L'Eglise a un "devoir moral" envers les migrants, a expliqué le pape François en recevant le 19 décembre 2019 au Vatican des réfugiés venus de l'île de Lesbos (Grèce). A l'issue de son discours au Palais apostolique, il a dévoilé un "gilet de sauvetage crucifié", symbole de "l'engagement incontournable" de l'Eglise envers les réfugiés.
Quelque 33 migrants ont été reçus par le successeur de
Pierre aux abords de la cour du Belvédère. Arrivés à Rome le 4 décembre dernier
accompagnés du cardinal Konrad Krajewski, aumônier apostolique, ce groupe est
composé d'une majorité de migrants musulmans afghans issus de la minorité
chiite des Hazâras. Deux chrétiennes, une Togolaise et une Camerounaise, ont
également accueilli le pontife.
Le gilet d'un migrant mort noyé
Lors de son discours, le pape a décrit le crucifix qu'il
s'apprêtait à inaugurer. ”J'ai décidé d'exposer ce gilet de sauvetage,
crucifié” pour rappeler à tous "l'engagement incontournable" de
chacun à sauver chaque vie humaine. Selon le pape, cette ligne de conduite
constitue ”un devoir moral qui unit croyants et non-croyants”.
Ce gilet était porté par un migrant retrouvé mort en mer le
3 juillet dernier au large de la Libye, a-t-il expliqué. Il lui a été remis en
ce mois de décembre par un groupe de sauveteurs. Cette mort a été "causée
par l'injustice", s'est indigné le pape François, car c'est l'injustice
qui oblige les migrants à "quitter leurs terres", à "traverser
les déserts" pour finalement ”mourir en mer”. "C'est le second gilet
de sauvetage qu'on m'offre", a-t-il encore confié. Le premier, appartenant
à une petite fille noyée dans la Méditerranée, lui a été remis quelques années
plus tôt.
"Notre indolence est un péché"
”Comment ne pas écouter le cri désespéré de tant de frères
et soeurs qui préfèrent affronter une mer déchaînée plutôt que de mourir
lentement dans les camps de détentions libyens, lieux de torture et d'esclavage
ignoble ?”, a poursuivi le pape. "Ce n'est pas en bloquant leurs bateaux
que le problème est résolu", a-t-il déclaré. Au contraire, "notre
indolence est un péché" et rend chacun "responsable de leur
mort", a-t-il estimé.
Le pape François a donc appelé la communauté internationale
à s'empresser de "vider les camps de détention en Libye" et de
"dénoncer et poursuivre les trafiquants". ”Il faut secourir et sauver
car nous sommes tous responsables de la vie de notre prochain”, a-t-il conclu
avec ferveur. Le Seigneur nous demandera des comptes ”au moment du jugement”,
a-t-il rappelé.
Après ce discours, l'évêque de Rome a dévoilé la croix.
Celle-ci a ensuite été portée par deux jeunes migrants afghans. Les 33 réfugiés
ont alors suivi le pontife pour assister à l'installation. Le 266e pontife a
ensuite prié durant un court instant avant de délivrer sa bénédiction
apostolique. (cath.ch/imedia/cd/cg/rz)