"Problèmes de communication" dans l’Eglise, selon le P. Jean-Yves Calvez
Fribourg,17mai(APIC/Jacques Berset) "Je ne pense pas que toutes les questions posées par la ’Déclaration de Cologne’ soient de mauvaises questions,
et probablement les plus importantes sont celles qui touchent au débat intérieur dans l’Eglise", estime le P. Jean-Yves Calvez, nouveau directeur, à
partir de septembre, de la revue jésuite "Etudes" à Paris. Le jésuite français était de passage à Fribourg mardi pour donner une conférence à l’Université sur l’enseignement social de l’Eglise.
"Je ne trouve pas légitime de faire un procès général, mais je trouve
légitime de se poser des questions à propos d’un certain nombre de gestes
et de soulever ces problèmes; cela fait partie de l’opinion publique dans
l’Eglise et de la discussion théologique aussi", a-t-il déclaré à l’agence
APIC. Jean-Yves Calvez conteste qu’il y ait parmi les théologiens qu’il cotoye un certain "affect anti-romain". Pour lui, "c’est un mot germanique,
et cela a l’air de vouloir dire que les gens sont ’anti-romain’ a priori",
et il ne le pense pas. En fait, relève-t-il, les questions posées se réfèrent à une certaine réalité.
L’impression d’une insuffisante consultation
Faisant allusion à l’instruction romaine "Donum vitae" sur le respect de
la vie humaine naissante et la dignité de la procréation, le P. Calvez
relève le malaise causé par le sentiment d’une insuffisante consultation
par Rome dans des débats qui sont "intrinsèquement importants", et "cela
laisse un sentiment d’amertume dans les milieux de recherche en particulier".
Par souci d’exactitude, le P. Calvez relève que dans le cas d’un document récent assez important - qu’il ne veut mentionner - le Saint-Siège a
été très déçu par le peu d’intérêt manifesté : il avait lancé une consultation auprès de l’ensemble des Conférences épiscopales du monde et n’a reçu
que trois réponses... Il faut que les Eglises locales soient très sérieuses
et prennent leurs responsabilités quand elles sont interrogées, estime-til, et toutes les fautes ne sont pas à mettre sur le compte de Rome. Le P.
Calvez exprime l’espoir que les "incidents" qui se sont produits récemment
amèneront un certain nombre de responsables de l’Eglise à réfléchir sur
l’amélioration de la communication et de la consultation.
Pas de changement de fond à la revue "Etudes"
Dans un communiqué, le Père Jacques Gellard, provincial de France de la
Compagnie de Jésus, annonçait le 28 mars que le Père Paul Valadier, rédacteur en chef de la revue "Etudes" était remplacé à son poste dès septembre
prochain par le Père Jean-Yves Calvez. "Ce n’est pas une sanction", devait
affirmer le P. Gellard. Philosophe, spécialiste de Nietzsche, le P. Valadier est connu en France pour son indépendance d’esprit et sa liberté de
parole. L’annonce de son départ des "Etudes" a suscité une vive émotion,
certains n’hésitant pas à parler de "sanction" ou de "disgrâce", le principal intéressé parlant même d’"ukase". Sous la direction du P. Valadier, le
tirage de la revue était passé de 8’000 à 14’000 exemplaires.
Le P. Calvez, qui a été provincial de France des jésuites de 1967 à
1971, avant de travailler à Rome comme assistant général du P. Arrupe, affirme ne pas vouloir changer "sur le fond" la ligne rédactionnelle d’"Etudes". Il reconnaît que les remous autour de la prestigieuse revue ont
troublé un certain nombre de lecteurs et porté quelque peu atteinte à l’image d’"Etudes". Mais le sentiment dominant dans le public est celui de la
continuité. Quant au remplacement du P. Valadier, affirme-t-il, la succession était tout à fait normale et la décision avait déjà été prise en novembre dernier. (apic/be)