Le ministre jurassien François Lachat et le dossier Caritas (300491)
Delémont, 30avril(APIC/Michèle Fringeli) La nouvelle pauvreté est bien
réelle. L’explosion des prix des loyers, due en partie à la hausse des taux
hypothécaires, rend la situation plus précaire encore pour nombre de personnes. A l’instar de nombreuses familles en Suisse, beaucoup de familles
jurassiennes sont touchées de plein fouet par le problème de la nouvelle
pauvreté. Responsable du Département de la Coopération et des finances, le
ministre jurassien François Lachat s’est penché sur la question dans une
interview accordée au Service d’information catholique (SIC).
La situation précaire que doivent affronter les chômeurs et le grave
problème du logement interpellent Caritas-Jura parce que la catégorie des
pauvres s’élargit non seulement aux personnes qui ne sont ni qualifiées ni
mobiles, mais aussi aux familles nombreuses et monoparentales.
SIC: Ces pauvretés interpellent-elles le ministre François Lachat? En
tant que ministre, en tant que chrétien?
F. Lachat: Elles interpellent le ministre en ce sens que le but essentiel d’un Etat est de procurer à tous et à toutes le cadre de vie qui permette à chacun de mieux se réaliser individuellement et collectivement. Je
rappellerai à ce propos que notre Constitution définit la République jurassienne comme "un Etat démocratique et social fondé sur la fraternité".
Face à ces nouvelles pauvretés, je pense que les pouvoirs publics ne
sont pas les seuls interpellés. Il y a d’autres questions qui se posent à
propos du prix des loyers: la juste rémunération du travail par rapport à
la rémunération du capital, par exemple. A un problème aussi complexe, je
n’ai pas de solutions toutes faites à proposer.
Quant au chrétien, les pauvreté l’interpellent avec une telle évidence
que je n’insisterai pas davantage.
SIC: L’Etat jurassien dispose-t-il de moyens pour endiguer ces pauvretés?
F. Lachat: Avant de déterminer les moyens, il faut connaître les causes
qui nous aideront à trouver les remèdes adéquats. C’est dans cette optique
qu’une enquête a été demandée à la fois par le Parlement et par le Gouvernement jurassiens. J’en attends les conclusions avec impatience. Il ne
s’agit pas, toutefois, comme on l’a entendu dire, de passer à un système de
privatisation des bénéfices et de socialisation des déficits. Ceci signifie
que les pouvoirs publics ne sont pas les seuls à être interpellés, mais
qu’ils le sont avec l’ensemble de la communauté jurassienne, suisse, voire
au-delà.
SIC: Dans de nombreux domaines, Caritas comble des carences. Ses ateliers UNICEF, le Pont de la maltière occupent des chômeurs, des personnes
handicapées. Que pensez-vous de ces services?
F. Lachat: L’utilité des ateliers de Caritas-Jura n’est plus à démontrer. Outre l’aide qu’ils offrent aux chômeurs en attente d’un emploi, ils
donnent également aux personnes âgées, aux handicapés et aux "inadaptés" la
possibilité d’exercer une activité utile et rémunérée. Il est vraisemblable
que si une telle organisation était étatisée, elle coûterait plus cher à
la collectivité. De plus, cette façon de fonctionner nous permet de mieux
prendre conscience de problèmes bien réels. Le tout à l’Etat conduit souvent à un effet pervers d’indifférence.
SIC: Ailleurs, Caritas accompagne les personnes en fin de vie, les malades atteints du sida. Tous ces accompagnements sont bénévoles. Quelle est
pour vous la place du bénévolat dans le Jura?
F. Lachat: Il ne faut pas appréhender le bénévolat en termes financiers.
Car cela serait démobilisateur. Elément essentiel et irremplaçable, le bénévolat a ceci de particulier que la motivation des bénévoles est très
souvent beaucoup plus forte que celle des professionnels salariés. Et c’est
en cela que je l’apprécie.
SIC: La solitude fait partie des nouvelles pauvretés. Estimez-vous qu’un
foyer de jour, qui permette aux personnes de sortir de leur isolement en se
rendant utiles puisse être bénéfique?
F. Lachat: Je dirais tout d’abord que la solitude n’est pas une pauvreté
mais un déficit de la société. Puisque la vie en société postule la communicabilité et la communication. Elle est aussi un déficit de coeur. L’institution d’un foyer de jour est une bonne idée. Elle peut favoriser la communication, créer de nouvelles relations et contribuer à réduire la solitude. Mais la solitude est parfois plus difficile à supporter de nuit que de
jour. Ne s’arrêter qu’au déficit de communication de jour me semble insuffisant.
SIC: Que pensez-vous de cette société qui met sur pied des aides alors
qu’elles paraissent naturelles dans l’Evangile?
F. Lachat: La solidarité n’est pas l’apanage de notre siècle, de notre
culture, de tel système politique ou de telle religion. Toutes les sociétés
ont développé les formes les plus diverses d’entraide quand le besoin s’en
est fait sentir. Il est vrai que dans les Evangiles la solidarité semble
aller de soi. C’est d’ailleurs un des piliers de la religion chrétienne.
Mais ce sens de la solidarité existe dans d’autres civilisations.
Notre société, basée essentiellement sur le profit matériel, conduit
inéluctablement à l’individualisme. Et l’individualisme, c’est la négation
de la solidarité. Il n’en reste pas moins qu’un Etat doit se soucier du
bien commun et assurer la meilleures répartition possible des biens acquis
ensemble par tous les membres de la communauté. (apic/pr)