« Nous ne pouvons pas écrire des bénédictions et ensuite dire du mal de notre frère ou de notre sœur ». Dans son traditionnel discours aux chefs de la Curie romaine, pour les vœux de Noël, le 21 décembre 2024, le pape François a de nouveau voulu livrer bataille contre la médisance, une tendance qu’il dénonce régulièrement dans l’Église catholique. Le pape a aussi dénoncé la « cruauté » du conflit à Gaza.
Le discours du pontife aux responsables de la Curie romaine, devant des rangées de calottes rouges et violettes, est considéré comme le bilan de l’année curiale du pontife et la feuille de route qu’il donne à ses proches collaborateurs. Dès le début de son pontificat, en 2014, François avait marqué les esprits en dressant dans ce discours de Noël la liste des « maladies » de la Curie.
Après les salutations du doyen du Collège cardinalice, le cardinal Giovanni Battista Re, le pape a construit le discours de cette année – qu’il a lu d’une voix encore essoufflée par son rhume de la veille – sur l’injonction à « dire du bien et non pas dire du mal ». Cette maxime, a-t-il insisté, doit s’appliquer « aux personnes qui travaillent au bureau avec nous, aux supérieurs, aux collègues », et à « tout le monde, même ceux que nous n’aimons pas, […] même ceux qui nous ont maltraités ».
Pour le pontife, se garder de médire est une question de « cohérence ». En effet, le travail quotidien de la Curie, y compris la tâche la plus cachée, a pour dessein « d’apporter au monde la bénédiction de Dieu », a-t-il souligné.
Le travail de bureau « est souvent aride »
Le pape a évoqué en particulier le travail du « minutante » – fonctionnaire de premier niveau du Vatican – qui prépare une lettre « pour qu’un malade, une mère, un père, un prisonnier, une personne âgée, un enfant reçoive la prière et la bénédiction du pape ». « N’est-ce pas être des artisans de bénédiction ? », a-t-il lancé, avant d’asséner : « Nous ne pouvons pas écrire des bénédictions et ensuite dire du mal de notre frère ou de notre sœur, cela gâche la bénédiction ! »
Devant un parterre d’évêques, de prêtres, de consacrés, mais aussi de quelques laïcs – le préfet du dicastère pour la Communication ou les sous-secrétaires du dicastère pour les Laïcs, la famille et la Vie, notamment, sont des laïcs –, le pontife de 88 ans a incité à « s’accuser soi-même pour ne pas dire du mal du prochain ».
Dieu lui-même, a-t-il ajouté, sauve le monde en s’abaissant, et non pas en « condamnant d’en-haut ». En Dieu, a-t-il affirmé, « il n’y a pas de malédiction, mais seulement et toujours la bénédiction ».
Le pape François a aussi reconnu que le travail de bureau « est souvent aride et dessèche à la longue ». Il a alors conseillé aux administrateurs de la Curie, insistant auprès des plus jeunes, de se ressourcer « en expériences pastorales, en moments de rencontre, en relations amicales, en gratuité ».
« C’est de la cruauté, ce n’est pas une guerre »
Dans ce discours, le pontife a cité un père du désert du VIe siècle, Dorothée de Gaza, mentionnant au passage « ce lieu qui est aujourd’hui synonyme de mort et de destruction ».
Au début de son discours, il avait fait une improvisation sur la situation à Gaza, se désolant que le cardinal Pierbattista Pizzaballa, patriarche de Jérusalem, ait été empêché de se rendre sur place, et que des enfants aient été cibles de bombardement. « C’est de la cruauté, ce n’est pas une guerre », a-t-il dénoncé, confiant sa douleur.
Il a également cité « un saint prêtre qui travaillait il y a des années à la secrétairerie d’État, et qui avait collé à l’intérieur de la porte de sa chambre un papier sur lequel on pouvait lire : ‘Mon travail est humble, humilié, humiliant’ ». « Un point de vue quelque peu négatif, certes, mais qui contient une part de vérité et de bien », a glissé François. (cath.ch/imedia/ak/mp)