Le pape François invite les fidèles à la «docilité» concernant la liturgie – un sujet de vif désaccord entre Rome et certains mouvements traditionalistes. Il s’exprime ainsi dans un message pour le 150e anniversaire de la mort du moine français Prosper Guéranger (1805-1875), rendu public le 30 janvier 2025.
La cause en béatification de Prosper Guéranger, restaurateur de l’ordre des bénédictins et artisan du renouveau liturgique en France, a reçu le feu vert des évêques de l’Hexagone en novembre 2023. Dans ce message adressé à l’abbé de Saint-Pierre de Solesmes, dom Geoffroy Kemlin, le pontife évoque notamment le rôle de «restaurateur de la vie monastique bénédictine en France» de dom Guéranger, qui a redonné vie à l’abbaye de Solesmes, abandonnée pendant la Révolution française. François salue aussi «ses travaux en faveur de la définition du dogme de l’Immaculée Conception et de celui de l’infaillibilité pontificale» et «ses écrits pour défendre la liberté de l’Église».
Re-découvreur de la liturgie
Le pape souligne particulièrement sa contribution dans le domaine de la liturgie. Dom Guéranger fut l’un des artisans du mouvement liturgique qui conduira à la rédaction de la constitution Sacrosanctum Concilium du Concile Vatican II. Les travaux du bénédictin français ont permis la «redécouverte historique, théologique et ecclésiologique de la liturgie, comme langage de l’Église et expression de sa foi».
Le pontife évoque ainsi les publications de dom Guéranger «en faveur du retour des diocèses de France à l’unité de la liturgie romaine» et ses volumes de L’année liturgique, son œuvre la plus connue, traduits en diverses langues.
Dans cette recherche liturgique, le pape François souligne la «fidélité au Saint-Siège et au Successeur de Pierre» de dom Guéranger. Il espère que son exemple inspirera les fidèles à «une confiance filiale et une collaboration docile» avec le successeur de Pierre, pour préserver l’unité de l’Église.
La polémique de Traditionis custodes
La mise en lumière de la personnalité de dom Guéranger intervient dans un contexte agité de discorde entre Rome et certains groupes traditionalistes attachés à la liturgie tridentine. En 2021, le pape François a largement restreint l’usage de la messe traditionnelle par le motu proprio Traditionis custodes.
Dom Geoffroy Kemlin, le récipiendaire de la lettre du pape, avait été reçu au Vatican en septembre 2022. Au cours d’une audience avec le pape, les deux hommes avaient évoqué la question liturgique et le pape avait encouragé le jeune abbé à opérer un discernement au cas par cas.
À l’abbaye Saint-Pierre de Solesmes, mère de la Congrégation de Solesmes – 24 monastères masculins et huit établissements de moniales dans le monde -, la messe est célébrée en latin avec le missel Paul VI. Cependant, certaines abbayes de la congrégation célèbrent la messe selon le missel antérieur. (cath.ch/imedia/ak/hl/rz)