont tous failli, qui tentaient d’établir leur prépondérance par la force de coerxiction et la politique d’assimilation; votre Europe sera celle de la libre-association de
tous ses peuples et de la mise en commun des multiples richesses de sa
diversité". Le pape a alors souhaité que d’autres nations viennent
rejoindre cette institution européenne : "Mon voeu de pasteur suprême de
l’Eglise universelle, venu de l’Europe de l’Est, et qui connaît les
aspirations des peuples slaves, cet autre "poumon" de notre même patrie
européenne, mon voeu est que l’Europe se donnant souverainement des
institutions libres, puisse un jour se déployer aux dimensions que lui ont
donné la géographie et plus encore l’histoire". "Comment ne le
souhaiterais-je pas, a-t-il poursuivi, puisque la culture inspirée par la
foi chrétienne a profondéement marqué l’histoire de tous les peuples de
notre unique Europe, Grecs et Latins, Germaniques et Slaves, malgré toutes
les vicissitudes et par-delà les systèmes sociaux et les idéologies ?"
Après en avoir appelé à la solidartité avec les pays du Tiers-Monde et
au respect de l’environnement, le pape a souligné que nul projet de société
ne pourra jamais établir le Royaume de Dieu : "Les messianismes politiques
débouchent le plus souvent sur les pires tyrannies". Jean Paul II a
également dénoncé "l’intégralisme religieux" qui ne distingue pas entre la
sphère de la foi et celle de la vie civile et qui se pratique encore
aujourd’hui dans certains pays. Et cela, a-t-il affirmé, est incompatible
avec le génie propre de l’Europe tel que l’a façonné le message chrétien.
Messe au stade de l’Ill à Mulhouse
Au cours de sa dernière célébration au stade de l’Ill à Mulhouse, Jean
Paul II s’est adressé aux catholiques du sud de l’Alsace, mais également à
ceux des diocèses frontaliers de Fribourg-en-Brisgau et de Bâle. Les
évêques de la région du coude du Rhin, dont Mgr Otto Wüst, évêque de Bâle,
participaient à la cérémonie consacrée notamment au travail de l’homme et à
l’accueil de l’étranger. Le pape a souligné que Mulhouse, ville carrefour
de trois pays européens, centre industriel de longue tradition, a apporté
très tôt sa contribution au christianisme social afin de préserver la
dignité des travailleurs. Jean Paul II a relevé qu’aujourd’hui, même si les
conditions sont différentes du siècle passé, "il est toujours nécessaire de
mettre l’homme au premier plan et de ne pas réduire le travail au rang
d’une marchandise". Le pape a achevé sa 40ème visite pastorale à l’étranger
par une rencontre avec le premier ministre français, le socialiste Michel
Rocard, à l’aéroport de Bâle-Mulhouse. (apic/be/bd)