Le pape François a reçu Yaron Sideman, nouvel ambassadeur d’Israël près le Saint-Siège, à l’occasion de la présentation de ses lettres de créances au Palais apostolique du Vatican ce 16 septembre 2024. Le diplomate israélien commence sa mission dans un contexte marqué par la guerre de Gaza, alors qu’approche le premier anniversaire de l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023 perpétrée par le Hamas en territoire israélien.
Yaron Sideman, 57 ans, marié et père de deux enfants, travaille pour la diplomatie de son pays depuis 1996 et va occuper à Rome son premier poste d’ambassadeur. Auparavant, il a fait partie du personnel diplomatique dans les représentations israéliennes au Nigéria et au consulat général de New York, puis a poursuivi une longue carrière au sein du ministère des Affaires étrangères, s’occupant principalement du Bureau «Amérique du Nord» qu’il a dirigé entre 2021 et 2024.
Yaron Sideman est le 9e ambassadeur israélien près le Saint-Siège. L’instauration de relations diplomatiques entre Israël et le Saint-Siège est relativement récente, puisqu’elle date du 30 décembre 1993, soit trois mois après les Accords d’Oslo.
Tout en entretenant des relations courtoises, le Saint-Siège et Israël affichent une différence de position sur la résolution du conflit qui oppose l’État hébreu aux mouvements défendant la création d’un État palestinien. Le Saint-Siège est en effet un défenseur convaincu et inflexible de la solution dite «à deux États», là où Israël s’est montré souvent sceptique.
Le pape et la Terre sainte
Depuis le 7 octobre, le Saint-Siège n’a cessé de défendre une ligne d’apaisement. Il a en particulier appelé à la libération des otages détenus par le Hamas et demandé dans le même temps la fin des actions militaires d’Israël dans la bande de Gaza, ainsi qu’en dehors de son territoire afin d’éviter un élargissement du conflit.
Le pape François suit de près ce conflit: lors de la conférence de presse du vol qui le ramenait de Singapour le 13 septembre dernier, il a affirmé qu’il continuait à appeler tous les jours le curé de la seule paroisse catholique de la Bande de Gaza. «Ils me racontent des choses graves, des choses difficiles», a-t-il confié.
Lors de son intervention, le pontife a aussi clairement remis en cause l’argument d’une guerre «défensive», affirmant y voir le plus souvent «juste une guerre». «Je ne trouve pas que des mesures soient prises pour faire la paix», a-t-il aussi déploré.
Une riposte disproportionnée?
À Rome, Yaron Sideman prend la place laissée vacante le 7 août dernier par Raphael Yaakov Schutz. Ces derniers mois, celui-ci n’avait pas hésité à monter au créneau pour défendre la riposte d’Israël à l’attaque meurtrière du 7 octobre lorsqu’elle a été critiquée par le Saint-Siège.
L’ancien ambassadeur avait ainsi fortement réagi en février dernier lorsque le cardinal Pietro Parolin, le secrétaire d’État, avait jugé disproportionnée la mort de 30.000 Palestiniens en réponse au massacre du 7 octobre. «Juger la légitimité d’une guerre sans tenir compte de toutes les circonstances et données pertinentes porte inévitablement à des conclusions erronées», avait regretté l’Israélien, accusant le cardinal de s’appuyer sur des «sources du Hamas».
Dans une tribune publiée sur le portail officiel Vatican News, le directeur éditorial des médias du Vatican Andrea Tornielli avait justifié la prise de position du cardinal Parolin, assurant que le «droit à se défendre, le droit d’Israël de traduire en justice les responsables du massacre d’octobre, ne peuvent justifier ce carnage» à Gaza. Il demandait un «arrêt des armes avant qu’il ne soit trop tard pour notre monde au bord de l’abîme».
Le soutien aux otages israéliens
La veille de la présentation des lettres de créances de Yaron Sideman, le pape François a exprimé lors de l’Angélus sa tristesse après la mort de cinq otages, citant en particulier le fils d’une mère israélienne qu’il avait reçue au Vatican le 22 novembre. Ils auraient été «tués de sang froid» par le Hamas, selon le ministre israélien de la Défense.
«Que les otages soient relâchés, que les négociations se poursuivent, et que soient trouvées des solutions de paix», a exhorté le pontife, associant toujours la fin de l’offensive israélienne à la libération des otages. Dans une vidéo publiée sur Twitter, le nouvel ambassadeur israélien a remercié le pape pour ses «appels répétés» en faveur de la libération des ses compatriotes, rappelant qu’ils sont encore 101 à être prisonniers du Hamas. (cath.ch/imedia/cd/bh)