Après le bannissement vers les Etats-Unis de 222 opposants, le Nicaragua a privé le 15 février 2023, 94 autres dissidents en exil de leur citoyenneté. Parmi les personnes visées figurent un évêque catholique, des écrivains, des journalistes, des militants et d'anciens compagnons d'armes du président Ortega.
Un tribunal nicaraguayen, dirigé par le président Daniel Ortega, a retiré la citoyenneté à 94 dissidents en exil et les a déclarés "traîtres à la patrie".
Mgr Silvio Baez, évêque auxiliaire de Managua exilé depuis 2019
Parmi ces dissidents figure Mgr Silvio Baez, évêque auxiliaire de Managua qui avait quitté le pays à la demande du pape François en 2019. Ce dernier avait été informé de menaces de mort pesant sur Mgr Baez, en raison de ses fortes prises de position contre le gouvernement sandiniste. Déjà en juillet 2018, Mgr Báez avait été agressé à l’intérieur même d’une église par des miliciens du gouvernement.
Parmi les autres opposants déchus de leur nationalité on trouve plusieurs anciens compagnons d'armes d'Ortega au sein du Front sandiniste de gauche qui avait pris le pouvoir en 1979. Le plus célébre est l’écrivain Sergio Ramirez, qui a été vice-président sous Ortega et candidat à la présidence en 1996.
L’écrivaine Gioconda Belli, et une éminente militante des droits de l'homme, Vilma Nunez, figurent également dans cette liste, tout comme les anciens dirigeants sandinistes Luis Carrion et Monica Baltodano et le journaliste Carlos Fernando Chamorro.
Inquiétude de l’ONU
Selon le président de la cour d'appel de Managua, qui a prononcé la sentence, les 94 dissidents exilés sont des "fugitifs». "Les accusés ont exécuté et continuent d'exécuter des actes criminels au détriment de la paix, de la souveraineté, de l'indépendance et de l'autodétermination du peuple nicaraguayen", a déclaré le juge, ajoutant qu'ils ont fomenté un sabotage économique du gouvernement Ortega en appelant au boycott. "En raison de ces faits, les accusés ne peuvent plus être considérés comme des citoyens nicaraguayens", a-t-il déclaré.
Le bureau d'Amérique centrale du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme a exprimé son "inquiétude" face à cette action. «Nous appelons l'État du Nicaragua à cesser immédiatement les persécutions et les représailles" contre les dissidents et les défenseurs des droits de l'homme, a tweeté le bureau. (cath.ch/ag/mp)