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    "Le monde chrétien a oublié l’Arménie!"

    Appel au secours de Mgr Aykazian, évêque arménien de Suisse (080393)

    L’Arménie démoralisée succombe sous le blocus azerbaïdjanais

    Genève, 8mars(APIC) L’Arménie passe l’un des hivers les plus durs de son

    existence, étranglée par un blocus de fer qui dure depuis plus de trois

    ans. Tandis que la pénurie d’énergie paralyse usines et transports et que

    la guerre fait toujours rage dans le Haut-Karabakh, la population, complètement démoralisée, endure la faim et le froid. Dans l’indifférence totale

    de l’Occident, dénonce l’évêque des Arméniens de Suisse. Témoignage.

    "Le monde chrétien a complètement oublié l’Arménie, alors que ce pays,

    qui fut le premier Etat chrétien du monde en l’an 301, est en train de succomber au blocus imposé par l’Azerbaïdjan", lance Mgr Viken Aykazian dans

    un appel au secours pathétique adressé à la conscience occidentale. Evêque

    du diocèse de Suisse de l’Eglise apostolique arménienne depuis l’automne

    dernier, Mgr Aykazian est en contact permanent avec sa patrie meurtrie par

    le tremblement de terre de décembre 1988. Il s’y rend quatre à cinq fois

    par an pour apporter l’aide de la diaspora arménienne de Suisse.

    Pas mieux que la Bosnie...

    "Ce qui se passe en Arménie n’est peut-être pas pire que la situation en

    Bosnie, mais ce n’est pas mieux!", martèle l’évêque arménien, en rappelant

    que son peuple n’a pas besoin de belles paroles, mais de nourriture pour

    ses enfants... C’est que l’Arménie soviétique devenue entretemps indépendante, qui a bénéficié d’un élan de solidarité extraordinaire lors du séisme meurtrier de 1988 - l’on avance le chiffre de 100’000 morts, quatre fois

    plus qu’avoué officiellement - n’intéresse aujourd’hui plus grand monde. Et

    pourtant, la situation n’a jamais été aussi grave.

    900’000 personnes sans abri

    Aujourd’hui, alors que l’approvisionnement du pays par chemin de fer ou

    par la route est bloqué, il y a près de 900’000 Arméniens sans abri et les

    rigueurs de l’hiver déciment les plus faibles. Les convois d’aide qui

    devraient pouvoir passer par la Géorgie - car la Turquie participe au

    blocus de façon zélée - ne sont pas épargnés par les pillages, vu les

    troubles qui désorganisent le voisin du Nord.

    La majorité des sans-abri vivent entassés dans des locaux souvent pas du

    tout chauffés. Ce sont les victimes du violent séisme de 1988 (seuls 21 %

    des maisons détruites ont été reconstruites en quatre ans!) et les 350’000

    réfugiés qui ont abandonné précipitamment l’Azerbaïdjan après les pogroms

    anti-arméniens de Soumgaït (février 1988) et de Bakou. Ils ont été rejoints

    par ceux qui ont fui les combats pour le contrôle du Haut-Karabakh, une enclave arménienne en territoire azerbaïdjanais, où les combattants arméniens

    sont en train de marquer des points contre les Azéris. Une guerre que l’Arménie paie au prix fort!

    "Pas une guerre de religion"

    S’il sollicite la solidarité du monde chrétien avec l’Arménie, un peuple

    qui a tant souffert durant son histoire - pensons au génocide perpétré en

    1915 par les Turcs, qui a fait un million et demi de victimes - l’évêque

    Aykazian se refuse à qualifier le conflit actuel de "guerre de religion"

    menée par des voisins musulmans. "Ce n’est pas une guerre de religion, car

    si Sheik-ul-Islam, président du Conseil des musulmans du Caucase, lançait

    le "djihad", la guerre sainte contre les Arméniens, ce serait le commencement de la fin: c’est alors qu’arriveraient les Afghans, les Arabes, les

    Turcs..."

    Les responsables religieux arméniens et azerbaïdjanais se sont

    d’ailleurs rencontrés début février à Montreux pour lancer un appel à la

    conciliation. Mgr Vasken Ier, patriarche catholicos suprême de tous les Arméniens, et Sheik-ul-Islam Pacha-Zadeh, ont convenu à cette occasion de

    créer un "Fonds humanitaire international uni" destiné à secourir les victimes de ce conflit, sans distinction de religion et de nationalité. Ce

    Fonds sera parrainé conjointement par le Conseil oecuménique des Eglises

    (COE) et le Conseil islamique international de la Daw’a, représentés à Montreux.

    Les participants à la rencontre ont en outre demandé aux présidents de

    l’Azerbaïdjan et de l’Arménie de coopérer dans le cadre des négociations de

    paix portant sur le Haut-Karabakh, qui se déroulent dans le cadre de la

    Conférence sur la sécurité et la coopération en Europe (CSCE).

    Des attitudes "suicidaires": danger d’un nouveau Tchernobyl

    Mais sur le terrain, la situation continue d’être dramatique. Avec seulement une à deux heures d’électricité par jour et, faute de pétrole - les

    ennemis Azéris ayant fermé le robinet - les gens sont contraints de couper

    les arbres pour se chauffer et faire la cuisine. "Ces dernières années, un

    million d’arbres ont déjà été abattus", selon le ministre de l’écologie G.

    Danilian, une vraie catastrophe!

    Ainsi la population est tellement démoralisée, note l’évêque arménien,

    qu’elle adopte des attitudes qu’on pourrait qualifier de "suicidaires":

    pour se réchauffer, les gens ont commencé à boire de l’alcool de bois, une

    potion très dangereuse pour la santé ! Bien plus, les autorités d’Erevan

    étudient sérieusement la possibilité de remettre en marche la centrale nucléaire de Medzamor, située à moins de 30 kilomètres de la capitale arménienne et fermée à la suite du tremblement de terre de 1988. Un nouveau

    Tchernobyl en puissance qui toucherait également les voisins, note Mgr Aykazian, "mais les 3,5 millions d’Arméniens ont-ils vraiment le choix si

    personne ne les aide ?" La balle est dans le camp des Occidentaux, conclutil, qui doivent faire lever le blocus que leurs alliés Turcs imposent à

    l’Arménie. (apic/be)

    Encadré

    Au IIIème siècle, sous le roi Tiridate III, l’Arménie devint chrétienne,

    avec saint Grégoire l’Illuminateur comme premier évêque. L’Eglise arménienne est dite "préchalcédonienne", comme les autres Eglises détachées du

    tronc commun en 451 lors du Concile de Chalcédoine. L’Eglise arménienne est

    une Eglise nationale; chez les Arméniens, il est difficile de distinguer

    entre nation et religion.

    En Suisse, la communauté arménienne, concentrée dans les villes, compte

    environ 5’000 fidèles (à 99 % orthodoxes), dont plus de 2’000 à Genève. Le

    diocèse de Suisse, dirigé par Mgr Aykazian, compte 6 paroisses dans tout le

    pays. Mgr Aykazian, qui a un passeport turc, est originaire de "l’Arménie

    historique" - aujourd’hui en "territoire occupé", souligne-t-il, c’est-àdire en Anatolie turque. Il a étudié au séminaire patriarcal arménien de

    Jérusalem, puis au King’s College de Londres (théologie anglicane), et enfin à l’Université de Fribourg, où il fut notamment l’élève de Mgr Corecco.

    (apic/be)

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